C.C.H.A

Centre Châtelleraudais d'Histoire et d'Archives

Association fondée en 1999, le C. C. H. A. a pour but de découvrir, protéger, exploiter et mettre en valeur l’histoire et le patrimoine du pays châtelleraudais par les recherches en archives et de témoignages.

Etablissements Dreau, Arlette Banos

M. Maurice DREAU était route de Richelieu et M. George DREAU, au Piétard.

Les Ets Georges DREAU furent un des plus grands établissements de la région. Ils étaient très bien équipés et ils ont employé jusqu’à 25 personnes dans l’usine à l’époque la plus florissante, c’est-à-dire avant la dernière guerre.

Quand il y avait de gros arrivages, les employés travaillaient même la nuit jusqu’à une heure du matin. Mme RABEAU, une ancienne employée (décédée depuis), des Ets DREAU a raconté que dans les années 1930, M. DREAU était allé jusqu’en Pologne chercher des oies blanches. Les oies étaient surtout achetées sur les marchés de la région et chargées sur des voitures à cheval ou des camions étaient amenées à leur destination finale.

Elles étaient déchargées et mises dans une vaste cour garnie de paille. On les détachait pour qu’elles puissent détendre leurs membres engourdis depuis le matin par les liens et par leur immobilité dans les paniers pendant leur transport. Elles passaient généralement la nuit à se détendre avant d’être sacrifiées dès le lendemain matin.

 

La suite de l’article : Arlette Banos, Etablissements Dreau

De moulins en minoteries : les derniers meuniers du Châtelleraudais, Claudine Pauly

Le moulin à eau, attesté en Europe depuis l’Antiquité, est plus ancien que le moulin à vent. Il s’est développé parallèlement à la disparition de l’esclavage à partir du IXe siècle. L’utilisation de l’énergie hydraulique plutôt qu’animale ou humaine permet une productivité sans comparaison avec celle disponible dans l’Antiquité, chaque meule d’un moulin à eau pouvant moudre 150 kg de blé à l’heure ce qui correspondait au travail de quarante esclaves.
Sur nos rivières, les premiers moulins font leur apparition. « Saint-Mars, hameau et moulin sur la Vienne, commune de Bonneuil-Matours : Alodum quod dicitur Cella, masum cum ecclesia, piscatoria, molendino…, 1067-1073, est ainsi cité dans le cartulaire de Saint-Cyprien, et semblerait être l’un des plus anciens du Châtelleraudais ».
Avant l’ère industrielle, les moulins à eau étaient utilisés pour de multiples usages : sur la Vienne, le Clain, l’Ozon et l’Envigne se trouvaient essentiellement des moulins à farine, à foulon, à tan, à huile… Le moulin à eau, tout comme le moulin à vent, fut supplanté au XIXe siècle par l’arrivée de la machine à vapeur, puis par le moteur électrique.
Aujourd’hui, l’activité des moulins a presque disparu. Certains ne sont plus que ruine, d’autres sont devenus des maisons d’habitation. Si l’on excepte le moulin de Chitré, reconverti en musée « Ecologia », les survivants de cette grande aventure produisent de l’électricité (Saint-Mars, les Grands Moulins de Bonneuil-Matours). Seuls, le moulin des Bordes a continué à « moudre farine » jusque dans les années 1990 et son grand frère, à Ozon, équipé de machines ultra modernes, connait une production croissante et exporte la farine dans toute la grande région du Poitou. C’est sur ces moulins, que va porter notre attention. Auparavant, intéressons-nous quelques instants sur le mécanisme des moulins en général et sur les moulins du Châtelleraudais, en particulier.

 

La suite de l’article : Claudine Pauly, De moulins en minoteries

Les Tanneries du 18ème au 20ème siècles, Geneviève Millet

Les tanneurs existaient dans l’Egypte antique puisqu’on a retrouvé des sandales de cuir dans les tombes. « Le tannage végétal apparaît au néolithique, 8000 à 10 000 ans avant notre ère. Le tannage à l’alun était connu des Egyptiens il y a 6000 ans ».
L’homme dégraissait le cuir avec de l’argile dès 5000 ans avant JC. Dans la Rome antique le cuir était recherché et les Romains exigeaient des vaincus des tributs en cuir et en fourrures. Pendant les guerres, les soldats utilisaient des protections en cuir. Dans toute l’Europe, le Moyen-âge a été une civilisation du cuir. On se déplaçait à cheval et les harnais, les baudriers, toutes les courroies, les selles, étaient en cuir. Il servait aussi  à la confection des semelles de chaussures à celle des bottes, des bottines, de gants en fourrure (Paris, en 1260). Les gibecières, les fourreaux des armes étaient en cuir. On recouvrait les murs des belles demeures de tentures de cuir doré gaufré. Le cuir était partout. On cite les cuirs d’Irlande, d’Ecosse, d’Espagne, d’Allemagne, de Hongrie (peau de cheval), de Pologne, de Russie (peau de vache) etc…En France, le Poitou était réputé pour ses cuirs. Niort établit au XIIIe siècle le commencement de son industrie chamoisière réputée qui sera si florissante au début du XVIIIe siècle. La halle aux tanneurs de Poitiers, place du Pilori, est signalée en 1555, le statut des corroyeurs de Poitiers Saint-Hilaire remonte à 1457 mais le statut des tanneurs est bien antérieur puisqu’il a été révisé en 1460. Les premières chamoiseries existaient sous François Ier (1515-1547), mais dès le XIIIe siècle le cuir se vendait (le manuscrit de Saint-Hilaire signale des cuirs mal conditionnés par un marchand de Vivonne venu les vendre à Poitiers en 1269).

La suite de l’article : Geneviève MilletLes Tanneries du 18ème au 20ème siècles

Peaux d’oies, plumes et duvets, Jacqueline Gagnaire

Essentiellement agricole, le Poitou, il y a plus de deux cents ans, était riche, outre de ses ânes, de volailles en tous genres.
Mais c’étaient les oies blanches qui faisaient sa réputation dans le domaine de la plume. Les oies de notre région étaient, de l’avis général, les plus fournies en duvet de qualité et d’une rare blancheur. L’histoire raconte qu’il y a fort longtemps des mégissiers hollandais étaient venus s’installer dans la région, amenant avec eux ces oies remarquables dont on retrouve l’espèce encore de nos jours en Hollande, ainsi que leur savoir en matière de tannage. On disait aussi que le sol calcaire de nos campagnes contribuait, par une savante alchimie, à cette particularité.

Quoiqu’il en soit, le commerce de la plume fut florissant aux XIXème et XXèmes siècles. De grands marchés d’oies blanches avaient lieu dans la Vienne : à Gençay, Lusignan, Rouillé, Latillé, le plus important, à Saint-Savin, Vivonne, Mirebeau, Lencloître, mais encore à Châtellerault ou Chauvigny. La demande en plume était grande, bien sûr, à une époque où tout ce que nous garnissons aujourd’hui de matière synthétique l’était alors de plume.
A Poitiers plusieurs établissements importants, dont nous reparlerons, étaient célèbres pour le tannage des peaux d’oies duvetées et surtout pour avoir été les premiers à les teindre. Pratique qui s’étendra à d’autres entreprises jusqu’à devenir dans les années 1950 une véritable industrie de la mode.

 

La suite de l’article : Jacqueline Gagnaire, Peaux d’oies, plumes et duvets

La Société Boileve et le Textile châtelleraudais, Lucienne Guais, Françoise Metzger

Cette activité est citée dès le  XVème siècle et à la Renaissance : tissage  de la laine, évidemment, mais aussi  du chanvre, plante à tout faire cultivée localement dans la vallée de l’Envigne autour de Lencloître. Le chanvre était principalement travaillé à domicile par les agriculteurs et destiné à la fabrication de ficelles, de cordes, de fils à tisser utilisés pour des toiles grossières vendues aux nombreux moulins. Aux alentours de l’an IX, il y a  environ 320 fileurs de chanvre dans le Châtelleraudais et, en 1801, plus de 1000 tisserands et 5000 fileuses y sont employés pour le chanvre, la laine et d’autres fibres. En 1812 il reste 600 métiers à tisser  le coton, dont 400 en pleine activité et 24 métiers à laine qui occupent 72 ouvriers. Les tisserands créent des serges, tissus dans lesquels des fils de chaîne et des fils de trame se décalent régulièrement afin de produire des lignes parallèles obliques. Ces étoffes servaient surtout dans l’ameublement. Quant aux droguets, tissus tramés de laine sur chaîne de coton ou de fil, ils  étaient utilisés surtout pour l’habillement car inusables.
Au milieu du XIXème siècle, « des fabriques de serges et de revêches (tissus rudes au toucher) sont répandues dans toutes les localités… ». L’abbé Lalanne évoque aussi « le commerce des toiles crues ou blanchies, en si grande renommée que l’on en faisait des envois jusque dans les îles». Quant à la broderie et à la confection de dentelles, elles occupent de nombreuses femmes et jeunes filles, dans des petits ateliers puis dans des établissements plus importants. La fabrication de toiles, tissus et dentelles  est mentionnée comme très florissante à Châtellerault dans une grande enquête statistique de 1811.

 

La suite de l’article : Lucienne Guais, Françoise Metzger, La Société Boileve et le Textile châtelleraudais