C.C.H.A

Centre Châtelleraudais d'Histoire et d'Archives

Association fondée en 1999, le C. C. H. A. a pour but de découvrir, protéger, exploiter et mettre en valeur l’histoire et le patrimoine du pays châtelleraudais par les recherches en archives et de témoignages.

Compte rendu du 88ème forum du CCHA

A propos du forum du 19 mars 2016

Pour sa deuxième conférence de l’année, le CCHA a fait appel à un de ses anciens membres, Pierrick Hervé, actuellement professeur en classes préparatoires au lycée Guist’hau de Nantes. Auteur d’une thèse sur Le deuil, la patrie, et la construction de la mémoire de la Grande Guerre, en particulier à travers l’étude des monuments aux morts de la Vienne (1998), il a orienté son propos dans une perspective nécessairement plus limitée en répondant à cette question : pourquoi la bataille de Verdun – qui ne fut pas la plus meurtrière – occupe-t-elle une telle place dans la mémoire collective ?

19_03_2016_0170Allègées

Bien qu’ils soient l’objet de nombreuses rétrospectives en cette année du centenaire, les événements de 1916 méritaient d’être rappelés dans un premier temps, d’autant qu’ils font prendre à la guerre une tournure inédite. On peut parler alors de « batailles totales » dans lesquelles l’objectif affiché est de faire perdre à l’ennemi le plus grand nombre d’hommes. La volonté de Falkenhayn de « saigner » la France entre dans une stratégie globale, dont le but dernier est de réduire la puissance de la Grande Bretagne. De son côté, la France a attribué à Verdun une sorte de valeur symbolique ; aurait-elle perdu définitivement cette bataille que le cours de la guerre n’en aurait peut-être pas été changé. Mais, entre autres sous la pression du colonel Driant, on a fait de la défense de Verdun un enjeu prioritaire. La stratégie allemande et l’obstination de la défense française expliquent donc ce que fut cet enfer, où l’on a pu comptabiliser 3500 morts au km²…

De février à juillet, l’offensive allemande gagne du terrain, puis la donne s’inverse ; la bataille est « terminée » le 15 décembre, après la reprise des forts de Douaumont et de Vaux. Victoire française, mais à quel prix ? La formule « celui qui n’a pas fait Verdun n’a pas fait la guerre » donne à cette bataille un statut particulier, qui s’explique quantitativement par le nombre élevé de pertes humaines, mais aussi par ce que les soldats ont vécu pendant ces dix mois. Verdun est devenu la bataille du citoyen français dans la mesure où, « grâce au » système de « roulante » mis en place par Pétain, les deux tiers des divisions françaises y ont participé.
Le conférencier s’est attaché à décrire ce qui attendait le soldat désigné pour « monter » à Verdun, cheminement vers l’horreur dont l’organisation même pouvait lui donner le sentiment d’être conduit à l’abattoir. Certes animé par un « patriotisme terrien et défensiste », selon les termes des auteurs de Verdun 1916, Antoine Prost et Gerd Krumeich, il se retrouve exposé à un déluge de feu et à des conditions de vie totalement déshumanisantes. Pour ceux qui ont eu l’heur de survivre, s’est forgée une forme particulière de camaraderie qui a beaucoup fait pour la sacralisation de Verdun dans la mémoire collective, plaçant Verdun au sommet d’une sorte de hiérarchie militaire, puis faisant de Verdun une métonymie de toute la Grande Guerre.

Dans un dernier temps Pierrick Hervé a donc évoqué cette construction de la mémoire, une mémoire nationale et combattante, manifestée à travers des monuments (les bornes de la Voie Sacrée, le mémorial de la dite « tranchée des baïonnettes »), la médaille de la ville de Verdun, de nombreux gestes symboliques. C’est à la citadelle de Verdun que s’est faite la désignation du « soldat inconnu », en novembre 1920, par exemple. L’ossuaire de Douaumont, édifié à l’initiative de Mgr Ginisty, occupe une place importante dans la série des commémorations, 1936, 1966, 1984 (François Mitterrand et Helmut Kohl se tenant la main). Les politiques se sont emparés de cette mémoire, dont on peut se demander ce qu’elle deviendra, une fois passée l’effervescence du centenaire.
Pour information : Pierrick Hervé collabore à une plateforme numérique qui est une mine de renseignements pour qui s’intéresse à cette période de l’histoire, considérée sous l’angle du vécu des contemporains : il s’agit des documents de la famille Résal, environ 3500 lettres échangées, et une centaine de photographies, extraordinaire corpus à consulter à l’adresse plateforme1418.com.
Selon les habitudes, la conférence était accompagnée d’une exposition, rassemblant quelques objets évocateurs de l’année 1916, mais présentant principalement les unes de journaux de l’époque, classées chronologiquement. Gravures tragiques, caricatures féroces des chefs de la Triple Alliance, et dès la fin d’octobre, annonce de la défaite de Falkenhayn, puis de la reprise de Douaumont. On fera un sort particulier à La Lanterne, se préoccupant déjà de repeupler la France avec un article intitulé « Faisons beaucoup d’enfants » ; ou au « journal périodique de la vie du front », Le rire aux éclats, proclamant : « nos manuscrits sont français, ils ne se rendent pas. »

19_03_2016_0161Allègées

 

 

 

 

 

 

Un double diaporama a permis d’admirer des cartes postales envoyées aux familles en 1916 : pour les unes, des productions en série de l’Inter Art Company, de Londres, cartes humoristiques destinées à une petite fille et libellées en français et en anglais ; pour les autres, dessins originaux réalisés par Jean Desailly, prisonnier à Würburg, qui contournait l’interdiction d’écrire un message au dos de la carte en dessinant au recto des images de ses activités, comme les moissons.
C’est ce genre de documents que le CCHA continue de collecter, pour entretenir non pas tant le devoir de mémoire que le devoir d’histoire.
Compte-rendu de Marie-Hélène Martin-Lambert
Photos de Bernard Fy

88ème forum du CCHA

88e forum  de l’Histoire châtelleraudaise

Samedi 19 mars 2016
Salle du Verger, à Châtellerault

15 h 15 : EXPOSITION

16 h : CONFÉRENCE

1916, la bataille de Verdun,
vécus et mémoires.

par Pierrick Hervé

docteur en Histoire, professeur
en classes préparatoires.

DÉBAT
PRÉSENTATION DES PUBLICATIONS DU CCHA

Entrée libre et gratuite
avec le soutien de la Ville de Châtellerault et de la CAPC

N°30 Châtellerault rive gauche

COUV 30DOSSIER : CHÂTELLERAULT, RIVE GAUCHE

 Le crime de la rue Creuzé

Marie-Jeanne Ferragut, p. 2

Au temps des officines de Châteauneuf

Claudine Pauly, p. 12

Les fonderies de la rive gauche

Pierre Bugnet, p. 20

Robert Gemehl, un petit gars de Tivoli dans la Grande Guerre

Marie-Christine et Claude Ligeard, Pierre Bugnet, p. 33

Conférences

 Les Châtelleraudais et l’effort de guerre en 1914-1918

Jacques Bouquet, p. 48

Puygarreau : Histoire d’un château

Claudette Roussel, p. 53

Varia

Sur les pas de nos sapeurs-pompiers de 1809 à 1939

Jacqueline Gagnaire, p. 62

François Chantepie, inventeur prolifique (1817- 1902)

Geneviève Millet, p. 77

La vie du CCHA

Communication

Un couvent à l’hôtel Alaman (1640-1792)

Gwénaël Murphy, p. 83

 

86ème forum du CCHA

Mémoires d’un élu local communiste aux responsabilités nationales et internationales.

Forum%20du%2019-11-20153

C’est le samedi 21 novembre 2015, sous un ciel automnal que la salle Camille Pagé a abrité une assistance curieuse de suivre le parcours d’un militant politique engagé et élu républicain.

Auparavant deux évènements majeurs, et non des moindres, ont servi de préambule :
Après deux années de vice-présidence et cinq de présidence, Claudine Pauly appelait à sa succession Jean-Luc Gillard. Le C.C.H.A. est toujours entre d’excellentes mains et Mme Pauly ne sera jamais très loin puisqu’elle prend de nouveau la vice-présidence de notre association. Bon courage et félicitations à eux.

 

Forum%20du%2019-11-201512

Le second évènement fut le dépôt officiel des documents de M. Fromonteil aux archives municipales et communales (4 ensembles, 40 dossiers, 2 mètres linéaires). M. Borderieux, conservateur, attire l’attention sur ce dépôt exceptionnel qui nécessitera un inventaire, un classement pour permettre son accessibilité sur le site communautaire.

Forum%20du%2019-11-201515

Enfin nous parvenons au cœur de ce 86e forum, la vie de ce tourangeau né en 1930 dans un milieu républicain laïc, républicain de gauche.
On le suit tout d’abord sur les routes de l’exode en 1940 avec les mitraillages aériens, puis son retour à Tours au lycée. La Libération le verra à 14 ans, grâce à ses connaissances de l’anglais, le traducteur des américains au balcon de l’hôtel de ville de Tours devant 100 000 habitants.
Volontaire, il part dans les Vosges dans le cadre de l’aide des jeunes à la reconstruction .
Son soutien de jeune militant se traduit en mai 1947 par son adhésion au Parti Communiste Français suite à l’exclusion des ministres communistes du gouvernement par P. Ramadier. Puis naturellement il s’engage dans le combat des luttes des peuples désirant leur indépendance (Indochine, Afrique noire et Maghreb) époque durant laquelle les femmes militent de leur côté pour la paix d’une façon très active. La guerre froide le voit interdit de séjour à Tours, nécessitant son arrivée à Poitiers. En 1954 appelé du contingent, il sert au 126ème R.I. à Brive où il participe ardemment à l’occupation de la caserne, refusant de servir en Algérie.
A son retour, il est avec J.J. Servan Schreiber de l’hebdomadaire L’Express, fondateur de l’association des anciens combattants ‘’ F.N.A.C.A.’’, où il siège comme vice-président.
Nous le retrouvons ensuite à la section du P.C. à Châtellerault puis à la section départementale, âge d’or du parti, où il est de toutes les luttes sociales et politiques (mai 1968 17 usines occupées). En 1975, c’est en leader de la Gauche qu’il aborde une élection partielle à Châtellerault où le rapport Gauche-Droite se joue avec l’arrivée d’Edith Cresson.
Ses responsabilités l’amènent à rencontrer les plus grands hommes politiques du moment et aux côtés de Georges Marchais dans le contexte de soutien à l’U.R.S.S. il vit les luttes internes et l’opposition feutrée qui se fait jour dans l’appareil du parti.
Apres deux heures d’une passionnante évocation de militantisme, notre conférencier se prit au jeu des questions avec son auditoire, avant de se joindre à lui autour d’un verre bien mérité !

Forum%20du%2019-11-201510

Compte-rendu de Francis Garnier

 

 

Calendrier prévisionnel des prochaines conférences

CONFERENCES DU PREMIER SEMESTRE 2016

30 janvier 2016, 16 h – salle Camille Pagé à Châtellerault
La Grande Guerre en chansons

Jean-Marie Augustin, Professeur émérite de droit de l’Université de Poitiers.

19 mars 2016, 16 h – salle du Verger à Châtellerault
Les batailles de l’année 1916 : vécu de combattants

PIERRICK HERVE, Professeur en classes préparatoires,
historien spécialiste de la Première Guerre mondiale

21 mai 2016, 16 h – Scorbé-Clairvaux (salle à préciser)

Présentation des travaux du groupe de recherche du CCHA (GRAHC)

L’arrondissement de Châtellerault avant 1914
et pendant la guerre

Disponibilité de revues anciennes

RHPC
Si vous êtes intéressés par ces revues anciennes,
ccha.chatellerault@gmail.com
N°     Thèmes     Auteur     Année
3   L’école privée en Châtelleraudais (1900-1939)  J. Bouquet   2002
Aimée de James, religieuse de Lencloître (1755-1794)  G. Murphy  2002
8   Bains-douches et bateaux-lavoirs à Châtellerault, 1830-1930  G. Millet 2004
femmes du Poitou sous l’Occupation I. Soulard 2004
9    Le syndicalisme des ouvriers de l’Etat avant 1914. L’exemple des    établissements du Poitou-Charentes L. Cantamessa 2005
Le marquis de Pérusse des Cars et la physiocratie. J. Gagnaire, C. Pauly 2005
10   Les sociétés musicales châtelleraudaises dans les fêtes L. Guais 2005
Les fêtes d’aviation à Châtellerault G. Millet 2005
11   Foire de la saint Roch A. Banos 2006
Les fêtes pendant la première guerre mondiale F. Metzger 2006
12    Les Châtelleraudais et la guerre 1939-1945 M.C. Albert 2006
Charles Arambourou, premier opérateur du cinématographe en Poitou D. Taillé 2007
14   Le passage de Bordeaux-Paris à Châtellerault P. Hervé
J. Soulard 2007
La commémoration de la Commune de Paris à Châtellerault (1871-1914) C.A. Krauskopf 2007
17    L’immigration à Châtellerault des années vingt à aujourd’hui N. Sivasli 2009
Châtellerault et la guerre 14-18 vue par Charles et Eugène Arambourou P. Bugnet, M. Pergant 2009
Prix d’une revue : 2 € (+ 2 € 75 si envoi)