C.C.H.A

Centre Châtelleraudais d'Histoire et d'Archives

Association fondée en 1999, le C. C. H. A. a pour but de découvrir, protéger, exploiter et mettre en valeur l’histoire et le patrimoine du pays châtelleraudais par les recherches en archives et de témoignages.

Assemblée générale et conférence du samedi 26 janvier 2019

Centre Châtelleraudais d’Histoire et d’Archives

48 rue Arsène et Jean Lambert, 86100 Châtellerault

ccha.chatellerault@gmail.com

http://ccha.fr

Facebook : Centre châtelleraudais d’histoire et archives

Tél : 05 49 21 93 07

La première conférence que nous vous proposons cette année,

 

le 26 janvier 2019, salle du Verger, sera précédée à 14 heures 30,

 par l’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU CCHA

 

 

À 16 heures

 Jean-Noël Lattwein

Chercheur au CCHA

 Le développement de l’habitat dans une ville moyenne :

 Châtellerault de 1945 à nos jours

 Après la guerre, la ville vit une période intense de constructions collectives jusqu’au milieu des années soixante-dix. Dans les années quatre-vingts, les lotissements de maisons individuelles en zone périurbaine et les immeubles de standing en centre-ville prennent le relais, suivis de programmes de rénovation de l’habitat collectif et de dispositifs spécifiques pour le centre-ville. Ce forum vous propose une rétrospective du développement urbain châtelleraudais dont de nombreux particularismes restent ignorés.

 

À l’occasion de la sortie du hors-série

Lendemains de la Première Guerre mondiale en Châtelleraudais l’association Vals de Gartempe, Creuse, Anglin   vous propose une exposition

 Guerre de 14-18

400 Vicquois mobilisés

 

Le hors-série sera disponible pour les souscripteurs ; si vous ne pouvez être présent le 26 janvier, vous pourrez récupérer cet ouvrage salle culturelle du Centre des archives communautaires de Grand Châtellerault, 48 rue A. et J. Lambert à Châtellerault mercredi 6 février de 14 h 30 à 16 h30.

 

  • L’ Assemblée générale : pour pouvoir voter, il faut être à jour de sa cotisation

25 € adhésion individuelle, 30 € pour un couple. L’adhésion peut être payée par chèque à adresser au CCHA, ou prise lors de la conférence. Elle est au même coût qu’en 2018, mais les frais d’envoi suivent la hausse des expéditions postales. Pour 2019, l’expédition des deux revues annuelles s’élève à 11 €. Il est rappelé que les revues pour lesquelles l’envoi postal n’est pas choisi seront distribuées lors des deux conférences de mai et de novembre, ainsi que lors des permanences annoncées aux adhérents. En cas de non récupération, elles seront stockées et disponibles à l’occasion des conférences suivantes.

 

Si vous souhaitez rejoindre le Conseil d’administration du CCHA, nous serons heureux de vous y accueillir ; les suggestions, les expériences des nouveaux membres sont toujours une source d’enrichissement pour notre association.

Vous trouverez en page 3 les formulaires de pouvoir et de candidature.

 

 ASSEMBLÉE GÉNÉRALE

Samedi 26 janvier 2019 à 14 h 30, salle du Verger à Châtellerault

 L’Assemblée générale se tient chaque année en janvier. Le compte-rendu sera envoyé  aux adhérents ; il sera également possible de le consulter, dès la prochaine conférence, à la « table du CCHA »

Les formulaires de pouvoir et de candidature sont proposés ci-dessous pour deux personnes, car de nombreux membres ont une adhésion couple.

 POUVOIR – ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU CCHA – 26 janvier 2019

 

Si vous ne pouvez pas participer à l’Assemblée Générale, vous pouvez remettre le présent pouvoir à un adhérent de votre choix désigné nominativement, ou envoyer ce pouvoir signé avant le 22 janvier 2019.

 

  • par courrier : au siège du CCHA, 48 rue A. et J. Lambert, 86100 – Châtellerault
  • par internet : chatellerault@gmail.com
  1. M. M me ………………………………..donne pouvoir à M. M me ………………………………. pour me représenter et délibérer en mon nom à l’Assemblée Générale du CCHA du 26 janvier 2019.

 

À…………………………….. le ……janvier 2019.

 

 

  1. M. M me …………………………………. donne pouvoir à M. M me ……………………………. pour me représenter et délibérer en mon nom à l’Assemblée Générale du CCHA du 26 janvier 2019.

 

À……………………………. le ……janvier 2019.

 

 

 

Appel à candidature : compléter le formulaire ci-dessous à envoyer signé avant le 22 janvier 2019.

  • par courrier : au siège du CCHA, 48 rue A. et J. Lambert, 86100 – Châtellerault
  • par internet : chatellerault@gmail.com

 

 

CANDIDATURE AUX ÉLECTIONS – ASSEMBLÉE GÉNERALE DU CCHA

 

NOM…………………………….. Prénom…………………………………….

adresse :……………………………………………………………………………………………………

présente ma candidature au Conseil d’Administration du CCHA

À …………………………….. le …….janvier 2019.

 

 

 CANDIDATURE AUX ÉLECTIONS – ASSEMBLÉE GÉNERALE DU CCHA

 

NOM…………………………….. Prénom…………………………………….

adresse :……………………………………………………………………………………………………

présente ma candidature au Conseil d’Administration du CCHA

À …………………………….. le ……janvier 2019.

 

 

Une saga en Châtelleraudais : les Dufaulin-Hérault

La conférence-rencontre coorganisée et présentée par le service Pays d’Art et d’Histoire de la CAGC et le CCHA, le samedi 29 septembre 2018, au théâtre Blossac, est l’aboutissement d’un travail de recherches documentaires et généalogiques de près de deux ans.

Le point de départ est un fonds photographique exposé à Monthoiron à l’occasion de la manifestation Un village, des patrimoines. Comment identifier les lieux et les personnages ?

Grâce à un travail patient et persévérant de Claudine Pauly, des réponses apparaissent : il s’agit de la propriété des Sains, à Monthoiron, appartenant à la famille Dufaulin, dont elle a retrouvé des descendantes. Celles-ci, Dominique Hurel et Marie-France Vandier, retracent d’abord les origines protestantes de cette famille depuis le XVIIe siècle et déroulent le fil généalogique. Les personnages centraux de cette saga s’avèrent être Amédée et Amélie Dufaulin, mariés en 1848, et leurs deux filles Amélie et Lucy, respectivement arrière-grands-mères de M.-F. Vandier et D. Hurel. L’accent est mis sur Amédée, gérant de l’un des premiers grands magasins parisiens, Les Trois Quartiers, sur Lucy, au caractère bien affirmé qui chasse, peint, sculpte et épouse le peintre Charles Gautier, sur Maurice Languereau, un autre membre de la famille, créateur de La Semaine de Suzette, magazine qui voit naitre, d’abord modestement, un personnage promis à un grand succès : Bécassine. La fille ainée du couple, Amélie, épouse en 1872 un personnage qui n’en est encore qu’au début d’un parcours politique riche et long puisque s’étendant sur plus de 40 ans : Alfred Hérault, député, conseiller général, président du Conseil général de la Vienne, Premier président de la Cour des Comptes.

En conclusion de la conférence, le public a été convié, salle de la Redoute, à retrouver, sur plus de 40 photographies, les personnages évoqués ainsi que des scènes de la vie quotidienne aux Sains.

  1. Hurel a dédicacé deux de ses ouvrages : Le défi d’Augustine et La Baronne, tandis que M.-F. Vandier a présenté les Souvenirs d’Alfred Hérault.

Compte- rendu du forum du 26 mai

Résidant dans un autre département et une autre région, c’est en voisin que monsieur Romain Taillefait, responsable de la Maison du Souvenir de Maillé, est venu le samedi 26 mai nous remémorer une page douloureuse de notre histoire : 25 août 1944, Maillé. Histoire et mémoire d’un massacre oublié.

Il nous a tout d’abord proposé un film d’1/2 heure composé de témoignages de survivants recueillis en 1984 : l’arrivée des allemands dans le village, les exactions et le massacre systématique (124 victimes), la volonté d’écraser le village par une destruction au canon. Le film évoque aussi le procès en 1952 mais largement passé sous silence, la reconstruction rapide du village grâce à l’aide financière d’un couple d’Américains, la mémoire vive ou obturée des survivants durant toutes les années d’après-guerre.

A l’issue de ce film très émouvant car fondé sur l’humain, le conférencier replace l’événement dans le contexte national : débarquées le 6 juin en Normandie, les troupes alliées descendent vers la Loire tandis que d’autres gagnent Paris qu’elles libèrent ce même 25 août. Puis, à l’aide de cartes aériennes du village et de ses environs,  il expose les caractères et le déroulement chronologique de l’événement : la présence, à proximité, du camp de Nouâtre dont les troupes allemandes ont fait une base de ravitaillement – les sabotages en août 1944 sur la ligne de chemin de fer traversant la commune – une fusillade improvisée contre deux voitures allemandes dans la soirée du 24 août – la venue de troupes allemandes en provenance de Châtellerault très tôt le matin du 25 et qui doivent se cacher dans un bois pour échapper au mitraillage de l’aviation alliée sur un convoi ferré – l’entrée de la colonne allemande vers 9 h 30 par le sud du village – le massacre systématique, y compris dans les fermes isolées jusqu’à midi, avant le retour à Châtellerault – le bouclage des lieux par un cordon de troupes – le pilonnage par l’artillerie allemande de la partie nord du village.

Monsieur Taillefait a ensuite choisi de donner la parole aux membres du public. Un témoignage émouvant est apporté par un auditeur de la conférence, âgé de 10 ans en août 1944 et présent à moins de deux kilomètres de Maillé. Les questions principales portent sur les auteurs du massacre, leur provenance, leur motivation, les manifestations et les raisons de l’« oubli » auquel le village a dû faire face durant des décennies, le rôle de la Maison du Souvenir. Le conférencier y répond point par point en s’appuyant sur des documents sélectionnés. Il s’agit d’éléments de la 17e Panzer Grenadier Division SS Götz von Berlichingen, stationnés à Châtellerault, présence tragiquement confirmée par l’exécution le même jour de cinq personnes près du lycée Berthelot par d’autres membres de cette division. La volonté est de frapper pour terroriser, faire pression. D’autres villages frôlent le massacre : Bonnes, Bonneuil-Matours. A partir de juin 1944, la France est considérée comme terre hostile, l’Allemagne pense qu’elle peut encore gagner la guerre mais qu’il faut imposer la terreur comme à Ascq, Tulle et Oradour. Alors que ce dernier a été pris en charge sur le plan mémoriel dès 1946 pour en faire un symbole, un exemple, rien de tel pour Maillé, et la mémoire est enfouie dans les terrassements de la reconstruction pour 50 ans.

Depuis 1994, les archives départementales, des historiens Français, Anglais, Allemands travaillent sur la question ; un comité d’habitants s’est mis en place débouchant sur la création de la Maison du Souvenir. Au-delà de la relation des faits et de l’expression des témoignages, sans rien occulter de la violence, elle s’emploie à œuvrer au rapprochement des jeunesses françaises et allemandes dans une Europe en paix.

 

La dame d’Availles : compte-rendu de conférence

98e forum du CCHA consacré à la vie et l’œuvre de

Cora Robinet – Millet,

présentée par Gloria Godard

Cora Robinet nait à Paris en 1798 dans une famille bourgeoise, d’un père bourguignon et d’une mère nantaise. Rien ne la dispose alors à la carrière éclectique qu’elle allait suivre. La mort prématurée de sa mère alors qu’elle avait douze ans, a probablement contribué à forger son caractère. Attitude singulière pour une femme au XIXe siècle, elle choisit son époux, François Millet, qui est le frère de sa mère. Cette situation familiale particulière nécessite cependant une dispense obtenue du roi Louis XVIII. Son mari étant nommé sous intendant militaire à Châtellerault, le couple s’installe au domaine de la Cataudière, commune d’Availles-en-Châtellerault où, profitant de l’éloignement du mari pour raisons professionnelles, elle dirige le domaine et y installe une ferme. Quatre enfants naissent de cette union et ils profitent de l’esprit visionnaire de leur mère qui les élève de manière égalitaire, nous sommes alors dans les années 1830.

L’agronome

À partir de 1838, la sériciculture, l’art « d’éduquer » les vers à soie, va occuper une partie significative de sa vie en pays Châtelleraudais. Il s’agit d’installer une magnanerie et de développer cette activité originale au domaine. Cet élevage, partant de la couvaison d’œufs de papillons bombyx, passant par le nourrissage des larves et finissant par la récolte du fil enveloppant leurs cocons, le fil de soie, est complexe et peu diffusé en France. La méticulosité d’une femme et d’une mère est adaptée à cette activité permettant d’obtenir des résultats, progressifs et probants. L’alimentation de cet élevage avec des feuilles de murier blanc, nécessite la plantation de ces arbres en quantité adéquate sur les terres du domaine, soit deux hectares. Esprit innovant, elle s’essaie à la génétique des lépidoptères avec des résultats contrastés. La tentative de coloration des œufs pour obtenir du fil de soie coloré n’aboutit pas. Elle obtient par croisement une nouvelle race de papillon baptisée Cora.

Militante féministe avant l’heure, elle profite de la présentation de cette activité pour inciter les femmes à se mêler d’agriculture, premier pas vers l’émancipation.

En 1850 la Cataudière est vendue et la famille Millet se déplace en Touraine.

Chroniqueuse, femme de lettres et encyclopédiste

Son activité d’écriture est éclectique : conseils aux jeunes filles pour choisir un mari, puériculture, publication de manuels scolaires d’agriculture destinés aux filles.

Son œuvre majeure en 1845, La Maison Rustique des Dames est une véritable encyclopédie de la vie rurale au XIXe siècle : organisation des jardins potagers et fruitiers, choix de variétés, recettes et menus de repas pour chaque jour de l’année. Cet ouvrage sera l’objet de 20 éditions successives et sera traduit en trois langues.

En 1868 elle publie La Maison Rustique des Enfants. C’est un manuel d’éducation qui apprend les bonheurs simples de la vie rurale. Elle est adepte avec réserves de Jean-Jacques Rousseau car : « Ce n’est qu’un homme… »

Cora Robinet -Millet est admise en tant que première femme à la très masculine Société d’Agriculture. C’est aussi la première Française titulaire du grade de Chevalier du Mérite Agricole, le célèbre « poireau », en reconnaissance de son influence sur la profession.

Le CCHA à Ingrandes Pour le film Les Gardiennes

Projection du film Les Gardiennes à Ingrandes

Oeuvre d’Ernest Pérochon adapté par Xavier Beauvois

 Mardi 6 février 2018 à 20h00 à Ingrandes, le CCHA (Centre Châtelleraudais d’Histoire et d’Archives) est invité par Sports et Loisirs Ingrandes, association qui organise localement les séances de cinéma en lien avec le CRPC (centre régional de promotion du cinéma) pour accompagner la projection du film Les Gardiennes.

 Quelques éléments de le la biographie d’Ernest Pérochon  rappelés par Bernadette Asselin :

Ernest Pérochon est né en 1885 à Courlay dans le bocage bressuirais.Nommé instituteur en 1903, il fait son service militaire en 1905 au 114ème RI (Parthenay). En 1914,  instituteur à Vouillé près de Niort, il est mobilisé sur le front de Lorraine. Atteint d’une crise cardiaque en 1915, il est démobilisé et revient enseigner à Vouillé.Publié dès 1908, il se consacre à nouveau à l’écriture et obtient le prix Goncourt en 1920 pour Nêne. Son roman Les Gardiennes est publié en 1924. Il meurt en 1942 à Niort d’une crise cardiaque.

Quelques éléments sur la filmographie de Xavier Beauvois, né en 1967 à Auchel dans le Pas-de-Calais, à travers les films déjà diffusés par le CRPC dans la salle d’Ingrandes.

Xavier Beauvois acteur : Mauvaise foi en 2006, Disco et  Les femmes de l’ombre en 2008.

Xavier Beauvois réalisateur : Le petit lieutenant en 2005, Des hommes et des dieux en 2010, (Grand Prix du Jury à Cannes et César du meilleur film), Chocolat en 2016 et Les Gardiennes en octobre 2017.

 Présentation du Centre Châtelleraudais d’Histoire et d’Archives

 Jean-Luc Gillard, président du CCHA, évoque les objectifs essentiels de l’association : explorer, protéger et promouvoir le patrimoine documentaire du Châtelleraudais. Au cœur des outils de recherche (les archives) et des productions offertes (revues, conférences expositions), cette démarche s’applique parfaitement dans l’élaboration actuelle d’un DVD composé de documents originaux issus d’une vaste collecte et intitulé Le Châtelleraudais à l’épreuve de la Grande Guerre. Le film proposé aujourd’hui s’inscrit totalement dans le courant de recherche documentaire et de commémoration. Il souligne de nombreux aspects que l’on retrouve dans toutes les communes du pays, à Ingrandes comme ailleurs : la place des femmes dans la société en guerre, l’omniprésence de l’absent et de la mort, le poids de la religion, l’importance du courrier et des colis…Le président indique qu’un nouveau thème de travail est lancé pour une durée de trois ans : Education et formation dans le Châtelleraudais XVIIIe-XXe siècle, et invite les spectateurs à se joindre au groupe de recherche.

Échanges après la projection du film 

Quelques réactions du public :

Le film se terminant par La chanson des blés d’or magnifiquement interprétée par Iris Bry, l’actrice jouant le rôle de Francine, des souvenirs ont ressurgi parmi plusieurs spectateurs qui ont évoqué leur mère, grand-mère ou leur tante  qui la chantaient lors des réunions de famille. D’ailleurs plusieurs voix ont accompagné l’actrice !!!

Des remarques ont été formulées concernant la gestuelle liée aux activités agricoles (façon de tenir une fourche, d’utiliser une faucille, de semer…) par notre public apparemment plus à l’aise dans ce genre d’activité que les acteurs du film.

Une personne originaire du même canton de naissance qu’Ernest Pérochon a réagi sur les vêtements portés par les femmes dans le film, bien plus beaux que ceux qui se portaient pour les travaux des champs ou des soins aux animaux.

Une fois ces remarques faites,  les personnes présentes ont parlé de ce qui les avait particulièrement touchées : la visite du maire aux familles pour annoncer les décès, le poids de la religion, les cérémonies mortuaires sans les corps (des précisions ont été apportées sur la date de retour des corps à partir de 1922), les décès souvent multiples dans une même famille pouvant concerner deux frères, un père et un fils, un frère et beau-frère… (à ce sujet la lecture des listes sur les monuments aux morts est révélatrice), la préparation des colis. Un témoignage est apporté sur le contenu des colis reçus par des soldats et dont on retrouve trace dans les courriers : essentiellement des vêtements et de la nourriture mais aussi de nombreux objets pour faciliter le quotidien.

Marie-Claude Albert et Joseph Chotard, tous les deux chercheurs au CCHA, sont ensuite intervenus chacun dans leur domaine de prédilection pour apporter quelques réflexions sur des inexactitudes historiques relevées dans le film ou ne pouvant se rapporter à l’arrondissement de Châtellerault :

La mécanisation agricole était engagée ; il y avait des batteuses alors que le film montre une scène de battage au fléau. Par contre les tracteurs et les moissonneuses-lieuses sont apparus plus tard après la guerre (l’évènement du tracteur n’apparait d’ailleurs pas dans le livre d’Ernest Pérochon).

Concernant la présence des Américains pour aider aux travaux agricoles on n’en retrouve aucune trace dans notre secteur, mais il a été précisé que des prisonniers allemands y avaient été affectés : 325 dans 25 communes de l’arrondissement de Châtellerault (sur les 51 qui le composaient à l’époque).

Concernant le travail des femmes, il a été rappelé que, dans le milieu rural, ce n’était pas une nouveauté puisque les femmes ont toujours participé largement aux travaux de la ferme ; ce qui est nouveau avec ce conflit c’est qu’elles deviennent chef d’exploitation.

Il a ensuite été question du travail des femmes en ville et en particulier pour Châtellerault à la Manufacture d’armes. 2 151 femmes y ont été recensées grâce aux fiches conservées au SHD (service historique de la Défense) avec une pointe de 1 600 ouvrières en octobre 1917. La discipline y était très stricte et de nombreuses remarques pour manquement ou indiscipline figurent sur ces fiches. Elles ont été largement licenciées dès le lendemain de l’armistice : 1 225 entre le 12 novembre 1918 et le début de 1919.

Quelques précisions ont été apportées sur les soldats morts. Sur les 2 350 tués à l’échelle de l’arrondissement de Châtellerault, 1 691 étaient des actifs du monde agricole (plus de 80%).

 

Cette soirée fut très chaleureuse malgré la météo (jour de neige sur le Châtelleraudais). Les 75 personnes qui avaient osé le déplacement semblaient satisfaites. Les échanges se sont poursuivis autour du verre de l’amitié et auraient pu se prolonger encore longtemps, mais chacun avait hâte de rentrer dans de bonnes conditions. Au hasard des conversations on évoquait le sort des veuves et des orphelins, la vie des jeunes femmes souvent obligées de vivre avec leurs parents ou leurs beaux-parents et les difficultés relationnelles occasionnées, la situation des enfants de l’Assistance Publique,  les ravages de la grippe espagnole…

Quelques achats à la table des revues et parutions du CCHA montrent l’intérêt du grand public  pour ses travaux.

Françoise Allignet, Bernadette Asselin, Jean-Luc Gillard

Bécassine et la Grande Guerre, 27 janvier 2018, salle Camille-Pagé à Châtellerault

Devant une salle comble, Nicole Pellegrin ouvre l’année 2018 des conférences du CCHA. Chargée de recherche au CNRS, anthropologue du vêtement et historienne des femmes, elle se présente d’emblée comme « féministe et pacifiste ». C’est avec ce double regard qu’elle nous propose sa lecture des albums de Bécassine, la première héroïne féminine de bande dessinée. Inventée par deux hommes – Maurice Languereau, dit Caumery le scénariste (Claudine Pauly nous apprend qu’il séjournait à la Maison des Saints à Monthoiron où il avait des attaches familiales), et Joseph Porphyre Pinchon le dessinateur – elle voit le jour dans La Semaine de Suzette. Cet hebdomadaire qui paraît à partir de 1905, est destiné aux petites filles de bonnes familles. Les aventures de Bécassine proposées sur deux pages, sont rassemblées ensuite dans les albums édités par Gautier-Languereau. La Semaine de Suzette qui a manifesté des sentiments « anti-boches » pendant la première guerre, est interdite par les Allemands en 1940 et ne reparaît qu’en 1946. Bien avant la « ligne claire » popularisée par les dessinateurs belges, Pinchon innove avec un tracé simplifié sur fond blanc ; la mise en page est pleine de mouvement, les vignettes de textes disposée de façon irrégulière.

Anaïk Labornez (lisez « la bornée ») dite Bécassine, née à Clocher – les – Bécasses, représente la femme du peuple chassée de sa Bretagne natale par la misère : elle se place alors comme domestique à Paris. Facile à repérer dans sa robe verte – qui ne correspond à aucun costume breton authentique – armée d’un éternel parapluie rouge, elle semble niaise et servile mais est en réalité pleine de bon sens, et fait à la fois rêver et rire les jeunes lectrices. Bécassine qui est allée à l’école de la République écrit, certes avec des « fotes » ; bien que représentée sans bouche (allusion à l’interdiction de la langue bretonne) elle parle, et beaucoup plus que ses contemporaines issues des classes populaires ! Son image non sexuée, comme plus tard celle de Tintin qui voit le jour en 1929, reste immuable dans les divers albums.

La période 1914-1918 est au cœur de trois albums : Bécassine pendant la guerre (1916) réédité en 1947 sous le titre Bécassine et la Grande Guerre, Bécassine chez les Alliés (1917) et Bécassine chez les Turcs (1919). La guerre, menée par les hommes, y est présentée sans montrer les combats, de façon édulcorée pour ne pas choquer les jeunes lectrices et exorciser l’angoisse présente dans toutes les familles. Bécassine tricote, essaie de devenir infirmière, travaille comme ses contemporaines : elle porte le calot et la musette de la poinçonneuse de tickets dans le métro. Tour à tour garde-barrière, aviatrice, conductrice de voitures, elle témoigne de l’émancipation temporaire et fragile des femmes. Bécassine donnait déjà avant-guerre une vision positive des étrangers, italiens, espagnols, maghrébins, turcs vivant en France ; à contre courant de l’image des troupes coloniales présentées comme des « nettoyeurs de tranchées », voire des cannibales, elle devient marraine de guerre du prince Boudou de Tombouctou qui se révèle être peintre et fin lettré. Invraisemblable, caricaturale mais attachante, Bécassine fait partie des héroïnes qui ont marqué plusieurs générations. La preuve en est donnée par la très riche exposition présentée : livres et poupées apportés par des membres du CCHA, albums du réseau des médiathèques du Grand Châtellerault, collection de la Semaine de Suzette de Danièle Bégeaut- Köhler. M. Hamon, dont la grand-mère a quitté sa Bretagne natale dans les mêmes conditions que Bécassine, nous a fait découvrir de très nombreux livres, objets, disques … dédiés à l’héroïne de la Semaine de Suzette.

Françoise Metzger

Le texte complet de cette conférence paraitra dans un prochain numéro de la revue.