86ème forum du CCHA

Mémoires d’un élu local communiste aux responsabilités nationales et internationales.

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C’est le samedi 21 novembre 2015, sous un ciel automnal que la salle Camille Pagé a abrité une assistance curieuse de suivre le parcours d’un militant politique engagé et élu républicain.

Auparavant deux évènements majeurs, et non des moindres, ont servi de préambule :
Après deux années de vice-présidence et cinq de présidence, Claudine Pauly appelait à sa succession Jean-Luc Gillard. Le C.C.H.A. est toujours entre d’excellentes mains et Mme Pauly ne sera jamais très loin puisqu’elle prend de nouveau la vice-présidence de notre association. Bon courage et félicitations à eux.

 

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Le second évènement fut le dépôt officiel des documents de M. Fromonteil aux archives municipales et communales (4 ensembles, 40 dossiers, 2 mètres linéaires). M. Borderieux, conservateur, attire l’attention sur ce dépôt exceptionnel qui nécessitera un inventaire, un classement pour permettre son accessibilité sur le site communautaire.

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Enfin nous parvenons au cœur de ce 86e forum, la vie de ce tourangeau né en 1930 dans un milieu républicain laïc, républicain de gauche.
On le suit tout d’abord sur les routes de l’exode en 1940 avec les mitraillages aériens, puis son retour à Tours au lycée. La Libération le verra à 14 ans, grâce à ses connaissances de l’anglais, le traducteur des américains au balcon de l’hôtel de ville de Tours devant 100 000 habitants.
Volontaire, il part dans les Vosges dans le cadre de l’aide des jeunes à la reconstruction .
Son soutien de jeune militant se traduit en mai 1947 par son adhésion au Parti Communiste Français suite à l’exclusion des ministres communistes du gouvernement par P. Ramadier. Puis naturellement il s’engage dans le combat des luttes des peuples désirant leur indépendance (Indochine, Afrique noire et Maghreb) époque durant laquelle les femmes militent de leur côté pour la paix d’une façon très active. La guerre froide le voit interdit de séjour à Tours, nécessitant son arrivée à Poitiers. En 1954 appelé du contingent, il sert au 126ème R.I. à Brive où il participe ardemment à l’occupation de la caserne, refusant de servir en Algérie.
A son retour, il est avec J.J. Servan Schreiber de l’hebdomadaire L’Express, fondateur de l’association des anciens combattants ‘’ F.N.A.C.A.’’, où il siège comme vice-président.
Nous le retrouvons ensuite à la section du P.C. à Châtellerault puis à la section départementale, âge d’or du parti, où il est de toutes les luttes sociales et politiques (mai 1968 17 usines occupées). En 1975, c’est en leader de la Gauche qu’il aborde une élection partielle à Châtellerault où le rapport Gauche-Droite se joue avec l’arrivée d’Edith Cresson.
Ses responsabilités l’amènent à rencontrer les plus grands hommes politiques du moment et aux côtés de Georges Marchais dans le contexte de soutien à l’U.R.S.S. il vit les luttes internes et l’opposition feutrée qui se fait jour dans l’appareil du parti.
Apres deux heures d’une passionnante évocation de militantisme, notre conférencier se prit au jeu des questions avec son auditoire, avant de se joindre à lui autour d’un verre bien mérité !

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Compte-rendu de Francis Garnier

 

 

A propos de la conférence du 30 mai 2015

Quelque 80 personnes se sont retrouvées, samedi dernier, au moulin de Chitré dominant de toute son histoire les eaux de la Vienne bouillonnant à ses pieds. C’était vraiment le lieu idéal pour partager la passion de notre conférencier Yves Texier pour le Pinail…

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Yves Texier, ancien principal de collège et maire honoraire de Vouneuil-sur-Vienne, habite au pied du Pinail ; c’est son fief et également celui de Pascal Dubec, conservateur du site, à la tête de l’association qui gère ce lieu unique en France, le GÉRÉPI (GEstion de la RÉserve du PInail)
Yves qui a publié un livre à propos de la «Bataille de Poitiers», celle de 732, comme chacun sait, présente une autre bataille qui s’est livrée sur le Pinail pendant près de 1 000 ans. Mais avant, il faut dire combien on est frappé par l’intérêt qu’il porte à cette lande désertique, parsemée de trous d’eau où poussent la brande, quelques arbres et arbustes et où grouille une foule d’insectes et d’amphibiens rares. Il dit être séduit, à chaque promenade par le lieu, la beauté des matins de givre, par les brouillards, les couchers de soleil ou simplement par les ajoncs et les bruyères en fleur… Un lieu pour se ressourcer, assure-t-il.
Mais cette vaste lande n’a pas toujours été un havre de paix… À l’origine trois communes : Vouneuil, Bonneuil et Saint-Cyr s’y partagent des droits d’usage. Sur ces communaux, on vient couper la brande, ramasser les glands, le bois, y faire paître ses moutons et on peut aussi y chasser et pêcher… Mais au fil du temps des convoitises déclenchent des conflits qui vont durer presque jusqu’à nos jours. Les communes et les habitants concernés se défendent et veulent préserver leurs droits et avantages, bien maigres pourtant, mais pour eux, souvent une question de survie. Les grands s’en mêlent… Le Roi avec sa forêt, les seigneurs des alentours… plus tard des bourgeois de Châtellerault et d’ailleurs… tout le monde veut sa part de Pinail… Malheureusement, c’est ce que nous appellerions aujourd’hui « la rentabilité » qui les guide, ce qui ne convient pas à tout le monde. S’en suivent donc de permanents procès et toutes sortes d’actions judiciaires qui vont «empoisonner» la vie des communes, aller jusqu’à des menaces de mort ou à des incendies criminels.
Mais le sous-sol du Pinail, aussi, fait des envieux : on en extrait la pierre meulière, cette pierre recherchée pour moudre le grain, la meilleure. On en fait des meules pour les moulins ; le pain est important et souvent principale ressource alimentaire. Cette exploitation est également à l’origine de rivalités. Extraite par des meuliers dans des conditions épouvantables, la pierre est exportée par voie d’eau. Historiquement, le Pinail est considéré comme la plus grande carrière de meulière au monde.
Oui, des années de luttes se sont succédées depuis le Moyen Âge pour tenter de conserver ces fameux droits que des intérêts, particuliers ou publics, s’acharnaient à vouloir enlever aux communes et à leurs habitants. Peu à peu les temps ont changé et les esprits se sont apaisés.
Aujourd’hui, le calme est revenu sur le site. Le GÉRÉPI réunit tous les acteurs concernés et le Pinail est devenu depuis 1988, Espace Naturel Protégé. On pense y accueillir des touristes, mais dans les limites du respect de la nature.
Yves Texier termine en insistant justement sur le respect que l’on doit porter à ce territoire façonné par les hommes et qui mérite un hommage particulier.

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Des photos projetées sur grand écran tout au long de la conférence, nous ont transportés dans cet univers exceptionnel qui va tenter, sans aucun doute, bon nombre de visiteurs.

Jacqueline Gagnaire

A propos du forum du 21 mars 2015

Vengeance, empoisonnement, affaire Poupault, si l’on ajoute à cela le mot prison, titre de l’exposition présentée dans la salle de conférence… on se croit dans une série noire ! Pour le 83e forum du CCHA, notre conférencier, Gwénaël Murphy, joue les Maigret et ce n’est pas pour déplaire aux quelque 75 personnes venues partager le suspense. Marie-Claude Albert présente Gwénaël, agrégé et docteur en histoire, co-fondateur du CCHA en 1999 avec Pascal Borderieux, notre archiviste châtelleraudais. Il est l’historien par excellence « des gens ordinaires » et des femmes en particulier. N’a-t-il pas fait sa thèse sur « les religieuses en Poitou » ?
Mais les femmes qui l’intéressent ne sont pas toutes vertueuses et ses recherches l’amènent aussi à se pencher sur des histoires d’empoisonnement, très en vogue au XIXe siècle, son récent livre «Les vénéneuses» en témoigne.
Revenons donc à notre mystérieuse affaire : un mari, un beau-fils et une belle-mère en sont les principaux personnages… Qui est vraiment la victime ? Le beau-fils, François, qui se plaint à son médecin de maux de ventre et de nausées et qui clame que Jeanne, sa belle-mère, veut sa mort ? Ou bien Jeanne, l’accusée qui nie farouchement avoir versé du vert de gris dans la nourriture de son« fillâtre » ? Mais le médecin accuse, la rumeur aussi…
On assiste comme dans un film aux différents interrogatoires, avec les questions et les réponses, qui vont mener l’accusée aux Assises. On attend les résultats des prélèvements effectués à partir de résidus retrouvés au fond des « vases ». Ils sont accablants : ces restes contiennent du verre broyé et de la limaille de cuivre qui peuvent, selon le médecin du beau-fils entrainer la mort. Nous voilà donc en présence d’une tentative de meurtre et Jeanne est arrêtée. De février à août 1832, date de son procès en Assises, elle est incarcérée à Châtellerault puis à Poitiers. Elle subit d’autres interrogatoires avec témoins mais affirme toujours être innocente en dépit de ses rapports on ne peut plus conflictuels avec François Philippe son beau-fils.
Et le père, Jacques Philippe, dans cette affaire ? Ancien soldat de l’armée de Napoléon, 22 ans de carrière militaire, il tient un cabaret au Champ de Foire à Châtellerault. Au cours de ses nombreuses campagnes, il s’est marié et a eu un fils François : le plaignant. C’est en 1821 seulement qu’il épouse Jeanne Poupault, 43 ans, célibataire, 1 m 35, le visage ravagé par la petite vérole, mais certainement apte à aider au cabaret…On devine que les années passées à courir l’Europe, à côtoyer la mort et les horreurs de la guerre, les dures conditions de vie souvent allégées par l’alcool, n‘ont pas fait de ce mari un modèle de douceur… Mais à son sujet le silence est total. De lui on ne parle pas. Il n’est même pas interrogé ni cité dans le cadre de l’enquête et bien pis, il disparait totalement du paysage au moment du procès ! Un suspect potentiel qui aurait fait accuser sa femme pour s’en débarrasser ?
Quoi qu’il en soit, le 20 août 1832, au Palais de Justice de Poitiers, Jeanne Poupault qui risquait la « peine infamante » est déclarée non coupable par le jury d’Assises.
On peut retrouver cette femme brisée à Châtellerault où elle finit par entrer, à l’âge de 78 ans, « veuve et sans asile » à l’Hospice de la ville. Elle y décède peu de temps après en 1856.
Un bien agréable moment pour des auditeurs passionnés par l’histoire mais aussi par un conférencier qui a su nous faire revivre pleinement cette « affaire » et souvent avec humour. Merci Gwénaël !
Jacqueline Gagnaire

TravailL’ouvrage collectif auquel Gwénaël Murphy a participé,
« Les Vénéneuses. Figures d’empoisonneuses de l’Antiquité à nos jours »,
paru en février 2015 aux Presses Universitaires de Rennes.

Le forum du 31 janvier 2015

C’est maintenant bien acquis… Le forum n’est pas « que » la conférence. Ce 31 janvier, une exposition de reproductions de cartes postales anciennes permettait de redécouvrir quelques bâtiments à l’architecture remarquable. Un diaporama faisait revivre l’exposition de novembre 2014 à l’espace Clemenceau. Et Virginie Tostain, animatrice de l’architecture et du patrimoine pour le Pays d’art et d’histoire du Châtelleraudais, apportait un éclairage nouveau sur « la maison Colombet ».

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A propos de la conférence

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En ce samedi, salle Camille Pagé, Alexandre Paléologue, jeune docteur en Histoire de l’Art, a mis toute une salle sous le charme de « l’Art Nouveau », courte période qui va de la fin du 19e siècle, vers 1885, jusqu’en 1910 environ. Un renouveau que quelques architectes à Paris ou à Bruxelles vont lancer en réaction au classicisme ambiant. C’est une véritable mode qui envahit rapidement tous les pays d’Europe et arrive bientôt aux Etats Unis. On sort du cadre académique avec ce nouveau style qui entre partout : dans les constructions, les intérieurs et les objets de décoration.

Il s’inspire de la nature sous l’influence du japonisme et les pierres des façades s’ornent d’entrelacs de fleurs ou de feuilles  harmonieusement sculptés dans la pierre autour des fenêtres et des portes : iris, pavots, arums ou chardons…sujets empruntés à la nature et que l’on retrouve sur les fers forgés des grilles ou sur des céramiques colorées.

La distribution intérieure des habitations est différente : plus de couloir, mais plusieurs entrées donnant directement dans les pièces. Les cheminées, les meubles de formes élégamment courbes se parent eux aussi des symboles de la nature.

Avec d’autres chercheurs, Alexandre Paléologue a recensé ces maisons dans la région Poitou-Charentes. Le résultat de leurs recherches a d’ailleurs fait l’objet d’un livre fort bien documenté, également présenté dans le cadre du forum. Un diaporama nous permet de découvrir ou de redécouvrir huit habitations réparties dans Châtellerault présentant les caractéristiques du « modern style »

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La plus richement dotée de ces maisons est située rue du Tabary. Elle a été conçue par Eugène Colombet, architecte châtelleraudais. D’autres demeures du même style se trouvent encore rue Augustin Neveu, boulevard Victor Hugo ou rue des Scieurs. On peut en voir aussi boulevard d’Estrées, rue de la Chevretterie, rue Jeanne d’Arc et place Dupleix.

Toutes ces photos présentées et les descriptions qui en sont faites par le conférencier donnent envie au public de se promener en ville à la découverte de ces demeures originales. Une sortie guidée, proposée par Virginie Tostain, suscite le plus grand enthousiasme auprès des personnes présentes, ravies d’avoir pu enrichir pendant quelques heures leurs connaissances dans le domaine de l’art.

Jacqueline Gagnaire

Le forum du 18 octobre 2014

 

Ce fut une journée très chargée pour le CCHA ! Après l’assemblée générale, une exposition était présentée par Bernard Poignand et Marie-Christine et Claude Ligeard.

Si Bernard exposait des équipements, décorations et souvenirs de la Grande Guerre, Marie-Christine et Claude nous proposaient de découvrir la vie de Robert Gemehl, un p’tit gars de Tivoli qui vécut la Première Guerre mondiale.

Ces souvenirs nous faisaient revivre une page d’histoire montrant, s’il en était besoin l’importance des archives familiales.

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Les deux expositions, clichés de G. Millet

Propos sur la conférence

C’est avec plaisir que le Centre Châtelleraudais d’Histoire et d’Archives recevait ce samedi 18 octobre un « récidiviste » comme s’en amuse la Présidente, Claudine Pauly, lors de la présentation du conférencier. Jacques Bouquet, historien local reconnu, est déjà venu à plusieurs reprises partager le fruit de ses recherches avec les Châtelleraudais.

« La participation à l’effort de guerre en 1914-1918 dans le châtelleraudais » a captivé l’auditoire. Les trois points développés : participation au titre de la solidarité, effort économique et effort patriotique ont été largement illustrés d’exemples vécus que nous évoquerons ici.

Après avoir dressé un bilan démographique et économique à la veille de la guerre, Jacques Bouquet aborde les manifestations de solidarité qui se mettent en place dès 1914.

On voit rapidement apparaître des comités de secours aux blessés avec la création d’hôpitaux temporaires ainsi que des comités d’assistance aux hôpitaux militaires destinés à recueillir des fonds. Le maire de Châtellerault, Admira Derouau, médecin, collecte des pansements, des gilets de flanelle et du linge pour les soldats blessés. En janvier 1916, la municipalité vote une aide financière à répartir entre les différentes structures hospitalières installées en ville. Et pour entretenir le moral des blessés, le personnel de la manufacture d’armes fait du théâtre : on paie son entrée et on donne à la quête pour les bonnes œuvres.

On rencontre aussi un peu partout des réfugiés du nord de la France et de Belgique qui ont fui les zones de combats. Des accueils leur sont proposés et on cherche à leur donner du travail pour pallier l’absence des hommes mobilisés.

A Montmorillon, un instituteur belge remplace dans sa classe, le maître parti à la guerre…

A Châtellerault, un prêtre fait son prône en Flamand pour les Belges…

Un comité d’aide aux réfugiés du Nord organise des concerts pour venir en aide aux familles nécessiteuses…   Mais il faut aussi penser aux soldats du front à l’approche de l’hiver : les femmes et les fillettes des écoles se mettent à tricoter des pulls, des gants, des chaussettes et des cache-nez… On achemine également vers le front pommes de terre et haricots par chemin de fer. En 1915, un comité départemental de secours aux prisonniers fait parvenir des colis aux soldats.

Sur le plan économique, des efforts sont demandés à l’échelon national en lien avec les dépenses de la guerre. On propose à la population de participer à des emprunts et à une collecte d’or… En 1915 et 1916, est créée «La journée du poilu ». Des écoliers se cotisent même pour acheter des ballons afin de distraire les hommes des tranchées…

Dans les campagnes, les chevaux, les bœufs, le foin et la paille sont réquisitionnés, des vaches aussi, ainsi que des productions végétales, des pommes de terre en particulier.

On assiste alors en réaction, à un effort important dans le monde agricole si bien que les rendements ne diminuent pas : les femmes remplacent les hommes aux champs et on voit se multiplier dans nos campagnes, les ânes et les mulets plus faciles à mener pour elles que les gros chevaux de labour.

En 1917, le ministre de l’Agriculture demande aux écoles de cultiver des espaces de terre jusque-là négligés. A Oyré, par exemple, les fleurs des parterres sont arrachées pour planter pommes de terre et topinambours… Les enfants de la maternelle de Montbernage à Poitiers élèvent des lapins qui seront vendus au profit des Pupilles de Guerre.

Quant à l’effort patriotique, il concerne surtout le 32e Régiment d’Infanterie de Châtellerault et le 125e de Tours, souvent ensemble au combat et qui seront de toutes les batailles.

Le 32e RI envoyé en Moselle pour défendre Nancy, est présent à la 1ère bataille de la Marne où les Allemands sont repoussés. On le retrouve à Ypres puis à Verdun et dans la Somme en 1916. En 1918, il participe à la deuxième bataille de la Marne, là où le front allemand est enfoncé conduisant à la victoire.

La lecture émouvante d’un extrait du journal de marche du 32e RI, à Verdun à la fameuse cote 304, est faite par Jacques Bouquet : en mai 1916, des soldats par centaines se font tuer par les tirs ennemis, les blessés ne peuvent être secourus, des galeries de tranchées s’effondrent sur les hommes, le ravitaillement n’arrive plus…

Tous ces morts, toutes ces disparitions, les conditions atroces des combats font déplacer le président Poincaré et le roi des Belges qui rendent visite aux soldats sur le front.

Malgré quelques mutineries, le 32e RI s’est conduit au cours des combats de façon exemplaire. Il est cité en août 1917 à l’ordre de l’armée à titre collectif par le maréchal Pétain. En 1915, il avait déjà reçu une citation avec « croix de guerre ». A cette occasion, des écoliers d’une école de Châtellerault s’étaient cotisés pour offrir au régiment une croix en or… Enfin, en septembre 1918, nouvelles félicitations de Pétain qui permet aux soldats du régiment de porter la fourragère aux couleurs rouge et verte de la croix de guerre.

Partout en France le bilan des pertes est catastrophique comme dans l’arrondissement de Châtellerault. L’agriculture, l’économie auront du mal à repartir mais on peut constater que des efforts ont été faits dans tous les domaines et par tous au cours de ces quatre années de guerre afin d’aider et de soutenir les plus touchés par ce terrible conflit.

 

Jacqueline Gagnaire

 

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L’assistance pendant la conférence, cliché de G. Millet

 

 

A propos du forum du 17 mai 2014: « Châteauneuf, rive gauche. »

Samedi dernier, nous nous sommes réunis salle Camille Pagé, rive gauche, lieu idéal pour terminer le cycle de nos conférences de la saison sur le thème de Châteauneuf ! Et bon nombre de Châtelleraudais, 90 personnes au moins, se sont déplacés pour écouter, participer et parfois compléter avec des souvenirs ou des photographies les récits de nos conférenciers. Trois membres du groupe de recherche du CCHA vont nous promener dans le faubourg populaire de Châteauneuf, si vivant, si particulier et tellement présent aujourd’hui encore.
Geneviève Millet nous fait part de ses recherches sur « Le Grand Monarque ». Elle est intarissable sur le sujet ! Mentionnée déjà en 1737, on écoute avec intérêt l’histoire de cette auberge, relais de poste. Grâce à des tableaux généalogiques simplifiés, on y côtoie au fil des années, les propriétaires : les Rossignol, les Brodon, les Dufour, tous parents et devenus Maîtres de Poste, métier valorisant, par ordonnance du roi Louis XV. Les plans des bâtiments apparaissent également à l’écran ; ils se situent à l’angle de la rue du Pont (Grand’ rue de Châteauneuf) et du quai de la Vienne. Côté rue du Pont, sur trente mètres, les bâtiments de l’auberge entourent une grande cour, tandis que, côté rivière, on trouve les dépendances. Puis se succèdent les écuries, les granges à foin et les greniers à céréales sur une quarantaine de mètres. Plus loin, un grand pré ombragé et son puits, accueille les chevaux fourbus. Au début du XIXe siècle, plus de 55 chevaux « de différents âges et couleurs » sont répertoriés à l’occasion d’un partage familial… On compte aussi de nombreux élevages répartis dans la campagne. Cet acte, fait chez le notaire, permet non seulement d’évaluer les biens de la famille, mais nous donne des détails plus précis au niveau de l’auberge qui comprend des pièces d’accueil, des chambres pour les propriétaires et deux chambres à trois lits pour les voyageurs… Du personnel « d’astreinte », dirions-nous aujourd’hui, loge sur place pour parer aux urgences. Des plans cadastraux, mais aussi des photographies viennent souligner l’importance de cet impressionnant bâtiment que fut le Grand Monarque. Malheureusement, l’arrivée du chemin de fer ravit la vedette aux relais de poste et comme bien d’autres, cette belle entreprise familiale prospère doit arrêter ses activités. Le Grand Monarque devient alors tout simplement un hôtel-auberge. Ce n’est qu’en 1970, après des années d’abandon que les bâtiments restaurés sont transformés en logements individuels.

Nous laissons maintenant les voyages en diligence pour nous poser quelques instants dans le faubourg de Châteauneuf où Alain Houisse s’est intéressé au comportement socio- politique des habitants de ce faubourg entre 1870 et 1914, à partir des diverses élections.
Une étude très intéressante, si l’on considère que le taux de participation des couches populaires aux différentes élections reflète le climat social d’une époque.
Il ressort aussi de cette étude que les votes administratifs sont moins suivis que les votes à caractère politique.
A cette période, les conditions de vote pour les élections : députés, conseillers municipaux… nous semblent surprenantes.
Pas d’inscription préalable obligatoire. Pas d’isoloir non plus qui n’apparaît qu’en 1913. Le bulletin de vote est un simple papier plié, déposé sans enveloppe…pas très secret !
On vote alors à Châteauneuf dans la tour sud du pont Henri IV, à la caserne, à l’asile (accueil d’enfants en bas âge). Plus tard seulement, on verra s’ouvrir l’école maternelle, l’école de garçons puis l’école de filles. La participation aux élections est fluctuante. Elle croît ou décroît au rythme des embauches ou des licenciements de la manufacture d’armes dont le rôle social est important. Au moment de la commande russe en 1894, environ 5 000 ouvriers travaillent à la Manu, mais comme tous n’habitent pas à Châteauneuf, malgré des variations, le nombre d’électeurs reste plus ou moins stable. Par contre, lors de licenciements, lorsque le travail manque, ce qui correspond à des périodes de crise, on constate que les ouvriers se démobilisent. Si l’on compare la participation de la ville, rive droite et de la rive gauche, la participation est plus faible à Châteauneuf où les habitants sont plus souvent dans des situations précaires que la population bourgeoise de Châtellerault. Lors des élections municipales de 1888, alors que les élus en place sont des notables républicains, trois listes se présentent : des républicains, des conservateurs catholiques et des socialistes. On observe alors une forte participation de la rive gauche qui restera mobilisée jusqu’à l’élection de Clément Krebs. Ce qui confirme que la politique intéresse et amène les électeurs ouvriers à voter plus facilement.

Après cette très sérieuse étude, nous écoutons Françoise Metzger aborder le dernier sujet de cette conférence en trois parties. Un sujet très attendu, car elle va nous parler de la fameuse rue des Buttes dont la réputation est parvenue jusqu’à nous ! Au XVIIe siècle déjà, il est question de cette rue pas très bien fréquentée… Les recherches qui portent surtout sur le XIXe et le début des années 1900 font apparaître environ 400 habitants, plus ou moins démunis, vivant dans des logements précaires, insalubres et souvent sans travail…. Cette rue a alors la réputation d’être « mal famée » voire d’être « un coupe-gorge » ! Elle est le siège de la fameuse « compagnie du soleil » qui se déplace dans des voiturettes tirées par des chiens ! Un grand merci est adressé au passage à notre photographe Arambourou dont les clichés ont fixé et amené jusqu’à nous ces attelages et leurs conducteurs.
Mais de quoi vivent ces gens ? Il semble qu’ils récupèrent des objets de toutes sortes pour les revendre…le ramassage des peaux de lapins faisant également partie de leurs activités. En 1882, les voiturettes tirées par des chiens n’ont plus le droit de circuler dans les rues. Il faudra plusieurs interdictions de la municipalité et des verbalisations pour supprimer ces voitures du paysage… Les journaux et des extraits de jugements du tribunal parlent bien sûr des habitants de la rue des Buttes que les juges considèrent comme des « chenapans ». Motifs d’inculpations : utilisation illicite de charrettes à chiens, ivresse, injures à agents, délit de pêche par exemple… Le Bureau de Bienfaisance intervient au début du XXe siècle, proposant un apprentissage aux désoeuvrés. Si dans cette rue la mixité sociale n’existe pas… on note parmi les résidents une solidarité intergénérationnelle importante.
Lors d’un recensement en 1870, on trouve quelques vieux métiers : un tisserand, un coutelier, un vannier… un coquassier (marchand d’œufs) mais aussi un vagabond. Un peu plus tard, en 1901, apparaissent un ébéniste, un cultivateur, un distillateur et beaucoup de journaliers et de journalières. Quant aux retraites, elles sont si faibles ou inexistantes que très longtemps, tous sont obligés de faire des « petits boulots », dirions-nous, pour survivre.
Malgré toutes les recherches entreprises, beaucoup de questions restent sans réponse, mais la quête continue : documents et témoignages sont les bienvenus. Dans la salle, le public réagit, une personne propose des photos et un ancien habitant de la rue d’Avaucourt (la rue fut rebaptisée en 1921) vient évoquer des souvenirs au micro !
Châteauneuf, toujours et encore à l’honneur depuis bientôt trois ans intéresse les Châtelleraudais grâce aux conférences et aux revues où chacun peut se replonger dans l’histoire locale.

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Cette caricature humoristique d’ Ernest Génault (né à Châteauneuf en 1867) est extraite de l’Almanach châtelleraudais de 1910, p. 25, coll. J-F Millet.

Jacqueline Gagnaire