La presse de la Vienne au XIXe siècle.

Le samedi 25 janvier 2020, salle du Verger à Châtellerault, le CCHA accueillait, à l’issue de son assemblée générale annuelle, Alain Houisse, l’un de ses chercheurs et membre du comité de rédaction de la Revue d’Histoire du Pays Châtelleraudais.

Auteur de l’ouvrage à paraitre Cent ans d’histoire de la presse à Poitiers 1773-1878, il a choisi de présenter ses propos sous une forme thématique : les imprimeurs, les journalistes, les journaux.

En préambule, il explicite les dates-repères de sa conférence : 1773, c’est la parution du premier organe de presse de la Vienne, Les affiches du Poitou. Et 1878 car c’est l’année de la loi d’amnistie des délits d’opinion par voie de presse et le premier dépôt d’une demande de loi sur la liberté de la presse (loi adoptée seulement trois ans plus tard).

Entre « imprimeurs » et « presse », le lien est évidemment étroit. Les imprimeurs s’intéressent à la presse car il s’agit de commandes régulières, qui permettent de lisser l’activité. C’est un métier fort ancien et très réglementé : presque 200 textes législatifs durant la période étudiée, car l’écrit a longtemps inquiété le pouvoir en place. Un certain nombre d’imprimeurs commencent par être libraires, puis l’imprimerie se transmet de père en fils, ou de beau-père à gendre : A. Houisse donne plusieurs exemples poitevins et châtelleraudais. Créer une imprimerie de toute pièce est possible, mais rare, car onéreux. Ainsi, à Poitiers, le baron de Soubeyran dépense 500 000 francs pour en créer une. Pendant longtemps, le matériel utilisé est presque celui de Gutenberg ! C’est la presse à bras, avec la composition à la main, ce qui explique une édition du journal sur quatre pages seulement et un tirage limité.

Au début du XIXe siècle, pas d’école de journalisme, pas de carte de presse : tout le monde ou presque peut se prétendre journaliste. Il faut attendre la Monarchie de Juillet pour rencontrer un journaliste professionnel. Alors qui sont les journalistes ? Parfois c’est l’imprimeur lui-même qui a rédigé la feuille avant de l’éditer. Mais cela peut-être aussi le notable désœuvré qui souhaite faire un peu de politique, ou l’étudiant frais émoulu de la faculté de droit de Poitiers, ou encore le journaliste parisien qui vient se ressourcer en province. Le conférencier donne des exemples poitevins concrets. Le journaliste provincial n’a pas vraiment de salle de rédaction à sa disposition, et souvent il s’occupe seul des différentes rubriques du journal. Il fait tout : la recherche, la rédaction, la mise en page et parfois aussi le tirage… A côté de la plume, son principal outil est le ciseau, car il reçoit la presse parisienne et y puise les informations nationales, politiques et économiques. Avec la création de l’agence Havas dans les années 1830 qui fournit une page quotidienne d’informations nationales, le journaliste possède une bonne source. Mais les informations locales sont plus difficiles à obtenir car il n’y a pas de correspondants locaux. Le journaliste doit alors s’appuyer sur les comptes-rendus des conseils municipaux, départementaux, des associations, et sur les abonnés, invités à fournir des informations.

En prenant appui sur des exemplaires originaux aimablement prêtés par un collectionneur châtelleraudais, le conférencier se penche sur les journaux eux-mêmes : en format in octavo, ils sont un peu gris, austères, sans grosses manchettes, sans illustrations. En donnant à chaque fois des titres départementaux, il distingue la presse d’annonces, la presse politique, la plus prestigieuse, mais aussi celle qui nécessite un cautionnement élevé, un droit de timbre, qui subit souvent la censure, ou l’avertissement sous le Second Empire, la presse littéraire, souvent éphémère, la presse religieuse, d’abord protestante, puis catholique avec la Semaine religieuse du diocèse de Poitiers à partir de 1854, la presse agricole avec des informations pratiques à but pédagogique, la presse gratuite enfin qui rencontre peu de succès.

Les deux premières pages portent les informations nationales, politiques et économiques. La page 3 est « fourre-tout » et la 4 regroupe les annonces. Dans le corps du journal apparait le feuilleton, d’abord littéraire, puis roman-feuilleton, les faits-divers, la publicité avec ses produits pharmaceutiques « miracles », une rubrique financière reçue de Paris par le journaliste

La diffusion du journal s’opère d’abord par abonnement, la vente sur la voie publique ne se développant qu’à la fin du Second Empire et avec le journal à 5 centimes.

L’abonnement étant assez élevé, le lectorat est réduit. Mais le journal est souvent lu par le chef de famille à l’ensemble des membres du foyer, domestiques inclus, et, en ville, des cabinets de lecture mettent les journaux à disposition.

La presse départementale est concurrencée par la presse parisienne, d’autant plus lorsque l’arrivée du chemin de fer contracte le temps entre la sortie des presses parisiennes et la lecture en province.

Le conférencier construit sa conclusion autour de trois axes : le journal est un enjeu de pouvoir, c’est un outil de communication politique, et c’est un miroir de la société.