La ligne de démarcation dans la Vienne

Le 19 octobre 2019, une nouvelle fois,  le CCHA a organisé un forum délocalisé dans une commune du « Grand Châtellerault ». A Archigny, en présence du maire de la commune, la conférence a été faite en duo : Christian Richard, maire et président du musée de la seconde Guerre Mondiale de Tercé, a présenté la ligne de démarcation dans le département de la Vienne et Françoise Glain, membre du CCHA et présidente de l’association Histoire et Patrimoine d’Archigny, a centré ses interventions sur la ligne de démarcation à Archigny, une des communes les plus étendues de la Vienne.  

La ligne de démarcation, frontière imposée par les Allemands dès le 22 juin 1940, coupe la France en deux : la ZO, zone occupée par les Allemands, concentre l’industrie et les grandes cultures, la ZNO, zone non occupée, gouvernée par le Maréchal Pétain. Longue de 1 200 km, la ligne traverse 13 départements dont la Vienne. Là, elle se déploie sur 80 km entre Leugny et Chatain ; 18 communes sont coupées en deux. Cette frontière intérieure est un moyen de pression sur le gouvernement de Vichy, une restriction à la circulation des personnes et des marchandises, une source de tracasseries administratives.

source ONA

            Le tracé, la matérialisation et l’organisation de la ligne

La Demarkationlinie se met en place après l’armistice ; le tracé (en vert sur la carte annexée à la convention d’armistice d’où son nom de ligne verte) est fixé à 20 km de la ligne ferroviaire Paris-Hendaye. Au début les consignes sont floues, plusieurs modifications de trajet sont faites, pratiquement toujours à la demande de l’occupant, pour améliorer les surveillances de la zone. Sur le terrain, l’administration des Ponts et Chaussées, sous contrôle des Allemands, plantent les poteaux en bois tous les 100 à 150 mètres ; les couleurs de leur drapeau (noir, rouge, blanc) sont peintes à l’extrémité. Les postes de contrôle permanents allemands se trouvent aux croisements de la ligne avec les routes principales ; des guérites, baraques, mâts orné du drapeau allemand, chevaux de frise, barrières sont installés aux carrefours et aux ponts. Une bande large de 500 à 1 000 mètres est gelée. Des postes de contrôle français leur font face. Les soldats de la Wehrmacht contrôlent les passages jusqu’en octobre 1941, remplacés ensuite par des douaniers, car à cette date le front russe mobilise l’essentiel des troupes allemandes.

Un commissariat est créé en zone libre à Montmorillon. La gendarmerie refusant de s’intégrer au dispositif de sécurité, l’armée d’armistice de Vichy -100 000 hommes- contrôle les points de passage français ; ils sont ensuite remplacés par les douaniers refoulés des ports de l’Atlantique par les Allemands.

Aujourd’hui, il ne reste, comme signes visibles, un à Saint-Martin l’Ars et une baraque à Leugny. Mais nous disposons de clichés, malgré l’interdiction de photographier des soldats allemands, et les témoignages des acteurs de cette période. 

De nombreux incidents émaillent la vie de la ligne, traque et tirs de fugitifs, intrusions inopinées dans les fermes, fouilles de maisons, arrestations arbitraires par les militaires allemands. Des relations se nouent parfois avec les soldats chargés de la surveillance de la ligne : Guesdon, militaire du 27 RI, aide l’agriculteur dont il reprendra la ferme à la fin de la guerre. Un douanier épousera une jeune fille du lieu.

arrestations à PLEUMARTIN (AD86)

            Les franchissements autorisés de la ligne de démarcation

                        Pour franchir la ligne de démarcation, les Allemands mettent en place des laissez-passer, les Ausweis : verts pour les agriculteurs, blancs ou blancs barrés de verts pour les ouvriers agricoles , blancs pour les frontaliers, pour ceux qui vivent dans une zone de 10 km de part et d’autre de la ligne, blancs barrés vert pour ceux de la ZNO. Les écoliers en ont un. Les non-frontaliers, après avoir fait une demande ausweis, doivent obligatoirement passer par l’un des 14 postes des 1 200 km de la ligne (2 dans la Vienne à Jardres et Lhommaizé).

            A Archigny,

Les 5 barrières délimitant la zone occupée et la zone libre se trouvent, à La Guérivière (ensuite ramenée à la Gorlière, au sud-ouest, route de Chauvigny), à La Brachetterie (ensuite déplacée à la Philbartière, au sud), à la Prêterie se retrouve à la Croix-de-Justice, à l’est route de La Puye, aux Bouchaux au nord, au croisement de la Croix Jolines au sud-est. Cette barrière est ajoutée lorsque les Allemands s’aperçoivent qu’il est aisé de rejoindre la zone libre par ce chemin. Une autre se situe aux Faguets, entre Archigny et Pleumartin.

            Les franchissements clandestins de la ligne

Les candidats au passage sont nombreux, ceux qui fuient la police allemande, ceux qui veulent rejoindre la France libre : aviateurs dont l’avion a été abattu, prisonniers de guerre français évadés (dont des coloniaux prisonniers à Saint-Ustre), résistants, évacués mosellans, réfugiés, étrangers, juifs …

Ils passent entre les points de contrôle, évitant ainsi les patrouilles de l’armée allemande, franchissent la ligne par la Creuse et la Vienne, par les chemins vicinaux, guidés par des passeurs. A l’exception de quelques individus intéressés par l’appât du gain, la plupart des passeurs sont des « frontaliers », solidaires de leurs compatriotes ou des étrangers persécutés, résistant à l’occupant. Ce sont souvent des paysans cultivant des terres dans les deux zones. Les prêtres participent à l’hébergement et au périple de clandestins.

Deux témoignages

Maïté Gaitaner pianiste suisse, réfugiée à Bonnes à 17 ans, repaire des itinéraires hors de la vue des soldats allemands et fait traverser la Vienne en barque à des évadés français. Résistante, elle est arrêtée, déportée, torturée par la Gestapo et revient handicapée à vie.

Robert Schuman, évacué mosellan en 1939/1940 à Poitiers, est arrêté par les Allemands en avril 1941, s’évade en juillet 1942. De retour en Poitou, il est hébergé à l’abbaye de Ligugé, son exfiltration est organisé par les religieux, après une étape à Gizay chez l’abbé Decourt, il franchit la ligne à Chiré-les-Bois.

Les voyageurs des trains sont contrôlés en gare de Fleuré.

 Courrier postal

Une ordonnance allemande du 18 juillet 1940 interdit toute correspondance postale entre les deux zones. Les cartes postales pré-imprimées éditées par Vichy sont contrôlées…

Claudette à la Guilleterrie

Alice Sarrazin recevait régulièrement du courrier à faire passer en zone libre. Sa nièce, Claudette Savigny passait la barrière à la Croix de Justice chaque jour, matin et soir, pour aller et revenir de l’école du bourg. Elle rendait quotidiennement visite à sa tante. A l’âge de 11 ans, et pendant plus d’une année, elle a transporté des courriers dans ses chaussettes, son guidon de vélo ou ses cahiers. Elle les remettait à son père qui les transmettait ou savait quand des clandestins ou aviateurs arriveraient à la ferme pour être hébergés la nuit. Claudette prêtait alors son lit et dormait dans la grange. Au petit matin son père attelait la jument à la charrette et emmenait ses passagers à la gare de Paizay-le-sec. Plusieurs fois, Claudette a dû ouvrir son sac d’école lors du passage à la barrière, les livres et cahiers vérifiés. Heureusement, ces jours-là, aucun document n’y était glissé.

Puis un jour, le facteur a prévenu sa tante Alice : tu devrais faire attention, tu reçois beaucoup de courrier. Dès lors, la jeune Claudette ne passa plus de messages. La transmission prit une autre voie. Plus tard, Alice fera son possible pour aider les juifs mosellans lors de la rafle du 31 janvier 1944, aidée de son frère Vincent Savigny et du boucher Camille Ribreau. Claudette a aujourd’hui 91 ans et transcrit ses souvenirs, surtout ceux de la Grande Guerre dont lui parlait son père.

Les Allemands envahissent la zone libre en novembre 1941, les postes de contrôle français sont démantelés dans les semaines suivantes. La ligne de démarcation disparait sur le terrain le 1er mars 1943. Les passeurs ont droit à la reconnaissance de l’Etat français après la guerre.

15 panneaux d’exposition du Musée de Tercé ont été présentés ce samedi 23 octobre dans la salle de la ferme acadienne n°6. Les participants ont écouté le témoignage de Claudette Savigny. D’autres témoignages figurent, par ailleurs, dans les ouvrages consacrés à la ligne de démarcation dans la Vienne, de Christian RICHARD (paru en 2017) et de Claude FARIZY (paru en 2007), dans un chapitre de la monographie de Françoise GLAIN « Souvenirs d’Archigny 1939-1945 ».

Table ronde sur l’école de la Manu 25 mai 2019

Dans le cadre du bicentenaire de la Manu, le CCHA et Manu-Chatel organisaient samedi 25 mai une table ronde sur l’école de la Manu. Elle s’est déroulée dans l’auditorium du Conservatoire de musique de Châtellerault (sur le site de la Manu) mis à la disposition des deux associations par la ville. 3 thèmes ont été présentés au nombreux public présent, ils sont résumés ci-dessous ainsi que les diaporamas projetés dans l’a.m.

Thème 1 : Vie de l’école           Animateur : Pierre Bugnet,  CCHA

Intervenants : Claude Boutillet,  Manu-Châtel, ancien élève et moniteur

Pierre Herpailler, Manu-Châtel, ancien élève

Claude Ligeard, CCHA, ancien élève

Pierre Herpailler  rappelle la sélectivité du concours d’entrée. Il évoque les conditions de travail durant les trois années d’étude : horaires identiques à ceux des ouvriers, exigences de sérieux et de discipline, importance du travail manuel dans différents domaines. Le diplôme délivré à l’issue de la troisième année était supérieur au CAP que les élèves passaient  parfois dans plusieurs spécialités. Il permettait une embauche immédiate dans les entreprises industrielles de la région.

Claude Ligeard complète ces propos. Il rappelle l’obligation de résultat qui était impérative dans toutes les matières (obligation de la moyenne). Il insiste également sur l’importance du sport et l’esprit de camaraderie régnant à l’école.

Claude Boutillet, sorti de l’école en 1952 a travaillé comme ouvrier à la Manu avant de passer le concours de moniteur tourneur. Il se souvient de la difficulté de ce concours puis du stage de formation suivi à Puteaux. Il a ensuite fait travailler les élèves par groupes de six, insistant notamment sur le respect des consignes de sécurité. Malgré les 45 heures de travail hebdomadaire demandées aux appentis, l’ambiance était excellente et les résultats aux CAP ne connaissaient jamais d’échec

Thème 2 : Vie de l’école           Animateur : Bernard Fy

Les différentes voies possibles pour les lauréats étaient : poursuivre des études dans les écoles de la DEFA ; travailler à la MAC ; travailler dans d’autres établissements d’Etat ; travailler dans des entreprises industrielles ou commerciales, locales ou non.

Michel Comte, promo 1951-54 

Instructeur d’armes au 2e BMRG. Usine de Domines : outilleur,  Panhard Paris dépannage des machines-outils  – Sud-aviation Toulouse  – 1962 SEPR future SEP projet de torpille à moteur à réaction -Imprimerie de L’Echo de la Mode Paris  – Leclanché Poitiers – Sochata – Jaeger –  Microméca

Claude Dubreuil, promo 1962-65 

2 ans à l’EFPN de la MAC – 1 an EFTS de Toulouse – Travaille au LRBA de Vernon 13 ans dessinateur projeteur : fusée Véronique. Retour à Châtellerault : dessinateur à la mairie de la ville : voirie, travaux publics, sauvegarde et déconstruction du site de la Manu- Responsable du BE  -responsable des Services Généraux (création de l’ITES, Ecole de cirque…) – directeur du Centre Technique Municipal.

Jean-Claude Viroulaud, promo 1967-70 

Ecole d’apprentissage : métier Tourneur – Le 20 juin 1970, intègre la SFENA  – Formation ADEPA machines à commandes numériques  Tour HZ à 2 tourelles, tour à palettisation – 1993 essaimage de SEXTANT-AVIONIQUE vers MECAFI Chef d’équipe, adjoint au directeur de production, maître de stages  

L’école incitait les apprentis à poursuivre des études dans la filière de l’armement, 13% des lauréats de de l’EFPN de la MAC, entre 1948 et 1965, ont ainsi poursuivi des études pour accéder au niveau technicien dans les ETN et 3% ont pu accéder au niveau ingénieur par les ETS.

Quatre anciens élèves ont bien voulu nous présenter leurs carrières. Elles sont diverses, variées et illustrent la polyvalence et l’aptitude à la mobilité professionnelle résultant de ces formations.

Le cas de environs 500 carrières duales dues à l’annonce de la fermeture de la MAC en 1961 avec des reconversions professionnelles vers des entreprises transférées à Châtellerault pour adoucir la transition a été évoqué.

Il apparait une convergence intéressante entre les anciens apprentis de l’EFPN de la MAC qui ont rejoint le LRBA de Vernon ou la SEPR puis la SEP ou la SFENA à la Brelandière et qui ont contribués à l’aventure spatiale européenne depuis les programmes précurseurs : les fusées Véronique, Diamant puis Ariane.

EFPN : Ecole de Formation Professionnelle Normale

MAC : Manufacture d’Armes de Châtellerault

DEFA : Direction des Etudes et Fabrications de l’Armement

ETN : Ecole Technique Normale

ETS : Ecole Technique Supérieure

LRBA : Laboratoire de Recherches en Balistique et Aérodynamique

SEPR : Société d’Etudes pour la Propulsion à Réaction

SEP : Société Européenne de Propulsion

SFENA : Société Française d’Equipements pour la Navigation Aérienne

Thème 3 : le rayonnement de l’esprits Manu Animatrice : Marie-Claude Albert

Participants :

  • Marc Bréjard
  • Jean-Claude Merle
  • Patrick Mortal

Projection de diapositives : – extrait du contrat d’apprentissage de Jean-Claude Massonneau chez Fabris, 1961 ( 16 ans) : valeurs de fidélité, respect, obéissance – La devise Travail, ordre, discipline

Mot d’introduction

-Lien avec la table ronde précédente sur les parcours (diapo 1) à partir d’un contrat d’apprentissage hors-Manu : valeurs transmises de « fidélité, respect, obéissance ».

-Explication de la devise inscrite dans l’une des salles de l’Ecole depuis 1941 ( diapo 2) : Travail, ordre, discipline, élaborée sous Vichy dans le cadre du programme de la « Révolution nationale », maintenue par la suite dans un contexte républicain et démocratique.

– Le point commun entre les interlocuteurs c’est d’être devenu formateur ou enseignant.

Jean-Claude Merle

Les étapes de son parcours :  de l’apprentissage, puis de l’Ecole technique Normale de l’Armement à l’Enseignement technique supérieur Universitaire (IUT de Poitiers).

3 années d’apprentissage de 1949 à 1952, CAP d’ajusteur, 4e année de perfectionnement à l’Ecole de St Etienne (Ecole de la DEFA)  : CAP de dessinateur détaillant puis Brevet d’Enseignement industriel spécialité Mécanicien

Durant deux ans, ouvrier qualifié à la MAC groupe V (ouvriers plus autonomes capables de changer des pièces et de régler la machine), affecté au fraisage du pistolet automatique 9 mm

Après le service militaire, préparation du Concours d’entrée à l’Ecole préparatoire de l’Armement à Limoges en cours du soir

1 an à cette Ecole puis entrée à l’Ecole technique Normale de l’Armement à Arcueil ( Reg parisienne) sur concours : deux ans

Choisit l’affectation à la MAC en 1962, mais non obtenue en raison du contexte de pré-fermeture de l’établissement.

Démissionne du corps des Techniciens de l’Armement et entrée à l’entreprise privée Jaeger ( équipements de précision pour l’automobile et l’industrie), affecté au contrôle-qualité

Devenu responsable de la formation pour les personnels de l’établissement

Formateur permanent (à l’issue d’un temps de vacataire) dans l’agence régionale du Bureau des temps élémentaires, un organisme de formation et de conseil, fonction exercée durant 20 ans : actions de formation inter-entreprises ( y compris dans le secteur hospitalier), action de formation en management…

 Marc Bréjard

Les étapes de son parcours : de l’Ecole d’apprentissage à l’enseignement technique en Lycée d’enseignent professionnel (Mécanique)

  • 3 années d’apprentissage à l’école de la Manu, 1961-1964
  • A Toulouse, école d’armement
  • A la SFENA en 1967
  • Au laboratoire de recherche balistique et aérodynamique de Vernon 1967-1970
  • Concours de l’Education nationale comme PCET, puis ENNA 5 Ecole Normale Nationale d’Apprentissage) à Paris.
  • Affecté ensuite comme professeur de Mécanique générale au CET de Vernon en Normandie, puis à celui de Montmorillon, et à celui du Verger en 1977 devenu LEP (Lycée d’enseignement professionnel). où il enseigne la maintenance des systèmes automatisés notamment dans les classes de baccalauréat professionnel qu’il a contribué à monter en 1986.

Résumé des interventions

Question 1 sur les valeurs: Est-ce que la devise « Travail, ordre, discipline » a continué à se diffuser au travers de votre expérience de formateur ? Dans quelle mesure ? Comment a-t-elle évolué au fil du temps et des secteurs dans lesquels vous êtes intervenus ?

Marc Bréjard  se souvient de cette devise affichée dans la salle de travail à l’Ecole de la Manu.  Il explique ce que cela lui évoque : « Travail » ce sont les horaires lourds, la rigueur ; l’ « Ordre » lui évoque une anecdote personnelle, « discipline », c’était faire comprendre les règles imposées dans la classe.

J.C Merle évoque aussi les horaires prolongés . Il explique l’importance de la discipline dans ses fonctions de formateur, notamment l’ obligation de respecter la demande du client, d’avoir une démarche-qualité.

Question 2 sur le contenu pédagogique de l’enseignement professionnel : L’apport d’une formation professionnelle de qualité dans votre métier de formateur au sein des entreprises et au sein de l’Education nationale ? Lien entre théorie et pratique ?

Marc Bréjard insiste sur une bonne capacité d’adaptation. Il a pratiqué une pédagogie de la rigueur et du travail bien fait et relié sans problème la formation pratique et théorique ( il précise qu’à la manu il y avait deux sortes de professeurs ). La liaison entre l’école et le milieu professionnel s’effectuait tout naturellement lors de stages en entreprise des élèves de Bac professionnel et il entretenait une bonne relation avec les tuteurs dans l’entreprise.

JC Merle insiste sur la pertinence d’ une pédagogie adaptée à toutes les formes d’intelligence, de l’abstrait au concret ou du concret à l’abstrait comme le démontrait Jean Grimal. A partir d’exemples d’entreprises où il est intervenu pour former le personnel, il affirme le postulat qu’il a toujours respecté :  donner du sens à ce qui est enseigné.

Question 3 : Qu’avez-vous retenu  de votre expérience professionnelle : de l’apprenti à l’ingénieur et au formateur en management, de l’apprenti au professeur ?

Marc Bréjard a retenu de son expérience d’apprenti, la somme de travail = 45 h / semaine, l’ obligation de faire toujours mieux et le plaisir du travail bien fait. En tant que professeur, il a transmis les mêmes valeurs, le respect des plans , la tolérance Zéro dans la réalisation des pièces, la bonne relation avec les élèves mis en position de réussir : certains de ses élèves devenus ingénieurs ou responsables de secteurs dans leur entreprise, ou entrepreneurs.

JC Merle a retenu l’importance de bien connaître le travail des exécutants quand on exerce des responsabilités, de bien maîtriser tous les savoirs et de les appliquer dans un environnement précis. Il a également retenu la nécessité de croiser deux cultures : « la culture descriptive »  fondée sur l’objet et la succession des tâches, et « la culture fonctionnelle » qui permet d’analyser pour élaborer une stratégie, un système, sur le long terme en dépassant les contraintes économiques de rentabilité, de commercialisation.

 Patrick Mortal conclut sur le réseau des écoles professionnelles de l’Armement : connivence ou rayonnement ? Il présente le positionnement de l’historien,  auteur d’une thèse de doctorat sur les armuriers de l’Etat du grand siècle (XVIIe siècle) à la globalisation ( 1665-1989) et co-auteur de l’ouvrage collectif qui vient de sortir ‘Hommes et femmes dans les usines d’armement en France en 1914-1919’ .

Le réseau des écoles de l’Armement de Terre, connivence ou rayonnement ?

La formation a toujours été une clé de l’efficience des établissements militaires étatiques : dans les vieux métiers le maître doit former des apprentis pour gagner son droit à pension, puis le passage définitif au système métrique conduit à ouvrir des cours.

La « révolution des machines » de la fin du XIXe siècle implique la création des écoles d’apprentissage ; étonnant : c’est alors que l’on exige de finir les pièces à la machine que le premier geste partagé par tous les apprentis est celui de la lime (la bâtarde) sur l’acier : indispensable apprentissage de la matière malléable…

Le rayonnement de ces écoles qui recrutent sur concours est horizontal (non recrutés en fin d’apprentissage ou reconvertis après les fermetures, l’efficience au travail des anciens apprentis se retrouve dans tous les métiers) et horizontal à l’interne : la pyramide des EFT, ETN, école d’ingénieur ouvre des chemins de promotion.

Cette ouverture est cependant le fruit d’un univers de connivence : entre directions et familles des ouvriers d’Etat dont les enfants bénéficient d’une priorité au recrutement, entre les syndicats et le ministère qui ont le même intérêt à la professionnalisation, entre les autorités politiques et économiques locales pour qui les personnels des « manus » sont un enjeu, entre directions et ouvriers (ceux-ci sont représentés dans la commission de recrutement), au sein de chaque promotion, espace de camaraderie durable, entre les générations dans un rapport de maître à disciple.

Au total, un système mobilisateur et efficace. On peut pourtant se demander si sa solidité même n’aura pas contribué à un certain retard à s’approprier les technologies nouvelles en fin d’époque, par exemple à passer d’une culture d’ingénierie des objets à une culture scientifique générale permettant d’intégrer différentes innovations aux systèmes d’armes…

Conclusion Diaporama

thème 2
Patrick Mortal – Jean-Luc Gillard

Les tisserands de Saint-Rémy-sur-Creuse du XVIIe au XIXe siècle

Le soleil printanier n’a pas dissuadé les nombreux auditeurs venus ce samedi 23 mars 2019, dans la salle du Verger ; le conférencier, Guy Fréval, professeur agrégé d’histoire-géographie au lycée Marcelin Berthelot de Châtellerault, les a emmenés pour un voyage dans le temps et dans l’espace, à Saint-Rémy-sur-Creuse, sur les confins est de la Vienne, à deux pas de la Touraine. Des tisserands du chanvre y ont vécu dans les caves troglodytiques creusées dans la falaise qui surplombe la vallée de la Creuse. Ce lieu a étonné en son temps Le Touzé de Longuemar

(1803-1881), un passionné darchéologie, de géographie et de géologie qui fonda à Poitiers la Société des Antiquaires de l’Ouest et que cite Guy Fréval : il évoque dans ses Pérégrinations d’un touriste sur la limite de trois provinces, une étrange bourgade, une ruche renversée. Bien que remontant à 1856, sa description de l’habitat est toujours d’actualité comme en témoignent les cartes postales anciennes et – mieux encore – une visite du site à découvrir avec l’association Ethnicité. Quant aux occupants, qualifiés de pauvres familles, parias de Saint-Rémy avec une certaine condescendance par Longuemar, Guy Fréval est parti à leur recherche dans les rares documents où ils sont nommés : les registres paroissiaux qui les désignent comme tisserands, filtoupiers, cardeurs, puis les registres d’état civil, les recensements (le premier date de 1836), les archives notariales. La généalogie de deux familles, Champion et Bernard, permet aussi de sortir de l’anonymat ces humbles artisans.

La région – au sens large – est au 17e siècle grosse productrice de chanvre ; cette fibre a de multiples emplois : draps, torchons, et pour la navigation, cordages, voiles … Les tisserands sont déjà nombreux au 17e siècle : 52 hommes, auxquels il faut ajouter les femmes qui filent et cousent. À l’apogée, au 18e siècle,  ils sont 90 pour une population totale de 900 personnes. Saint-Rémy verra par la suite le nombre de ses habitants décliner régulièrement. Les produits du tissage sont destinés à la consommation locale ou vendus au marché le plus proche, La Haye, qui n’est qu’à trois kilomètres.

La proximité de la rivière permet le rouissage du chanvre, opération qui peut aussi se faire dans des « routoirs », bassins creusés à cet effet, ce qui évite la pollution du cours d’eau. La fibre trempe pendant 10 jours, dégageant une odeur forte. Bien que très modestes, les habitations troglodytiques ont deux avantages : elles conservent une température stable lors des périodes de grands froids et leur degré d’hygrométrie permet le filage du chanvre dans de bonnes conditions. Le statut des tisserands est moins précaire que celui des journaliers, et quand il y a ascension sociale, elle reste très modeste.

Le recensement de 1836 dénombre 35 tisserands qui disparaissent ensuite au cours du 19e siècle. Plusieurs facteurs se conjuguent pour expliquer ce déclin : la concurrence de l’industrie textile mécanisée, la recherche de conditions de vie moins rudes, l’exode rural qui touche en ce siècle de révolution industrielle, les deux groupes les plus modestes, journaliers et tisserands. Même si l’on tient compte de l’installation de tuileries, Saint-Rémy offre peu d’emplois, en revanche, il s’en crée à Descartes où la papeterie est en plein essor ; dans la cité ouvrière construite pour la main d’œuvre, les conditions de vie sont bien meilleures que dans les caves troglodytiques qui ont abrité des générations de tisserands disparus définitivement de Saint-Rémy-sur-Creuse.

Développement et évolution de l’habitat dans une ville moyenne : Châtellerault 1945 à nos jours. Forum du 26 janvier 2019

 

 

Faisant suite à l’Assemblée générale annuelle ordinaire, Jean-Noël Lattwein nous présente 70 ans de l’évolution de l’habitat à Châtellerault.

Il prend appui sur une riche iconographie (photos, plans, graphiques, cartes) pour décrire les trois grandes étapes chronologiques du phénomène : 1945-1960 ; 1960-1974 ; 1974 à nos jours.

 

Châtellerault connait dans les trois décennies d’après-guerre un fort accroissement de population : 22 800 habitants en 1946, 37 000 en 1975. Le conférencier souligne les besoins criants de logement et de relogement pour palier aux locaux insalubres, baraquements… Il décrit alors le rythme élevé des constructions : les cités d’urgence, les initiatives des « Castors », le programme Baticoop des Châteliers-Minimes, les premiers immeubles collectifs aux Minimes, à Sainte Catherine, aux Renardières.

Dans les années soixante, de grands travaux de logements sociaux sont lancés : c’est le programme « logement, formation, industrialisation » du maire Pierre Abelin. Cela se traduit par la ZUP de la plaine d’Ozon, les programmes sociaux de relogement (PSR), la Zone d’Aménagement Concertée de la Forêt. L’activité industrielle centrée autour de la Manu et de Tivoli bascule vers la Zone industrielle Nord. La circulation routière dans la ville est profondément modifiée avec l’ouverture du nouvel axe nord/sud qui complète le tracé historique de la RN 10 par le pont Henri IV et l’avenue d’Estrée. Les avenues Sainte-Catherine et Albert Camus ainsi que le pont Lyautey sur la Vienne permettent le contournement de Blossac et une jonction nord sud plus directe. L’avenue Jean Jaurès est élargie.

A partir de 1968, Châtellerault, connaît une décroissance et un vieillissement de sa population. Le rythme annuel des constructions baisse. Des ménages choisissent d’habiter les communes périphériques où la population s’accroit : Antran, Thuré, Cenon.

L’effort est alors porté vers la rénovation urbaine, par exemple sur Châteauneuf, Avaucourt,             les Renardières. Les lotissements créés sont surtout localisés aux Renardières, à la Montée Rouge, Brelandière, à la Croix de Piétard, aux Minimes, à Targé, sur l’avenue Ripault, aux Gruges d’Ozon et à Antoigné. Les immeubles collectifs de standing, des hébergements spécifiques (pour les jeunes : résidences étudiantes, et les personnes âgées : maison médicalisée, EHPAD, « maisonnées »), les personnes démunies ou handicapées, le peloton de gendarmerie… s’inscrivent dans le paysage.

Les années 2000 voient des grands travaux de destructions de tours, de barres et de l’habitat dégradés, et de reconstruction d’immeubles plus petits, de logements modernes.

Le conférencier termine par une photo très récente des rénovations en cours sur l’îlot des Cordeliers.

A l’occasion des questions du public, une actualisation et des compléments sont apportés par madame Lavrard, 1ère adjointe au maire en charge de l’urbanisme, sur l’état de l’habitat et les grandes orientations prévues dans ce domaine.

Un compte-rendu plus complet de la conférence sera délivré dans une prochaine revue du CCHA.

 

 

 

Trente documents qui font Châtellerault

Le 101e forum du CCHA a réuni soixante-dix personnes ayant bravé les barrages des « gilets jaunes », une performance, pour répondre aux devinettes proposées par les archivistes : identifier une trentaine de documents sélectionnés par eux. Ces documents utiles aux administrés ou prisés par les historiens seront exposés en fin de semaine aux Archives de la ville.

Pascal Borderieux, responsable de ce service,  a souligné l’importance de certains documents qui permettent de justifier une démarche ou d’éclaircir une situation familiale : les registres de l’état civil, les registres de l’hospice pour les pupilles de la nation, le cadastre ou la liste des juifs recensés à Châtellerault 1942….

Ce voyage dans le temps a permis de présenter :

les demandes d’alignement de 1807 ; les 4000 licenciés de la Manu en 1895, les factures de commerçants (exemple, la quincaillerie Quillet, 1926) ; les documents de l’Harmonie municipale, le registre des délibérations du Conseil municipal, véritable « boite noire » locale ; les registres d’état civil, illustrés par l’acte de baptême d’une esclave en 1756 ;

les collections particulières des maires : les 258 livres dédicacés à Edith Cresson ; la revue « Poitou-Charentes Expansion» dirigée par Pierre Abelin de 1972 à 1977 ; les lettres de cabinet du maire ;

une collection particulière : les programmes de théâtre conservés par Henri Labbé de La Mauvinière ;

des documents précieux : le plus vieux document conservé, de 1404 ; le journal du Révolutionnaire Jacques César Ingrand ; la carte postale envoyée de Nieuport en 1919 par Admira Derouau, ancien maire ; le plan d’urbanisme de 1945 ;

des inédits : des lettres de l’armée belge non ouvertes envoyées en 1940, le recensement de la population de Targé en 1836 ;

de s’arrêter sur :

des dates : le sauvetage du pont Henri IV (lettre du Sous-Préfet du 19 septembre 1946) ; le résultat du référendum local du 28 mai 1951 sur la reconstruction de la flèche de l’église Saint-Jean-Baptiste ; l’ouverture du supermarché Mammouth relatée par  la Nouvelle république en 1969 ; le dessin de l’horloge de la Résidence Rasseteau,  avenue Pierre Abelin en 1988 ;

des projets non aboutis : la rénovation de Châteauneuf en  1962,  un projet de tramway en juillet 1898 ;

des documents iconographiques : des planches éducatives des Editions Rossignol ; l’affiche du comité républicain 25 février 1848 ; l’affiche du comice agricole de Chaslin ; une aquarelle du projet de jardin public d’Henri Martinet en 1892 ; le lavis de la porte Sainte-Catherine en 1805.

des photos : la place Dupleix, en 1948, avant la reconstruction des halles ; l’enterrement de Louis Ripault en 1953 ; le lycée Berthelot en 1953, avant sa reconstruction sur l’emplacement du couvent des Cordeliers ; la sortie des ouvriers de la Manu en août 1948 ; une voiture de la course automobile Paris-Madrid de 1903.

 

 

Une saga en Châtelleraudais : les Dufaulin-Hérault

La conférence-rencontre coorganisée et présentée par le service Pays d’Art et d’Histoire de la CAGC et le CCHA, le samedi 29 septembre 2018, au théâtre Blossac, est l’aboutissement d’un travail de recherches documentaires et généalogiques de près de deux ans.

Le point de départ est un fonds photographique exposé à Monthoiron à l’occasion de la manifestation Un village, des patrimoines. Comment identifier les lieux et les personnages ?

Grâce à un travail patient et persévérant de Claudine Pauly, des réponses apparaissent : il s’agit de la propriété des Sains, à Monthoiron, appartenant à la famille Dufaulin, dont elle a retrouvé des descendantes. Celles-ci, Dominique Hurel et Marie-France Vandier, retracent d’abord les origines protestantes de cette famille depuis le XVIIe siècle et déroulent le fil généalogique. Les personnages centraux de cette saga s’avèrent être Amédée et Amélie Dufaulin, mariés en 1848, et leurs deux filles Amélie et Lucy, respectivement arrière-grands-mères de M.-F. Vandier et D. Hurel. L’accent est mis sur Amédée, gérant de l’un des premiers grands magasins parisiens, Les Trois Quartiers, sur Lucy, au caractère bien affirmé qui chasse, peint, sculpte et épouse le peintre Charles Gautier, sur Maurice Languereau, un autre membre de la famille, créateur de La Semaine de Suzette, magazine qui voit naitre, d’abord modestement, un personnage promis à un grand succès : Bécassine. La fille ainée du couple, Amélie, épouse en 1872 un personnage qui n’en est encore qu’au début d’un parcours politique riche et long puisque s’étendant sur plus de 40 ans : Alfred Hérault, député, conseiller général, président du Conseil général de la Vienne, Premier président de la Cour des Comptes.

En conclusion de la conférence, le public a été convié, salle de la Redoute, à retrouver, sur plus de 40 photographies, les personnages évoqués ainsi que des scènes de la vie quotidienne aux Sains.

  1. Hurel a dédicacé deux de ses ouvrages : Le défi d’Augustine et La Baronne, tandis que M.-F. Vandier a présenté les Souvenirs d’Alfred Hérault.