Association fondée en 1999, le C. C. H. A. vise à la découverte, la sauvegarde et la promotion du patrimoine documentaire du Pays châtelleraudais.

Association fondée en 1999, le C. C. H. A. vise à la découverte, la sauvegarde et la promotion du patrimoine documentaire du Pays châtelleraudais.

Les écoles de la Vienne, aperçu sur une enquête

Tel est le thème choisi par Jerôme Grévy pour son intervention devant le public de la salle du Verger ce samedi 23 novembre 2019. Professeur d’histoire contemporaine à l’université de Poitiers, membre du CRIHAM (Centre de Recherches Interdisciplinaires en Histoire, Art et Musicologie), spécialiste – entre autres – de Garibaldi et de la Troisième République, M. Grévy a d’emblée souligné le rôle des « sociétés savantes » qui apportent beaucoup à la recherche universitaire ; le thème actuel de recherches du CCHA, « Éducation et formation en Châtelleraudais du XVIIIe au milieu du XXe siècle », les travaux sur l’école de Vicq-sur-Gartempe présentés ce même jour par leurs auteurs, l’histoire locale de certaines communes, comme le document mis en ligne sur le site de la mairie de Tercé en sont autant d’illustrations.

Jérôme Grévy

Dans les années 1960, l’historiographie a jeté un regard nouveau sur les institutions et l’enseignement mais les premiers travaux sur l’architecture scolaire sont bien plus tardifs (années 1980-1990). Au cours du XIXe, des enquêtes officielles sont menées ; dans celle de Guizot en 1833, il manque les réponses concernant la Vienne. Après les lois de Jules Ferry (école gratuite en 1881, obligatoire et laïque en 1882) l’action des pouvoirs publics est plus précise : la construction des écoles, qui doivent être distinctes de la mairie, est soumise à des impératifs précis en matière d’hygiène (chauffage, aération, toilettes, etc.) et de pédagogie avec des espaces différenciés pour la cour de récréation, le travail manuel, la gymnastique, la couture, le jardin …. Tout est prévu, du mobilier au tableau noir, des ardoises et des livres au préau. En 1884, une enquête fait l’état des lieux dans la Vienne où sont scolarisés 17 693 élèves ; les effectifs de chaque classe sont supérieurs à la moyenne nationale qui est de 46 enfants par instituteur ou institutrice, les écoles sont sous-équipées en matériel et malgré l’effort de construction, en particulier sous le second Empire, l’enseignement est bien souvent dispensé dans des maisons anciennes ou des granges aménagées. Les financements assurés par la mairie, l’état et des legs, sont insuffisants ce qui explique la précarité des conditions de travail, parfois dans une classe unique sur la terre battue. Le logement de l’instituteur est généralement nettement insuffisant pour accueillir une famille. Les enseignants émettent des propositions concrètes mieux prises en compte dans les constructions de la fin du XIXe qui font souvent appel à des architectes locaux. Jérôme Grévy évoque, en conclusion, les deux bâtiments symboliques appartenant à chaque commune : l’église, souvent sombre et ancienne et l’école, qui apporte la lumière et la connaissance.

François Bigot présente ensuite Les débuts de la scolarisation primaire à Vicq-sur- Gartempe au XIX e siècle, titre de l’ouvrage collectif écrit avec Nadia Bigot-Baleh, et François Cottet*, membres de Vals de Gartempe, Creuse, Anglin ; ces recherches doivent  beaucoup aux archives municipales, inédites jusqu’alors. Les progrès de l’alphabétisation ont été constants à Vicq au cours du XIX e siècle. En 1833, le premier instituteur laïc, enseigne à une classe mixte, chez lui, dans une maison louée. Il faut attendre 1866 pour que la construction de l’école de garçons soit achevée après des années de discussions entre la mairie, l’architecte et l’administration. Les filles, accueillies depuis 1854 dans des maisons privées,  intègrent des locaux neufs seulement en 1882. Malgré la lenteur des prises de décision, les autorités municipales ont œuvré pour que les enfants de Vicq-sur-Gartempe aient accès aux bienfaits de l’éducation.

*Lire les deux articles consacrés par ces auteurs dans la revue n° 38 du CCHA.

La naissance des écoles

Ce numéro 38 de la RHPC est le premier dédié aux recherches en cours sur « Education et formation en Châtelleraudais du XVIII au XX siècle »

Sommaire :

Les lois sur l’instruction primaire au XIX siècle, François Cottet, Nadia Bigot Baleh, p.2-12

Les instituteurs, les institutrices et les progrès de l’instruction à Thuré au XIX siècle, Jean-Louis Lamouraux, p.13-25

L’architecture scolaire à Vicq-sur-Gartempe (1839-1882), Nadia Bigot Baleh, François Bigot, p.26-36

L’école communale de Monthoiron au coeur du village de 1819 à 1959, Claudine Pauly, p.37-48

Création et construction de deux écoles dans une commune rurale : Mairé, Jean-Luc, Marie-Odile Gillard, p.49-60

Groupe scolaire du faubourg Châteauneuf Clément-Krebs, Ferdinand-Buisson, Claudie Bourreau, p.61-72

Varia

La mémoire du massacre de Maillé (25 août 1944), Clotilde Vandendorpe, p.73-84

Une affaire d’empoisonnement à Lésigny, en 1860, Gwénaël Murphy, p.85-90

Conférence

Bécassine et la grande guerre, Françoise Metzger p.91-96

Cora Millet-Robinet (1798-1890), la dame de La Cataudière, Gloria Godard, p.97-102

La ligne de démarcation dans la Vienne

Le 19 octobre 2019, une nouvelle fois,  le CCHA a organisé un forum délocalisé dans une commune du « Grand Châtellerault ». A Archigny, en présence du maire de la commune, la conférence a été faite en duo : Christian Richard, maire et président du musée de la seconde Guerre Mondiale de Tercé, a présenté la ligne de démarcation dans le département de la Vienne et Françoise Glain, membre du CCHA et présidente de l’association Histoire et Patrimoine d’Archigny, a centré ses interventions sur la ligne de démarcation à Archigny, une des communes les plus étendues de la Vienne.  

La ligne de démarcation, frontière imposée par les Allemands dès le 22 juin 1940, coupe la France en deux : la ZO, zone occupée par les Allemands, concentre l’industrie et les grandes cultures, la ZNO, zone non occupée, gouvernée par le Maréchal Pétain. Longue de 1 200 km, la ligne traverse 13 départements dont la Vienne. Là, elle se déploie sur 80 km entre Leugny et Chatain ; 18 communes sont coupées en deux. Cette frontière intérieure est un moyen de pression sur le gouvernement de Vichy, une restriction à la circulation des personnes et des marchandises, une source de tracasseries administratives.

source ONA

            Le tracé, la matérialisation et l’organisation de la ligne

La Demarkationlinie se met en place après l’armistice ; le tracé (en vert sur la carte annexée à la convention d’armistice d’où son nom de ligne verte) est fixé à 20 km de la ligne ferroviaire Paris-Hendaye. Au début les consignes sont floues, plusieurs modifications de trajet sont faites, pratiquement toujours à la demande de l’occupant, pour améliorer les surveillances de la zone. Sur le terrain, l’administration des Ponts et Chaussées, sous contrôle des Allemands, plantent les poteaux en bois tous les 100 à 150 mètres ; les couleurs de leur drapeau (noir, rouge, blanc) sont peintes à l’extrémité. Les postes de contrôle permanents allemands se trouvent aux croisements de la ligne avec les routes principales ; des guérites, baraques, mâts orné du drapeau allemand, chevaux de frise, barrières sont installés aux carrefours et aux ponts. Une bande large de 500 à 1 000 mètres est gelée. Des postes de contrôle français leur font face. Les soldats de la Wehrmacht contrôlent les passages jusqu’en octobre 1941, remplacés ensuite par des douaniers, car à cette date le front russe mobilise l’essentiel des troupes allemandes.

Un commissariat est créé en zone libre à Montmorillon. La gendarmerie refusant de s’intégrer au dispositif de sécurité, l’armée d’armistice de Vichy -100 000 hommes- contrôle les points de passage français ; ils sont ensuite remplacés par les douaniers refoulés des ports de l’Atlantique par les Allemands.

Aujourd’hui, il ne reste, comme signes visibles, un à Saint-Martin l’Ars et une baraque à Leugny. Mais nous disposons de clichés, malgré l’interdiction de photographier des soldats allemands, et les témoignages des acteurs de cette période. 

De nombreux incidents émaillent la vie de la ligne, traque et tirs de fugitifs, intrusions inopinées dans les fermes, fouilles de maisons, arrestations arbitraires par les militaires allemands. Des relations se nouent parfois avec les soldats chargés de la surveillance de la ligne : Guesdon, militaire du 27 RI, aide l’agriculteur dont il reprendra la ferme à la fin de la guerre. Un douanier épousera une jeune fille du lieu.

arrestations à PLEUMARTIN (AD86)

            Les franchissements autorisés de la ligne de démarcation

                        Pour franchir la ligne de démarcation, les Allemands mettent en place des laissez-passer, les Ausweis : verts pour les agriculteurs, blancs ou blancs barrés de verts pour les ouvriers agricoles , blancs pour les frontaliers, pour ceux qui vivent dans une zone de 10 km de part et d’autre de la ligne, blancs barrés vert pour ceux de la ZNO. Les écoliers en ont un. Les non-frontaliers, après avoir fait une demande ausweis, doivent obligatoirement passer par l’un des 14 postes des 1 200 km de la ligne (2 dans la Vienne à Jardres et Lhommaizé).

            A Archigny,

Les 5 barrières délimitant la zone occupée et la zone libre se trouvent, à La Guérivière (ensuite ramenée à la Gorlière, au sud-ouest, route de Chauvigny), à La Brachetterie (ensuite déplacée à la Philbartière, au sud), à la Prêterie se retrouve à la Croix-de-Justice, à l’est route de La Puye, aux Bouchaux au nord, au croisement de la Croix Jolines au sud-est. Cette barrière est ajoutée lorsque les Allemands s’aperçoivent qu’il est aisé de rejoindre la zone libre par ce chemin. Une autre se situe aux Faguets, entre Archigny et Pleumartin.

            Les franchissements clandestins de la ligne

Les candidats au passage sont nombreux, ceux qui fuient la police allemande, ceux qui veulent rejoindre la France libre : aviateurs dont l’avion a été abattu, prisonniers de guerre français évadés (dont des coloniaux prisonniers à Saint-Ustre), résistants, évacués mosellans, réfugiés, étrangers, juifs …

Ils passent entre les points de contrôle, évitant ainsi les patrouilles de l’armée allemande, franchissent la ligne par la Creuse et la Vienne, par les chemins vicinaux, guidés par des passeurs. A l’exception de quelques individus intéressés par l’appât du gain, la plupart des passeurs sont des « frontaliers », solidaires de leurs compatriotes ou des étrangers persécutés, résistant à l’occupant. Ce sont souvent des paysans cultivant des terres dans les deux zones. Les prêtres participent à l’hébergement et au périple de clandestins.

Deux témoignages

Maïté Gaitaner pianiste suisse, réfugiée à Bonnes à 17 ans, repaire des itinéraires hors de la vue des soldats allemands et fait traverser la Vienne en barque à des évadés français. Résistante, elle est arrêtée, déportée, torturée par la Gestapo et revient handicapée à vie.

Robert Schuman, évacué mosellan en 1939/1940 à Poitiers, est arrêté par les Allemands en avril 1941, s’évade en juillet 1942. De retour en Poitou, il est hébergé à l’abbaye de Ligugé, son exfiltration est organisé par les religieux, après une étape à Gizay chez l’abbé Decourt, il franchit la ligne à Chiré-les-Bois.

Les voyageurs des trains sont contrôlés en gare de Fleuré.

 Courrier postal

Une ordonnance allemande du 18 juillet 1940 interdit toute correspondance postale entre les deux zones. Les cartes postales pré-imprimées éditées par Vichy sont contrôlées…

Claudette à la Guilleterrie

Alice Sarrazin recevait régulièrement du courrier à faire passer en zone libre. Sa nièce, Claudette Savigny passait la barrière à la Croix de Justice chaque jour, matin et soir, pour aller et revenir de l’école du bourg. Elle rendait quotidiennement visite à sa tante. A l’âge de 11 ans, et pendant plus d’une année, elle a transporté des courriers dans ses chaussettes, son guidon de vélo ou ses cahiers. Elle les remettait à son père qui les transmettait ou savait quand des clandestins ou aviateurs arriveraient à la ferme pour être hébergés la nuit. Claudette prêtait alors son lit et dormait dans la grange. Au petit matin son père attelait la jument à la charrette et emmenait ses passagers à la gare de Paizay-le-sec. Plusieurs fois, Claudette a dû ouvrir son sac d’école lors du passage à la barrière, les livres et cahiers vérifiés. Heureusement, ces jours-là, aucun document n’y était glissé.

Puis un jour, le facteur a prévenu sa tante Alice : tu devrais faire attention, tu reçois beaucoup de courrier. Dès lors, la jeune Claudette ne passa plus de messages. La transmission prit une autre voie. Plus tard, Alice fera son possible pour aider les juifs mosellans lors de la rafle du 31 janvier 1944, aidée de son frère Vincent Savigny et du boucher Camille Ribreau. Claudette a aujourd’hui 91 ans et transcrit ses souvenirs, surtout ceux de la Grande Guerre dont lui parlait son père.

Les Allemands envahissent la zone libre en novembre 1941, les postes de contrôle français sont démantelés dans les semaines suivantes. La ligne de démarcation disparait sur le terrain le 1er mars 1943. Les passeurs ont droit à la reconnaissance de l’Etat français après la guerre.

15 panneaux d’exposition du Musée de Tercé ont été présentés ce samedi 23 octobre dans la salle de la ferme acadienne n°6. Les participants ont écouté le témoignage de Claudette Savigny. D’autres témoignages figurent, par ailleurs, dans les ouvrages consacrés à la ligne de démarcation dans la Vienne, de Christian RICHARD (paru en 2017) et de Claude FARIZY (paru en 2007), dans un chapitre de la monographie de Françoise GLAIN « Souvenirs d’Archigny 1939-1945 ».

sortie 15 juin en lencloîtrais

Depuis sa création, le CCHA propose chaque année une sortie de découverte du patrimoine châtelleraudais. En 2005, avec les véhicules de l’Amicale Rétro Locomotion présidée par Françoise Pinon, nous nous sommes rendus sur les lieux des anciennes guinguettes. Depuis nos deux associations collaborent et nous entraînent sur les petites routes châtelleraudaises avec ces « merveilleux fous roulants ».

Ce 15 juin 2019,  70 personnes ont visité le Lencloîtrais. Le matin a été consacré au chanvre à Ouzilly puis à la visite de l’ensemble conventuel de Lencloître. Après le repas pris sous la halle aux grains de Scorbé-Clairvaux, deux visites ont occupé l’après-midi, au donjon du Haut Clairvaux et au musée Charles de Gaulle.

Trois étapes ont jalonné l’itinéraire passant des collines de Colombiers et Marigny-Brizay plantées de vignes à la vallée de l’Envigne réputée pour ses cultures maraîchères et son chanvre.

A Ouzilly, nous avons été reçus par  M. Lambert (dont le père a travaillé dans l’usine) ; il nous a accueillis dans ce qui était le bistrot situé près de l’usine de Launay-Monteil.

Au milieu du XIXe siècle la culture intensive du chanvre occupait la plus grande partie des terres arables de la région. C’est alors que le propriétaire du château de Tricon à Ouzilly, M. de Fouchier, imagina l’installation d’une usine qui transformerait le chanvre produit par les agriculteurs, en fil prêt à tisser. Il s’inspirait de ce qui se faisait dans plusieurs régions  proches, la Sarthe, l’Anjou, la Touraine. Possédant un moulin au lieu-dit Launay, sur le cours d’eau éponyme (appelé aujourd’hui la Bourde), il fit construire, en 1876, une usine unique en son genre en Poitou-Charentes ; elle a été dirigée par M. Prinet et M. Jamet.

Au lieu-dit Launay-Monteil restent maintenant des ruines, les murs et une partie de la cheminée  après le sauvetage effectué par la DRAC en 2002.

Le principal corps de bâtiment, large d’environ 13 m, s’étend sur une longueur de 30 m. Une grande porte permettait l’accès des charrettes chargées des bottes de chanvre avant leur rouissage dans l’Envigne qui coule de l’autre côté de la route. Les « andains » s’égouttaient puis étaient mis à sécher dans une chambre chauffée par un foyer situé à la base d’une grande cheminée en brique, toujours visible près de la route. Un creux arrondi dans le sol laisse penser qu’une machine  à vapeur entraînant des broyeuses était installée là. La commune conserve  deux broyeuses, fabriquées au Mans, venant de l’usine.

Les tiges de chanvre passaient entre deux rouleaux cannelés et les fibres se détachaient de la chènevotte ligneuse. Pour bien nettoyer la filasse et isoler les plus longues fibres, on introduisait les poignées de chanvre entre deux grands tambours en tôle, horizontaux et tournant l’un vers l’autre. L’étoupe restante était utilisée pour l’étanchéité des bateaux et en plomberie pour faire des joints. La fibre passait à la carde, au peigne qui divisait les brins sans briser les filaments. La filasse passait entre des dents métalliques plus ou moins rapprochées. En 1886, les peigneurs exécutaient ce travail manuellement mais des machines existaient dans les grandes entreprises. Pour assouplir la filasse on la tressait, la tassait dans une auge et on la battait à l’aide d’un pilon. Ensuite on la conditionnait en ballots.

Grâce à la voie ferrée de petite largeur construite d’Ouzilly à Neuville, les ballots de filasse embarqués à la gare de Saint-Genest-d’Ambière arrivaient par le train à Poitiers, puis à Bordeaux d’où ils partaient vers l’Amérique du sud. Une vingtaine d’ouvriers embauchés dans la campagne environnante faisait tourner l’usine au début du XXe siècle. L’usine a fermé en 1925.

A Lencloître, M. Colin, son maire, nous a conduit sur le site de l’ancien prieuré fontevriste du 12e siècle, établi aux bords de l’Envigne et de la Fontpoise ; il nous a présenté les étapes de sa rénovation ; le prieuré des femmes, qui abrite aujourd’hui le conservatoire de musique, la bibliothèque et des associations, le pigeonnier aux 1300 boulins, le cimetière des hommes et les bâtiments des hommes en attente de  réhabilitation.

A Scorbé-Clairvaux, le repas a eu lieu sous les halles. La charcuterie était abondante, dans ce territoire où les légumes (asperges) sont cultivés ! L’après-midi, deux groupes ont visité le site du Haut-Clairvaux et le musée Charles de Gaulle.

Pôle chatelain Richard Cœur-de-Lion, Scorbé-Clairvaux

Au XIIe siècle, l’empire Plantagenêt s’étend du Nord de L’Angleterre à tout l’Ouest de la France jusqu’aux Pyrénées. Clairvaux, fief de grandes familles angevines est l’objet de tensions sévères entre deux descendants de Henry II Plantagenêt et d’Aliénor d’Aquitaine. En 1182 Henri-le-Jeune, cadet devenu dauphin du royaume d’Angleterre, revendique légitimement le fief de Clairvaux. Son frère Richard, Comte du Poitou, Duc d’Aquitaine, dont le territoire jouxte à cet endroit l’Anjou, n’admet pas la préséance de son aîné. Il annexe le château, chasse le seigneur occupant et  entreprend d’importants travaux de fortification. Pour éviter une guerre fratricide Henri II intervient. Le site castral du Haut-Clairvaux garde la mémoire de ce siècle à la géopolitique tourmentée.

M. Jugé, maire de la commune, nous a présenté les richesses du musée Charles de Gaulle : livres, affiches, journaux, timbres, objets-souvenirs…

Cette sortie restera dans les annales du fait des thème abordés et de la qualité de nos guides: deux maires pour commenter, l’un, la visite de l’ensemble conventuel de Lencloître, l’autre, le musée Ch. de Gaulle à Scorbé-Clairvaux, l’adjoint au maire d’Ouzilly pour nous accueillir au hameau de la Guérinière  et deux membres du CCHA, Geneviève Millet et Bernard Fy, pour nous présenter l’usine de Launay et le site du haut Clairvaux.

Table ronde sur l’école de la Manu 25 mai 2019

Dans le cadre du bicentenaire de la Manu, le CCHA et Manu-Chatel organisaient samedi 25 mai une table ronde sur l’école de la Manu. Elle s’est déroulée dans l’auditorium du Conservatoire de musique de Châtellerault (sur le site de la Manu) mis à la disposition des deux associations par la ville. 3 thèmes ont été présentés au nombreux public présent, ils sont résumés ci-dessous ainsi que les diaporamas projetés dans l’a.m.

Thème 1 : Vie de l’école           Animateur : Pierre Bugnet,  CCHA

Intervenants : Claude Boutillet,  Manu-Châtel, ancien élève et moniteur

Pierre Herpailler, Manu-Châtel, ancien élève

Claude Ligeard, CCHA, ancien élève

Pierre Herpailler  rappelle la sélectivité du concours d’entrée. Il évoque les conditions de travail durant les trois années d’étude : horaires identiques à ceux des ouvriers, exigences de sérieux et de discipline, importance du travail manuel dans différents domaines. Le diplôme délivré à l’issue de la troisième année était supérieur au CAP que les élèves passaient  parfois dans plusieurs spécialités. Il permettait une embauche immédiate dans les entreprises industrielles de la région.

Claude Ligeard complète ces propos. Il rappelle l’obligation de résultat qui était impérative dans toutes les matières (obligation de la moyenne). Il insiste également sur l’importance du sport et l’esprit de camaraderie régnant à l’école.

Claude Boutillet, sorti de l’école en 1952 a travaillé comme ouvrier à la Manu avant de passer le concours de moniteur tourneur. Il se souvient de la difficulté de ce concours puis du stage de formation suivi à Puteaux. Il a ensuite fait travailler les élèves par groupes de six, insistant notamment sur le respect des consignes de sécurité. Malgré les 45 heures de travail hebdomadaire demandées aux appentis, l’ambiance était excellente et les résultats aux CAP ne connaissaient jamais d’échec

Thème 2 : Vie de l’école           Animateur : Bernard Fy

Les différentes voies possibles pour les lauréats étaient : poursuivre des études dans les écoles de la DEFA ; travailler à la MAC ; travailler dans d’autres établissements d’Etat ; travailler dans des entreprises industrielles ou commerciales, locales ou non.

Michel Comte, promo 1951-54 

Instructeur d’armes au 2e BMRG. Usine de Domines : outilleur,  Panhard Paris dépannage des machines-outils  – Sud-aviation Toulouse  – 1962 SEPR future SEP projet de torpille à moteur à réaction -Imprimerie de L’Echo de la Mode Paris  – Leclanché Poitiers – Sochata – Jaeger –  Microméca

Claude Dubreuil, promo 1962-65 

2 ans à l’EFPN de la MAC – 1 an EFTS de Toulouse – Travaille au LRBA de Vernon 13 ans dessinateur projeteur : fusée Véronique. Retour à Châtellerault : dessinateur à la mairie de la ville : voirie, travaux publics, sauvegarde et déconstruction du site de la Manu- Responsable du BE  -responsable des Services Généraux (création de l’ITES, Ecole de cirque…) – directeur du Centre Technique Municipal.

Jean-Claude Viroulaud, promo 1967-70 

Ecole d’apprentissage : métier Tourneur – Le 20 juin 1970, intègre la SFENA  – Formation ADEPA machines à commandes numériques  Tour HZ à 2 tourelles, tour à palettisation – 1993 essaimage de SEXTANT-AVIONIQUE vers MECAFI Chef d’équipe, adjoint au directeur de production, maître de stages  

L’école incitait les apprentis à poursuivre des études dans la filière de l’armement, 13% des lauréats de de l’EFPN de la MAC, entre 1948 et 1965, ont ainsi poursuivi des études pour accéder au niveau technicien dans les ETN et 3% ont pu accéder au niveau ingénieur par les ETS.

Quatre anciens élèves ont bien voulu nous présenter leurs carrières. Elles sont diverses, variées et illustrent la polyvalence et l’aptitude à la mobilité professionnelle résultant de ces formations.

Le cas de environs 500 carrières duales dues à l’annonce de la fermeture de la MAC en 1961 avec des reconversions professionnelles vers des entreprises transférées à Châtellerault pour adoucir la transition a été évoqué.

Il apparait une convergence intéressante entre les anciens apprentis de l’EFPN de la MAC qui ont rejoint le LRBA de Vernon ou la SEPR puis la SEP ou la SFENA à la Brelandière et qui ont contribués à l’aventure spatiale européenne depuis les programmes précurseurs : les fusées Véronique, Diamant puis Ariane.

EFPN : Ecole de Formation Professionnelle Normale

MAC : Manufacture d’Armes de Châtellerault

DEFA : Direction des Etudes et Fabrications de l’Armement

ETN : Ecole Technique Normale

ETS : Ecole Technique Supérieure

LRBA : Laboratoire de Recherches en Balistique et Aérodynamique

SEPR : Société d’Etudes pour la Propulsion à Réaction

SEP : Société Européenne de Propulsion

SFENA : Société Française d’Equipements pour la Navigation Aérienne

Thème 3 : le rayonnement de l’esprits Manu Animatrice : Marie-Claude Albert

Participants :

  • Marc Bréjard
  • Jean-Claude Merle
  • Patrick Mortal

Projection de diapositives : – extrait du contrat d’apprentissage de Jean-Claude Massonneau chez Fabris, 1961 ( 16 ans) : valeurs de fidélité, respect, obéissance – La devise Travail, ordre, discipline

Mot d’introduction

-Lien avec la table ronde précédente sur les parcours (diapo 1) à partir d’un contrat d’apprentissage hors-Manu : valeurs transmises de « fidélité, respect, obéissance ».

-Explication de la devise inscrite dans l’une des salles de l’Ecole depuis 1941 ( diapo 2) : Travail, ordre, discipline, élaborée sous Vichy dans le cadre du programme de la « Révolution nationale », maintenue par la suite dans un contexte républicain et démocratique.

– Le point commun entre les interlocuteurs c’est d’être devenu formateur ou enseignant.

Jean-Claude Merle

Les étapes de son parcours :  de l’apprentissage, puis de l’Ecole technique Normale de l’Armement à l’Enseignement technique supérieur Universitaire (IUT de Poitiers).

3 années d’apprentissage de 1949 à 1952, CAP d’ajusteur, 4e année de perfectionnement à l’Ecole de St Etienne (Ecole de la DEFA)  : CAP de dessinateur détaillant puis Brevet d’Enseignement industriel spécialité Mécanicien

Durant deux ans, ouvrier qualifié à la MAC groupe V (ouvriers plus autonomes capables de changer des pièces et de régler la machine), affecté au fraisage du pistolet automatique 9 mm

Après le service militaire, préparation du Concours d’entrée à l’Ecole préparatoire de l’Armement à Limoges en cours du soir

1 an à cette Ecole puis entrée à l’Ecole technique Normale de l’Armement à Arcueil ( Reg parisienne) sur concours : deux ans

Choisit l’affectation à la MAC en 1962, mais non obtenue en raison du contexte de pré-fermeture de l’établissement.

Démissionne du corps des Techniciens de l’Armement et entrée à l’entreprise privée Jaeger ( équipements de précision pour l’automobile et l’industrie), affecté au contrôle-qualité

Devenu responsable de la formation pour les personnels de l’établissement

Formateur permanent (à l’issue d’un temps de vacataire) dans l’agence régionale du Bureau des temps élémentaires, un organisme de formation et de conseil, fonction exercée durant 20 ans : actions de formation inter-entreprises ( y compris dans le secteur hospitalier), action de formation en management…

 Marc Bréjard

Les étapes de son parcours : de l’Ecole d’apprentissage à l’enseignement technique en Lycée d’enseignent professionnel (Mécanique)

  • 3 années d’apprentissage à l’école de la Manu, 1961-1964
  • A Toulouse, école d’armement
  • A la SFENA en 1967
  • Au laboratoire de recherche balistique et aérodynamique de Vernon 1967-1970
  • Concours de l’Education nationale comme PCET, puis ENNA 5 Ecole Normale Nationale d’Apprentissage) à Paris.
  • Affecté ensuite comme professeur de Mécanique générale au CET de Vernon en Normandie, puis à celui de Montmorillon, et à celui du Verger en 1977 devenu LEP (Lycée d’enseignement professionnel). où il enseigne la maintenance des systèmes automatisés notamment dans les classes de baccalauréat professionnel qu’il a contribué à monter en 1986.

Résumé des interventions

Question 1 sur les valeurs: Est-ce que la devise « Travail, ordre, discipline » a continué à se diffuser au travers de votre expérience de formateur ? Dans quelle mesure ? Comment a-t-elle évolué au fil du temps et des secteurs dans lesquels vous êtes intervenus ?

Marc Bréjard  se souvient de cette devise affichée dans la salle de travail à l’Ecole de la Manu.  Il explique ce que cela lui évoque : « Travail » ce sont les horaires lourds, la rigueur ; l’ « Ordre » lui évoque une anecdote personnelle, « discipline », c’était faire comprendre les règles imposées dans la classe.

J.C Merle évoque aussi les horaires prolongés . Il explique l’importance de la discipline dans ses fonctions de formateur, notamment l’ obligation de respecter la demande du client, d’avoir une démarche-qualité.

Question 2 sur le contenu pédagogique de l’enseignement professionnel : L’apport d’une formation professionnelle de qualité dans votre métier de formateur au sein des entreprises et au sein de l’Education nationale ? Lien entre théorie et pratique ?

Marc Bréjard insiste sur une bonne capacité d’adaptation. Il a pratiqué une pédagogie de la rigueur et du travail bien fait et relié sans problème la formation pratique et théorique ( il précise qu’à la manu il y avait deux sortes de professeurs ). La liaison entre l’école et le milieu professionnel s’effectuait tout naturellement lors de stages en entreprise des élèves de Bac professionnel et il entretenait une bonne relation avec les tuteurs dans l’entreprise.

JC Merle insiste sur la pertinence d’ une pédagogie adaptée à toutes les formes d’intelligence, de l’abstrait au concret ou du concret à l’abstrait comme le démontrait Jean Grimal. A partir d’exemples d’entreprises où il est intervenu pour former le personnel, il affirme le postulat qu’il a toujours respecté :  donner du sens à ce qui est enseigné.

Question 3 : Qu’avez-vous retenu  de votre expérience professionnelle : de l’apprenti à l’ingénieur et au formateur en management, de l’apprenti au professeur ?

Marc Bréjard a retenu de son expérience d’apprenti, la somme de travail = 45 h / semaine, l’ obligation de faire toujours mieux et le plaisir du travail bien fait. En tant que professeur, il a transmis les mêmes valeurs, le respect des plans , la tolérance Zéro dans la réalisation des pièces, la bonne relation avec les élèves mis en position de réussir : certains de ses élèves devenus ingénieurs ou responsables de secteurs dans leur entreprise, ou entrepreneurs.

JC Merle a retenu l’importance de bien connaître le travail des exécutants quand on exerce des responsabilités, de bien maîtriser tous les savoirs et de les appliquer dans un environnement précis. Il a également retenu la nécessité de croiser deux cultures : « la culture descriptive »  fondée sur l’objet et la succession des tâches, et « la culture fonctionnelle » qui permet d’analyser pour élaborer une stratégie, un système, sur le long terme en dépassant les contraintes économiques de rentabilité, de commercialisation.

 Patrick Mortal conclut sur le réseau des écoles professionnelles de l’Armement : connivence ou rayonnement ? Il présente le positionnement de l’historien,  auteur d’une thèse de doctorat sur les armuriers de l’Etat du grand siècle (XVIIe siècle) à la globalisation ( 1665-1989) et co-auteur de l’ouvrage collectif qui vient de sortir ‘Hommes et femmes dans les usines d’armement en France en 1914-1919’ .

Le réseau des écoles de l’Armement de Terre, connivence ou rayonnement ?

La formation a toujours été une clé de l’efficience des établissements militaires étatiques : dans les vieux métiers le maître doit former des apprentis pour gagner son droit à pension, puis le passage définitif au système métrique conduit à ouvrir des cours.

La « révolution des machines » de la fin du XIXe siècle implique la création des écoles d’apprentissage ; étonnant : c’est alors que l’on exige de finir les pièces à la machine que le premier geste partagé par tous les apprentis est celui de la lime (la bâtarde) sur l’acier : indispensable apprentissage de la matière malléable…

Le rayonnement de ces écoles qui recrutent sur concours est horizontal (non recrutés en fin d’apprentissage ou reconvertis après les fermetures, l’efficience au travail des anciens apprentis se retrouve dans tous les métiers) et horizontal à l’interne : la pyramide des EFT, ETN, école d’ingénieur ouvre des chemins de promotion.

Cette ouverture est cependant le fruit d’un univers de connivence : entre directions et familles des ouvriers d’Etat dont les enfants bénéficient d’une priorité au recrutement, entre les syndicats et le ministère qui ont le même intérêt à la professionnalisation, entre les autorités politiques et économiques locales pour qui les personnels des « manus » sont un enjeu, entre directions et ouvriers (ceux-ci sont représentés dans la commission de recrutement), au sein de chaque promotion, espace de camaraderie durable, entre les générations dans un rapport de maître à disciple.

Au total, un système mobilisateur et efficace. On peut pourtant se demander si sa solidité même n’aura pas contribué à un certain retard à s’approprier les technologies nouvelles en fin d’époque, par exemple à passer d’une culture d’ingénierie des objets à une culture scientifique générale permettant d’intégrer différentes innovations aux systèmes d’armes…

Conclusion Diaporama

thème 2
Patrick Mortal – Jean-Luc Gillard

N°37 mai 2019 La Manu a 200 ans

Ce numéro 37 est publié à l’occasion de la tenue du forum du samedi 25 mai sur le site de la Manu, dans l’auditorium du Conservatoire, de 15 heures à 18 heures. Une table ronde sera organisée sur :
L’école d’apprentissage de la Manu et son rayonnement

présentée par le CCHA avec la participation de Manu-Châtel et Patrick Mortal, historien des usines de l’armement de l’État. Exposition à partir de 14 heures.

Sommaire du NUMÉRO SPÉCIAL La Manu a 200 ans

Les premiers manuchardsJoseph Chotard, p. 2

Travailler à la Manu, vivre à Châteauneuf, Françoise Metzger, p. 4

L’évolution des statuts et des conditions de travail à la Manu de 1819 à 1968, Marie-Claude Albert, Joseph Chotard, p. 17

 Frédéric-Guillaume Kreutzberger et la transformation de la Manu au XIXe siècle, Pierre Bugnet, p. 31 

Philippe-Jules Creuzé, entrepreneur de la Manu, 1835-1866, Pierre Bugnet, p. 41

Adrien Treuille, dernier entrepreneur de la Manu et maire d’Availles, Gloria Godard, Claudine Pauly, p. 44

 Les comités mixtes à la production (1944-1947) Direction et syndicats unis pour la reconversion de la Manu, Pierre Bugnet, Joseph Chotard, p. 52 

Les écoles de la Manu. Évolution des formations, des années 1930 aux années 1960,  Pierre Bugnet, p. 67 

La culture industrielle de la manufacture nationale d’armes de Châtellerault. Témoignage d’un ancien apprenti, Jean-Claude Merle, p. 80

 Manufacture d’armes de Châtellerault,  deux cent ans d’histoire du bâti en illustrations, Jean-Noël Lattwein, p. 90