A propos de la conférence du 15 mars 2014 « Mémoire des Hommes ».

Malgré le soleil printanier incitant à la promenade dans le parc du château, les visiteurs se pressent, ce samedi, dans la  salle du Verger, côté journaux anciens, pour découvrir cette fois-ci les numéros de la presse nationale portant sur les années 1915, 1916 et 1917. Ces  journaux sont toujours présentés par Francis Garnier qui a récemment enrichi sa collection d’un exemplaire rare d’un journal de tranchée.

Centenaire oblige et la Grande Guerre, à l’honneur, devient le thème incontournable du CCHA pour les quatre années à venir. Ce thème, nous le retrouvons aujourd’hui avec Sylvain Lebreton, notre conférencier qui nous propose  une autre façon d’entrer en contact avec l’Histoire en utilisant le site internet « Mémoire des Hommes ».

Sylvain Lebreton est chef du département des Archives de l’Armement à Châtellerault. Il  est le principal concepteur du site et c’est lui qui a porté ce projet de 2000 à 2004… Ce jeune conférencier va nous conter l’histoire de ce site, d’un réel intérêt historique qui  permet, entre autre, de consulter en ligne 1 400 000 fiches  individuelles de soldats morts pour la France entre 1914 et 1918, un défit   technologique  passionnant et parfois difficile. Entrons donc dans les coulisses du site…

Faut-il rappeler que la Grande Guerre c’est plus de 9 millions de morts et autant de dossiers individuels. Ces  archives de guerre, entreposées sur deux niveaux dans le parking sous-terrain  d’un immeuble voué  à la destruction, suscitent de sérieuses inquiétudes quant à leur devenir. Pas question de voir disparaître  les témoignages de cette guerre ainsi que ceux concernant les déportés et les prisonniers de 39-45.

Mais les bulls passent et très peu d’archives sont sauvées (seulement 1%) parmi lesquelles les 1 400 000 fiches des soldats de la guerre 14-18 ! Le reste  disparait  dans la démolition du lieu de stockage ! Sylvain Lebreton est déterminé, il faut aller jusqu’au bout de l’idée… Proposition est faite d’un projet de numérisation.  A l’époque,  en 1990, le projet est jugé irréalisable. Après bien des années et de nombreuses demandes, il est accepté en 1999 et considéré, alors, comme un projet innovant, technologiquement moderne et valorisant pour les archives.

Une équipe se crée, un budget est alloué par le Secrétariat d’Etat aux Anciens Combattants, il faut calculer au plus juste, prendre contact avec les prestataires qui vont numériser les fiches, établir un coût…Voici l’équipe confrontée au « business » ! En 2000, un marché est passé… à La Châtre. Le travail va pouvoir commencer.

Puis d’autres  problèmes surgissent  avec  l’écriture des noms africains, indochinois… et les prénoms.  Lequel est le prénom usuel, lequel doit-t-on garder ?  Il faut également mentionner sur la fiche : mort sur le front ou mort à l’hôpital…  Que faire pour un soldat mort d’une pneumonie et non pas le fusil à la main ?  7 % des décès sont d’origine médicale et les médecins consultés refusent que ces cas-là soient mentionnés. Ensuite des retards de transport avec la Poste après le 11 septembre 2001 vont perturber  considérablement le travail en cours.

En 2003, le site est bien avancé. Il faut lui donner un nom ! « poilu.fr » est refusé d’emblée ! Mais le site « Mémoire des Hommes » plaît, il est retenu. L’inauguration a lieu à Paris le 5 novembre, un peu avant le 11…

Ensuite, c’est aux médias que notre équipe doit faire face : dossier de presse à constituer, rencontres avec les journalistes des radios, de la télévision, conférences de presse devant trois caméras !   Stressant, mais un grand moment professionnel, assure Sylvain Lebreton. En 2004, le site vit enfin après quatre années de travail. Depuis, Mémoire des Hommes ne cesse de se développer. Il a beaucoup de succès auprès des professeurs, des élèves, des généalogistes, des historiens et parallèlement, le courrier afflue accompagné souvent de nouveaux renseignements !

Le site répertorie également les monuments aux morts des différentes communes ainsi que des fichiers comportant les morts de la guerre d’Algérie, du Maroc ou d’Indochine. Y sont adjoints maintenant les marins, les aviateurs et les soldats de la 2e guerre mondiale, tous morts pour la France.

Quel avenir pour le site ? En projet : répertorier les fusillés de 14-18, les réformés, les noms des morts médaillés, les Alsaciens-Lorrains enrôlés sous l’annexion, les résistants de 39-45, les troupes françaises du Levant…

Mémoire des Hommes est un site dédié aux combattants qui relie les familles à leurs morts. C’est aussi un défit technologique ainsi qu’un outil de qualité offert au public. D’autres ont pris maintenant  le site en main, l’essentiel a été fait.

Cette conférence très enrichissante a réuni une soixantaine de personnes parmi lesquelles nous avons été heureux de compter monsieur Nicolas Jacob, directeur des Archives de l’Armement, accompagné de madame Anne-Elyse Lebourgeois, archiviste, madame Sophie Brégeault, conservatrice des Musées, ainsi que monsieur Pascal Borderieux, archiviste et ses collègues Murielle Pergant et Louis Poisay.

 

Jacqueline Gagnaire

 

 

Compte rendu de la conférence La mobilisation de la manufacture 1914-1918

A  propos de… « La mobilisation de la manufacture en 1914-1918 »

 Ce samedi 25 janvier, personne n’est encore arrivé, salle du Verger, pour assister à la conférence de 16 h… mais l’effervescence règne au sein de l’équipe du CCHA  qui prépare, en plus des espaces habituels, dix panneaux destinés à accrocher des journaux d’archives relatant l’Histoire de la Grande Guerre 14-18. Monsieur Garnier, ce collectionneur qui a la gentillesse de nous faire partager sa passion, installe le déroulé historique des événements à travers la presse nationale, depuis l’attentat de Sarajevo, jusqu’en 1916. Les autres journaux de 1917 et 1918 seront exposés lors de la prochaine conférence. Illustrations et photographies ne manquent pas d’attirer les premiers visiteurs. Tout le monde lit, commente et s’agglutine au pied de ces feuilles jaunies par le temps.

Il n’est pas encore 15h… devant l’exposition « Journaux de la Grande Guerre » Copyright C. Pauly

Mais l’heure passe, la salle se remplit, il est 16 h.

Une centaine de personnes attendent les conférenciers : Marie-Claude Albert et Pierre Bugnet, co-auteurs, avec David Hamelin et Patrick Mortal, d’un récent ouvrage sur la manufacture  d’armes de Châtellerault et qui vont nous parler aujourd’hui de « la Manu pendant la Première Guerre mondiale ».

La présidente, Claudine Pauly, les présente,  puis enchaîne avec la souscription du Bordeaux-Paris, notre prochain hors-série. Elle annonce  ensuite le nouveau thème de nos recherches : la guerre 1914-1918… invitant les gens présents à participer en nous communiquant des documents de cette époque. Un album photo nous est déjà parvenu et Françoise Laurent, une adhérente, montre un mouchoir dit d’ « instruction militaire » ayant appartenu à un soldat de la Grande Guerre. Ce souvenir lui a été confié par monsieur Bussereau, 102 ans, neveu du soldat. Claudine Pauly remercie Francis Garnier pour son exposition de journaux qui se poursuivra  lors de la prochaine conférence le 15 mars.

On observe avec beaucoup d’attention « le mouchoir du Poilu ». Copyright C. Pauly

C’est Pierre Bugnet qui prend la parole en premier pour nous parler de la production de la manufacture en cette période de guerre.

En 1914, la manufacture est une usine très importante qui  n’utilise pas à plein son potentiel. Sa production est très diversifiée : armes d’épaule, mitrailleuses, éléments de pièces d’artillerie, voiturettes, boites à poudre, etc. Pendant la guerre, la production est à peu près la même, seules les quantités varient. La Manu se développe alors hors les murs, sur le site de la Brelandière et les effectifs augmentent… des hommes civils, mais aussi des femmes, des militaires et des étrangers. On passe de 1400 employés à 7000. On embauche des jeunes pas encore appelés, des réformés et des hommes plus âgés. Des mobilisés sont également détachés de leur corps et environ 3700 militaires viendront travailler à la Manu. Beaucoup, n’étant pas formés aux professions requises, occuperont des postes non qualifiés. Ils sont souvent mal perçus par la population et passent pour des embusqués… L’Armée récupère après 1915 une partie des affectés spéciaux (lois Dalbiez et Mourier).

Marie-Claude Albert prend le relais en abordant le problème de la main d’œuvre qui va temporairement remplacer les ouvriers  partant au front. Entre 1915 et 1917 les effectifs féminins, inexistants à l’origine, vont passer de 115 à 1578. Ces femmes sont manœuvres, mais en 1916 des formations leur sont proposées pour se spécialiser et devenir limeuses, meuleuses ou affûteuses.  Fin 1918, après l’armistice, on assiste à un licenciement massif de femmes. Peu d’informations sont données sur les causes réelles de cette action, mais il semble que la présence de femmes dans cet environnement d’hommes pose quelques problèmes… On voit la direction rédiger une circulaire définissant nettement le statut des femmes à la Manu. Leur travail reste basique, elles sont souvent usineuses ou visiteuses, ne font pas de travaux de force, sont séparées des hommes et sont moins payées que leurs collègues masculins. On leur reproche des petites choses comme de « flâner» ou d’être absentes de nuit… Elles encourent des sanctions qui peuvent aller de l’avertissement à l’exclusion !

Mais des avancées positives apparaissent à la fin de la guerre, peut-être grâce justement à la présence des femmes dans l’établissement… Des structures sociales nouvelles sont mises en place : une chambre d’allaitement, une garderie, les conseils d’une sage-femme.

Pour pallier le ravitaillement difficile, toujours à la fin de la guerre, on ouvre une cantine coopérative  (située dans les locaux de la Rosée du Matin) ainsi qu’une boucherie coopérative.

On aborde ensuite le sujet de la main d’œuvre étrangère. Quelques Kabyles, au nombre de 70, sont embauchés au début de la guerre, puis sont remplacés par des Chinois. En 1916, recrutés dans le cadre d’une convention avec le gouvernement chinois, ils sont là pour 3 ans. Un roulement s’établit et environ 330 Chinois viennent travailler en temps que manœuvres. Isolés de la population châtelleraudaise, ils vivent dans les baraquements d’un camp à la Brelandière et sont soumis à un contrôle particulier.

Autres étrangers venus travailler à la Manu : les Belges. Ces réfugiés, surtout des femmes, arrivent massivement au début de la guerre.  Mais en 1915, la Manu accueille un nouveau contingent de Belges, cette fois-ci ce sont des spécialistes, des armuriers.

Les conditions de travail sont pénibles. Le travail se fait par équipes de jour et de nuit,  les horaires sont lourds,  les semaines de 70 heures, l’établissement fonctionne la nuit, mais aussi  les dimanches et jours fériés. Quant aux salaires, s’ils ont été augmentés pendant la guerre, on note que le coût de la vie a été multiplié par quatre pendant cette période…

 

En conclusion, on peut dire que des avancées sociales, tardives peut-être, sont intervenues, que de nombreux militaires ont été affectés à l’établissement, que des femmes ont été embauchées et que grâce à la mobilité de la main d’œuvre, la Manu a pu faire face aux demandes que réclamait la gravité de la situation.

Et c’est avec beaucoup de curiosité et d’intérêt que des questions sont  posées à la fin de la conférence par la salle…. Il était question de la Manu, l’établissement le plus cher aux Châtelleraudais, un établissement devenu historique, chargé de souvenirs et de nostalgie.

Jacqueline Gagnaire

 

Compte rendu du forum du CCHA du 16 novembre : « Les étrangers en Châtelleraudais aux XVIIe et XVIIIe siècles »

Il y avait peut-être un peu moins d’auditeurs que d’habitude, et c’est bien dommage, en ce 16 novembre 2013, au Verger pour apprécier cette conférence « interactive » conviant la salle à répondre aux questions du conférencier. Sébastien Jahan nous a fait partager son travail de recherches sur les étrangers dans le Châtelleraudais au XVIIIe siècle avec l’enthousiasme du passionné qui passionne, un travail très approfondi mêlant réflexions sociologiques et recherches archivistiques.
Mais qui est Sébastien Jahan ? Geneviève Millet, administrateur du CCHA, le connaît bien pour travailler avec lui depuis de nombreuses années. Elle nous le présente : maître de conférences en Histoire Moderne à l’UFR des Sciences Humaines à l’Université de Poitiers, membre du GERHICO (Groupe d’Etude et de Recherche en HIstoire du Centre Ouest). Il est aussi l’auteur de nombreuses publications et recherches dans des domaines très variés. Le conférencier peut prendre la parole.
Des étrangers, assure-t-il, il y en avait déjà en France au XVIIIe siècle et dans le Châtelleraudais mais on n’observe pas d’arrivées massives, si l’on excepte les Acadiens et la petite colonie allemande qui ont séjourné sur les terres du marquis de Pérusse des Cars, seigneur de Monthoiron. De ces étrangers il ne parlera pas, car ils ont déjà fait l’objet de multiples conférences. Puis s’adressant à la salle, il pose la question : qu’est-ce qu’un étranger ? Les définitions fusent qui reviennent toutes à la même conclusion : c’est celui qui n’est pas né sur le sol français… et les Acadiens, étaient-ils Français ? Des discussions s’engagent qui tendent à prouver que la notion d’étranger est bien difficile à cerner. D’autant qu’à une époque, en France, l’étranger était aussi celui qui venait d’une région voisine avec son patois différent… Mais on peut aussi poser la question suivante : qu’est-ce qu’un Français au XVIIIe siècle ? Le conférencier y répond : c’est quelqu’un qui est né sur un territoire appartenant au roi de France même si ses parents ne sont pas Français. Inversement, celui qui naît sur un territoire non administré par le roi de France a la nationalité du pays où il est né, même si ses parents sont Français,.
Où peut-on trouver trace d’étrangers dans la région au XVIIIe siècle ? Notre conférencier a fait ses recherches dans les registres paroissiaux, aux archives départementales et municipales, il a consulté des archives judiciaires, celles des hôpitaux ainsi que des mémoires de maîtrise.
Sébastien Jahan classe les étrangers en deux catégories : les étrangers qui passent et ceux qui s’installent. Les étrangers de passage sont pour beaucoup des soldats qui combattaient pour le roi de France. On trouve environ 20% d’étrangers dans ces régiments avec une majorité de Suisses, d’Allemands et d’Irlandais catholiques. Ces soldats pouvaient appartenir à des régiments dissous, cherchant un emploi à travers la France. Beaucoup sont accompagnés de femme et d’enfants, ce qui évitait les désertions. On compte aussi des prisonniers de guerre parmi ces soldats répertoriés ainsi que des pèlerins se croisant sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle.
En ce qui concerne les étrangers installés, Sébastien Jahan fait référence au mémoire de maîtrise de Virginie Pichon qui a courageusement dépouillé 9 500 actes de mariages dans les registres des cinq paroisses de Châtellerault. Seulement onze mariages d’étrangers y ont été trouvés. Châtellerault n’était pas une terre de migration. A Poitiers, les nombreux couvents attirent les Irlandais catholiques qui y séjournent. A propos d’Irlandais, on nous conte l’histoire d’un certain Edward Dancy né en Irlande en 1692 qui fait ses études en France à Douai et devient principal du collège de Châtellerault de 1737 à 1763… surprenant !
Le conférencier présente ensuite deux personnages intéressants. Balthazar Klein est né en 1697 dans un village de Haute-Silésie. Il est maître sellier et réside au château des Ormes où il s’occupe des écuries et plus particulièrement de l’élevage des chevaux de course du Marquis. Il se marie avec une Française et a quatre enfants. Dans ce même château, résident également plusieurs personnes germanophones affectées au service du Marquis.
Une autre figure d’étranger est ensuite évoquée, celle du « nègre de Pleumartin ». Sur les registres paroissiaux il est noté : « Pierre, nègre américain ». Il se marie en 1733 avec une Française. Il n’est pas esclave mais dépendant, certainement domestique au château du Marquis de Pleumartin. Il disparaît en 1757. Un mariage avec une blanche est un début d’émancipation.
Pour conclure, Sébastien Jahan constate que d’un point de vue sociologique tous les étrangers qui se marient épousent des conjoints de même situation sociale et sont de milieux identiques. Pour ceux qui ont un métier, souvent spécialisé, ils apportent quelque chose de neuf. Dans l’ensemble il n’y a pas de déclassement social et le plus souvent ces étrangers sont sous la protection des « puissants ». Pour terminer, le conférencier considère que d’une manière générale, l’étranger n’échappe pas à ses origines.
Deux heures d’écoute et d’échanges qui ont vraiment passionné l’auditoire.
Jacqueline Gagnaire

Compte rendu du forum du CCHA du samedi 19 octobre 2013 : « Migrants et immigrés en Poitou-Charentes d’hier à aujourd’hui »

C’était un samedi, salle du Verger à Châtellerault… Le CCHA ouvrait sa nouvelle saison de conférences sur le thème des  « Migrants et immigrés en Poitou-Charentes d’hier à aujourd’hui ». Ce titre est aussi celui d’un ouvrage collectif paru récemment, comportant 654 pages et qui a vu le jour grâce au travail de 34 auteurs, d’ethnologues et également, grâce à des récits de vies de migrants ou encore à des témoignages de responsables d’aide aux migrants. Après les mots de bienvenue de la Présidente, Claudine Pauly, Marie-Claude Albert, administrateur du CCHA, présente le conférencier. François Julien-Labruyère, co-auteur, directeur des éditions « Le Croix Vif » est venu spécialement de Paris nous conter, c’est le terme qui convient, des histoires de migrants. Il commence par un exemple de migration intérieure en Charente au XIXe et XXe siècles. Au cours de son récit, le conférencier démontrera que les phénomènes inhérents aux migrations avaient déjà, à cette époque, à peu près les mêmes causes générant des problèmes d’intégration.
Au XIXe, des ruraux Vendéens qui n’ont ni terre, ni travail constituent des brigades de vendanges et migrent temporairement vers les vignes de Charente… des vignerons charentais iront même aider à la moisson en Vendée ! En 1879, ruinés par le phylloxera, les Charentais acceptent l’aide des Vendéens qui viennent cultiver en grand nombre amenant aussi leurs troupeaux. La Charente retrouvant peu à peu ses vignes, y ajoute à l’élevage, la fabrication du beurre et du fromage… Et lorsque les Vendéens, installés définitivement en Charente, cultivent la vigne et font du cognac, on peut parler d’intégration réussie ! Trois générations de ces migrants ruraux ont dû faire face aux difficultés d’intégration dues à la langue (deux patois différents) aux coutumes, à la religion ( la Charente étant plus « rouge » que la Vendée) mais à force de volonté, ils ont réussi.
Venant à l’immigration récente, François Julien-Labruyère nous présente, selon son propre choix, un chapitre du livre écrit par un jeune universitaire qui traite des ZUS (Zones Urbaines Sensibles). Trois villes en Poitou-Charentes sont concernées : Châtellerault, La Rochelle et Angoulême. C’est d’Angoulême dont il sera question avec la ZUS de Basseau, quartier de la ville où vivent environ 5 000 migrants de toutes origines. Ces familles sont logées dans des HLM sur l’autre rive de la Charente, coincés entre la RN 10, l’autoroute et la ligne de chemin de fer, avec pour seul accès à la ville le pont sur la rivière et une ligne de bus. Pas d’échanges possibles, pas d’intégration envisageable, d’où violences, bagarres, incendie, meurtres… conséquences d’un parfait exemple de ghettoïsation. Des jeunes essaient pourtant de sortir du système avec l’aide de structures animées par des éducateurs et beaucoup y parviennent.
Pour terminer, le conférencier reparle du livre en général et de la valeur de cet ouvrage qui s’appuie sur la réalité des choses, puis il insiste particulièrement sur les enrichissements que peuvent apporter les migrations. Des questions du public prolongent cette intéressante présentation d’un sujet toujours d’actualité et souvent brûlant.
Jacqueline Gagnaire

Compte rendu du forum du CCHA du samedi 4 mai 2013 : présentation des recherches sur Châteauneuf (Les enfants du faubourg ; Le pont de la Manu ; Les couteliers sous l’Ancien Régime)

C’est par un temps enfin printanier que s’est tenu, en la salle du Verger, ce dernier forum avant les vacances d’été. Le soleil rayonnant n’a pas empêché plus de quatre vingt personnes de se réunir pour écouter les exposés des conférencières du jour. Il s’agissait de la première table ronde sur le sujet d’étude arrêté par le Conseil d’administration du CCHA en automne 2011:  » Châtellerault rive gauche, de Châteauneuf à Naintré ». Un sujet d’une très grande richesse articulé autour de trois axes: les lieux, les habitants, la vie quotidienne . Les conférencières Marie-Jeanne Ferragut, Lucienne Guais, Françoise Metzger et Claudine Pauly, toutes adhérentes du CCHA, sont des membres actifs de l’organe moteur de l’association: le Groupe de Recherches d’Archives et d’Histoire du Châtelleraudais. Les exposés du jour sont l’expression synthétisée de leurs travaux dont on trouvera un développement plus ample dans les Revues d’Histoire du Pays Châtelleraudais.

La suite : compte rendu forum 4 mai 2013

Compte rendu du Forum du CCHA du samedi 16 mars 2013 :  » L’assistance municipale à Châtellerault « 

Quatorze heures… une heure peu habituelle pour une conférence ! Une quarantaine de personnes pourtant étaient présentes pour entendre notre conférencière, Marie-Claude Albert, venue nous parler de « L’assistance municipale à Châtellerault et dans les villes de l’ouest de 1938 à 1950 ».

Marie-Claude Albert, docteur en histoire, professeur agrégé au lycée Berthelot de Châtellerault, nous a présenté un extrait de sa thèse de doctorat soutenue à l’université de Paris I en 2008 et qui n’est pas encore publiée. Cette chercheuse infatigable, auteur de nombreux écrits dont un ouvrage très complet sur « Châtellerault sous l’occupation », est une spécialiste d’histoire contemporaine et particulièrement de la Seconde Guerre mondiale.

La conférence débute avec cette citation du maire de Suresnes en 1938  qui assure que « c’est la commune qui doit constituer le noyau le plus actif d’émancipation et de progrès social. »

Le ton est donné.

Dans les années qui suivent la Première Guerre mondiale et jusqu’en 1938, partagée entre crises et héritages républicains (1789, 1848, la Commune, la Troisième République) l’assistance municipale s’organise. Le maire et ses conseillers président le bureau d’assistance obligatoire avec entre autres, l’aide médicale gratuite. Cependant, la bienfaisance privée, souvent d’origine confessionnelle, a toujours son rôle. Créé au plan national par la loi du 7 frimaire an V (27 novembre 1796), le Bureau de Bienfaisance naît à Châtellerault par arrêté préfectoral du 11 frimaire an XI (2 décembre 1802) dispensent des soins à domicile aux indigents malades qui reçoivent également des dons en nature. Mais dans la majorité des cas, on a recours au placement dans les hospices. D’où proviennent les aides ? Le plus souvent de sources privées : quêtes, spectacles, bals de charité, dons et legs, bien qu’une subvention de l’Etat soit versée aux communes. En 1913, à Châtellerault par exemple, une fête de bienfaisance est organisée au profit des sinistrés de la grande inondation du mois de mars (6, 50 m).

 

Les ateliers Jehanne d’Arc, coll. particulière

A cette époque, l’assistance privée est importante avec le Cercle catholique créé par le chanoine de Villeneuve. Toujours à Châtellerault, les ateliers Jeanne d’Arc proposent une aide par le travail en accueillant des jeunes filles démunies qui font de la couture et de la broderie. Dans le même temps, un courant nouveau apparaît dans les communes : l’hygiénisme social, qui vise à protéger les populations pauvres de la maladie, en particulier de la tuberculose. Des campagnes de vaccination sont alors organisées. Mais cet « hygiénisme » qui pourra parfois confiner à  « l’eugénisme », applique une sélection sociale et mentale allant jusqu’à l’enfermement de certains malades. Après la première guerre mondiale, l’Etat prend en charge les orphelins de guerre, les Pupilles de la Nation. On voit aussi apparaître des cantines municipales et des logements peu chers. En 1938 et en 1939, des contradictions apparaissent dans cette politique de secours qui procède à plus de contrôle et d’exclusion auprès des populations indésirables.

Pendant la guerre, entre 1940 et 1944, la mainmise de Vichy va renforcer ce contrôle et cette exclusion, on le verra également avec la communauté juive. En 1939, c’est le secours national qui gère toutes les œuvres sociales. En 1943, à Châtellerault, les aides, sous forme de propagande vichyste et nazie, vont être réparties entre les prisonniers, l’aide aux mères, les orphelins, les sœurs de la Sagesse pour leur assistance aux malades, la Croix Rouge…

 

Une « maison des prisonniers » qui vient en aide aux prisonniers et à leurs familles, ouvre rue Georges Clémenceau. D’autres personnes dans le besoin, dont certains réfugiés, reçoivent des secours de la mairie après avoir rempli un questionnaire justifiant de leur précarité. A cette époque on assiste à l’instrumentalisation de l’aide par le régime en place et l’occupant.

 

La maison du Prisonnier, © A. A., 2013

 

Après la guerre, en plus des problèmes ordinaires dus aux privations, il faut assurer l’accueil des déportés, des ouvriers du STO et des prisonniers de guerre. Louis Ripault a repris sa place à la mairie assurant que « la misère appelle la hardiesse », qu’il faut faire face et avancer. Il prône le régime de prévoyance et d’assistance. Ses allocutions sont en faveur de la natalité et contre les fléaux sociaux.

Entre 1948 et 1960, on assiste au retour de la politique sociale : la carte pour les « économiquement faibles », la création d’un bureau communal d’action sociale qui mène une politique générale d’aide à la population sans catégoriser. C’est aussi la création des DASS, d’une caisse locale de Sécurité Sociale, des allocations pour le logement…

Marie-Claude Albert conclut en reprenant rapidement les principaux points de sa conférence : la politique d’assistance d’avant la guerre qui s’est acheminée vers un durcissement de l’exclusion, la gestion en urgence des années d’occupation, pour arriver enfin, dans les années « cinquante », à la mise en place d’une véritable politique sociale.

Compte rendu de Jacqueline Gagnaire