94ème forum à Monthoiron

C’est dans la salle des fêtes que Claudine Pauly, accompagnée de ses amis monthoironnais qui ont préparé les lieux, nous accueille pour ce 94e forum du CCHA ayant pour thème : Monthoiron entre 1910 et 1926.

Avec l’accord et l’aide d’élus, Claudine a préparé une riche exposition constituée de documents extraits des archives municipales.

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IMG_5355A partir de leur dépouillement, elle expose les grands traits de l’histoire du village à cette époque.

La place de l’église est un lieu de vie intense : commerçants, artisans, se partagent les locaux de l’ancien prieuré. Le lavoir est un lieu de rencontre. La rue principale accueille l’agence postale et l’office notarial. Â proximité se trouvent l’école et la mairie.

En 1910, Monthoiron est un village de 487 habitants, soit 154 ménages et 182 maisons. Une trentaine d’entre elles sont inhabitées car l’exode rural touche déjà la commune (en 1836, le village comptait 811 habitants).

Sur les 213 actifs (176 hommes, 37 femmes), 142 travaillent dans l’agriculture, une dizaine dans le commerce ; s’ajoutent des couturières et une douzaine d’employées de maison. Les 4 châteaux et belles demeures sont aussi des employeurs : au Bas-Bourg, le propriétaire non résident Raoul Treuille a un fermier ; à Brassioux, le vicomte Henri de Grimoüard a une dizaine d’employés ; à Beauvais, le propriétaire a un fermier ; aux Saints, la propriétaire non résidente, Madame Veuve Dufaulin a un fermier. Sans oublier, comme dans chaque commune, les instituteurs (ici deux), et le curé.

Les principales productions agricoles sont le blé, l’avoine, l’orge, les choux, les betteraves fourragères, les topinambours, les pommes et poires à cidre, les prunes, les noix. Les prairies, prés, herbages et pâturages permettent de récolter de la luzerne et du foin, verts ou secs pour nourrir les animaux, le vin provient du coteau de la « Vigne gelée ».

Sur le plan politique, une grande stabilité : la commune est administrée par M. Henri de Grimoüard, maire de 1908 à 1925, et dix conseillers municipaux. Outre les budgets, les sujets les plus débattus sont le curage de l’Ozon, la construction et l’entretien des chemins vicinaux, l’assistance aux plus démunis. Le travail est préparé par une demi-douzaine de commissions municipales dont celle du bureau d’assistance qui aura un énorme travail pendant et après la guerre. Le téléphone est installé à la mairie en 1907.

Ici comme ailleurs, la guerre débute avec la mobilisation : plus d’une centaine d’hommes mobilisés partent dès août 1914 ; il y a des exemptés. Le maire est sur la brèche durant tout le conflit, occupé à répondre aux nombreuses requêtes de l’administration et parmi elles, celles sur les ressources agricoles de la commune. Il gère les dossiers de demande d’allocation militaire avec son interlocuteur au canton, M. de Campagne, et les aides aux veuves. Il effectue un recensement des logements pouvant accueillir la troupe. Un hôpital temporaire pour les blessés est ouvert dans un château, probablement Brassioux. La commune connaît les réquisitions, le rationnement se met en place. La pénurie se développe au début de la guerre et particulièrement à partir de 1917 ; elle dure jusqu’en 1919.

Et puis vient le temps du retour des soldats du front, du recueillement et de la mémoire. Un monument aux morts est érigé en 1921 : y figurent 26 hommes morts à la guerre, un soldat a été oublié. Les veuves de guerre bénéficient d’une aide.

La vie reprend. Un nouveau maire, Thircis Rahire, est élu en 1925. Il lance Monthoiron dans de nouveaux développements, s’intéresse au patrimoine local, à l’école. Il crée le corps des pompiers.

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Claudine Pauly nous a invité à partager une tranche précise et concrète de la vie d’une commune du Châtelleraudais en usant d’une particularité riche de promesses : utiliser exclusivement les archives communales, après les avoir classées, ce dont tient à la remercier le premier adjoint au maire, présent dans la salle. Alors, demain, un autre épisode de l’histoire monthoironnaise, ou l’histoire d’une autre commune à travers ses propres ressources documentaires ?

 

 

 

Cartes et plans du Châtelleraudais

Cartes sur table ! Cartes aux murs, ou plus exactement sur des grilles Beaubourg, pour le 93e forum du CCHA, le samedi 18 mars 2017.

Plusieurs dizaines de cartes du Châtelleraudais et de plans de Châtellerault, connus ou inédits, étaient exposés, salle Camille Pagé, provenant des fonds d’archives de la manufacture d’armes, des archives municipales de la ville,  du CCHA et de la collection personnelle de Nicolas Jacob, directeur du Centre des Archives de l’Armement et du Personnel Civil de Châtellerault, conférencier à ce forum consacré aux « cartes et plans du Châtelleraudais du XVIIIe au XXe siècle ».

Nicolas Jacob choisit  l’ordre chronologique pour son exposé. Il l’introduit avec la première « carte géographique des postes qui traversent la France », établie en 1632, par Melchior Tavernier et présente ensuite les trois grandes phases de la cartographie française.

 

Quand, au XVIIIe siècle, les rois décident de faire réaliser la première carte générale du territoire, ils en chargent la famille d’astronomes Cassini. Cette carte est dressée à l’échelle d’une ligne pour cent toises, c’est-à-dire une échelle de 1/86 400. Un centimètre correspond à environ 864 mètres sur le terrain. C’est le début de la  triangulation géodésique : les points de repère correspondent aux sommets des quelque mille triangles qui forment le géodésique de la carte de Cassini. Les travaux des Cassini prendront plus de 50 ans.

Napoléon Ier décide l’établissement d’une carte destinée à la remplacer mais c’est la Restauration qui lance les travaux. Plusieurs échelles sont essayées. Il en résulte des cartes à usage militaire,  les cartes d’état-major à l’échelle du 1/80 000. Elles sont établies par le Dépôt de la Guerre, ancêtre du Service géographique de l’armée, remplacé plus tard par l’Institut Géographique National (IGN).

Ces cartes au 1/80 000 se présentaient le plus souvent sous forme d’une mosaïque de carrés de papier collés sur une toile, protégées par une couverture cartonnée et entoilée, pour répondre aux contraintes de terrain des militaires et gendarmes.

Lors de la Première Guerre mondiale (1914-1918), pour pallier aux difficultés de lecture de ces cartes, l’état-major choisit l’échelle au 1/50 000, avec un quadrillage kilométrique plus pratique sur le terrain.

C’est sur leur base que sont créées, après la Seconde Guerre mondiale, les cartes IGN (aujourd’hui Institut National de l’Information Géographique et Forestière)  au 1/25 000, appelées aujourd’hui cartes de randonnée où notamment, les hachures sont remplacées par des courbes de niveau.

Compte-rendu de Jean-Noël Lattwein

 

 

compte rendu du 90ème forum organisé le 22 octobre 2016

     Conférence  donnée par Marjorie Alaphilippe

«  Marie-Félix Faulcon, un député polygraphe de la Vienne en Révolution »

 

Marjorie Alaphilippe, professeure agrégée d’Histoire-Géographie au lycée Marcelin Berthelot de Châtellerault est venue présenter des extraits de la thèse qu’elle prépare sous la direction de Frédéric Chauvaud (Université de Poitiers) et de Pierre Serna ( Université de Paris I). Elle a permis au public châtelleraudais de découvrir un personnage méconnu et original.

 

Alaphilippe_Faulcon_300-191x300C’est en effet au moins connu des députés de la Vienne de 1789 que la conférencière s’est intéressée. Marie-Félix Faulcon n’a pas publié ses mémoires contrairement à Jacques-Antoine Creuzé Latouche de Châtellerault et à Antoine-Claire Thibaudeau. Pourtant, il a exercé une longue carrière politique et a traversé toute la seconde moitié du XVIIIe et la première moitié du XIXe siècles, de 1758 à 1843.

La conférencière a montré l’intérêt de la pensée politique de ce défenseur de la constitution, attaché au droit et à la conciliation entre l’ordre et la liberté. Elle le présente comme un homme libre, avec un ancrage local fort de Civray où il est né, à Poitiers où il a fait ses études de droit. Mais c’est surtout à son écriture qu’elle s’intéresse, une écriture-fleuve puisqu’il a produit 25 000 pages de manuscrits très divers, un journal intime, des récits de voyage, des poésies, des essais… Il est vrai que ce fils d’imprimeur du roi et d’une mère protestante attachée au texte était peut-être promis à une carrière d’écrivain.

Il écrit un journal des évènements du 13 au 15 juillet 1789, puis continue en 1790-1791. Il a une manière d’écrire très humaine, personnelle et indépendante. Après cette période, n’étant plus député et de retour à Poitiers, il s’efface, troublé par la Terreur, mais cherchant à ne pas se compromettre devant le Comité de surveillance de 1793. Il revient en politique en 1795 où il est choisi pour siéger au Conseil des 500. Il se rapproche de Bonaparte et devient vice-président du Corps législatif en 1803. Lors de cette période faste, il fait publier ses œuvres et acquiert une certaine reconnaissance littéraire.

Sa carrière politique prend fin avec la déchéance de Napoléon Ier et la restauration de la monarchie en 1814. De 1815 à 1843, de retour à Poitiers, il ne lui reste que la plume pour s’exprimer. Il tente en vain d’écrire ses mémoires et écrit de plus en plus de poésies, une tous les trois jours ! Ses poèmes parlent d’histoire mais assez peu de la Révolution. Jusqu’en 1830, il s’inspire de ses voyages, mais après, il est plus aigri par la disparition de sa génération et se tourne vers la lecture. La médiathèque de Poitiers a conservé ses notes de lectures : plus de 5 000 références !

Il meurt le 31 janvier 1843 dans l’indifférence générale. Ce fut pourtant un acteur de la Révolution, un écrivain polyvalent, qui a cherché par l’écriture à se donner une cohérence.

Le public a été conquis par cette présentation touchante et méticuleuse, et il a pu, à l’occasion de ce forum, profiter de l’exposition de journaux originaux des années révolutionnaires, de l’Empire et de la première Restauration prêtés par le collectionneur Francis Garnier.

Marie-Claude Albert

 

Compte rendu du 91ème forum

Le 91ᵉ forum du CCHA était consacré à « Charles de Gaulle la construction du militaire et du politique 1910-1925 ».

Lucien Jugé, maire de Scorbé-Clairvaux et président de l’association « De Gaulle, mémoire pour l’avenir » nous a présenté l’enfance, la guerre 1914-1918 et la « campagne polonaise » de Charles de Gaulle.

 

 

Charles de Gaulle est né à Lille, le 22 novembre 1890 dans une famille catholique et patriote plutôt portée vers la monarchie. Son père, Henri de Gaulle, professeur de lettres, mathématiques et histoire, a une grande influence sur lui. Élevé dans la culture de la grandeur nationale, manifestant d’emblée une propension au commandement, il affiche très tôt sa vocation pour la carrière des armes.

Après ses études secondaires, il est reçu en 1909 à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, 119e sur 221 ; il en sort bien classé, 13e rang, en 1912. Il choisit alors l’infanterie et est affecté au 33e RI cantonné à Arras, sous les ordres du colonel Pétain.

La première guerre mondiale éclate en août 1914. Le lieutenant de Gaulle se bat avec le 33ème RI. Il est blessé à la jambe le 15 août, à Dinant en Belgique, puis une deuxième fois à la main gauche ; il est d’abord commandant de compagnie puis adjoint au colonel.

Sur le champ de la bataille de Verdun, à Douaumont, le 2 mars 1916, il est laissé pour mort et reçoit une citation, à titre posthume, à l’ordre de l’armée. En fait, prisonnier en Allemagne, il est soigné d’une blessure à la cuisse gauche à l’hôpital de Mayence. Ayant tenté de s’évader à cinq reprises, il est enfermé dans plusieurs prisons dont la forteresse d’Ingolstadt en Bavière, la prison militaire de Passau et le camp de Wülzburg. Il est libéré à l’armistice après 32 mois de détention. En captivité il approfondit sa connaissance de l’Allemagne, en lit la littérature et la presse. Il fait des conférences d’ordre stratégique et géopolitique, ainsi, sur le déroulement de la guerre. Ses compagnons de captivité sont notamment le commandant Catroux et Toukhatchevski, futur maréchal de l’Armée Rouge.

Après la Première Guerre mondiale, de Gaulle s’engage à deux reprises auprès de l’Armée polonaise autonome. Créée et organisée en France, elle combat les russes.

D’avril 1919 à mai 1920, il est à la Mission militaire française du général Henrys qui participe à l’organisation générale, l’aide matérielle et l’instruction de l’armée polonaise.

De Gaulle se voit ensuite confier la tâche d’instructeur à l’école d’infanterie de Rembertow où il donne plusieurs conférences remarquées.

De juin 1920 à janvier 1921 il participe aux opérations de l’armée du sud et du centre du Général Rydz-Smigly, ce qui lui vaut une citation supplémentaire. Il rédige plusieurs documents sur son expérience et théorise la guerre de mouvement.

 

Plus de soixante-dix personnes ont pu découvrir cette période moins bien connue de la vie du premier président de la Cinquième république.

 

Compte-rendu de Jean-Noël Lattwein

compte rendu du 89ème forum du CCHA

Le CCHA présentait, à l’occasion de son 89ème forum tenu à Scorbé-Clairvaux, trois travaux du groupe de recherche sur la guerre 1914-1918 : les femmes à Châtellerault, le vote de la loi des 3 ans et le portrait de la commune qui nous accueillait, au début du siècle.

Bernard Fy nous a ainsi présenté les caractéristiques de Scorbé-Clairvaux, commune rurale de la vallée de l’Envigne, comprenant, en 1911, 1451 habitants, qu’il a qualifiée de « plus prospère du canton de Lencloître », indiquant que « pratiquement tous les ménages disposaient d’une maison ».

A partir de plusieurs sources dont les archives municipales, il a illustré cette prospérité par les deux ressources principales de la commune :

La foire agricole : 30 % des recettes inscrites au budget communal provenant des droits de placement perçus,

L’agriculture avec plus des deux tiers des actifs agricoles propriétaires, la diversité des productions tant animales que végétales dont les cultures maraichères.

Les principales dépenses portaient sur la voierie.

Les autres acteurs de la vie économique ont aussi été présentés et parmi eux, 17 artisans, des cantonniers, des  employés du chemin de fer…

Des images inédites ont illustré la vie au bourg : la chapelle Sainte Néomaye, les écoles, les fêtes (vignerons à la Saint-Vincent, laboureurs à la Sainte-Blaise…), en présence d’une fanfare de 30 musiciens…

Desservi par le chemin de fer, animé par sa foire agricole et se préparant à l’électrification, le bourg était largement  ouvert à la modernité.

 

La foire les anguillettes pour le site du CCHA

 

Françoise Metzger nous a décrit la vie des femmes à Châtellerault en 1911. Elle a rappelé l’évolution de leur statut social et de leurs loisirs (fête de charité de 1911). A la lumière du recensement de la population, elle a brossé le portrait des travailleuses : domestiques, couturières, lingères, brodeuses, mais aussi commerçantes, employées de grand magasin, des administrations de la rive droite, enseignantes ou professionnelles de santé….

 

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Alain Houisse a présenté le contexte politique dans lequel a été votée la loi des 3 ans en 1913. Il a relevé et analysé, au travers de la presse du département de la Vienne, les positions du personnel politique sur l’allongement du service militaire de 2 à 3 ans.

Les contributions de F. Metzger et A. Houisse sont disponibles dans la RHPC n°31 qui vient de paraître.

 

Jean-Noël Lattwein

Compte rendu du 88ème forum du CCHA

A propos du forum du 19 mars 2016

Pour sa deuxième conférence de l’année, le CCHA a fait appel à un de ses anciens membres, Pierrick Hervé, actuellement professeur en classes préparatoires au lycée Guist’hau de Nantes. Auteur d’une thèse sur Le deuil, la patrie, et la construction de la mémoire de la Grande Guerre, en particulier à travers l’étude des monuments aux morts de la Vienne (1998), il a orienté son propos dans une perspective nécessairement plus limitée en répondant à cette question : pourquoi la bataille de Verdun – qui ne fut pas la plus meurtrière – occupe-t-elle une telle place dans la mémoire collective ?

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Bien qu’ils soient l’objet de nombreuses rétrospectives en cette année du centenaire, les événements de 1916 méritaient d’être rappelés dans un premier temps, d’autant qu’ils font prendre à la guerre une tournure inédite. On peut parler alors de « batailles totales » dans lesquelles l’objectif affiché est de faire perdre à l’ennemi le plus grand nombre d’hommes. La volonté de Falkenhayn de « saigner » la France entre dans une stratégie globale, dont le but dernier est de réduire la puissance de la Grande Bretagne. De son côté, la France a attribué à Verdun une sorte de valeur symbolique ; aurait-elle perdu définitivement cette bataille que le cours de la guerre n’en aurait peut-être pas été changé. Mais, entre autres sous la pression du colonel Driant, on a fait de la défense de Verdun un enjeu prioritaire. La stratégie allemande et l’obstination de la défense française expliquent donc ce que fut cet enfer, où l’on a pu comptabiliser 3500 morts au km²…

De février à juillet, l’offensive allemande gagne du terrain, puis la donne s’inverse ; la bataille est « terminée » le 15 décembre, après la reprise des forts de Douaumont et de Vaux. Victoire française, mais à quel prix ? La formule « celui qui n’a pas fait Verdun n’a pas fait la guerre » donne à cette bataille un statut particulier, qui s’explique quantitativement par le nombre élevé de pertes humaines, mais aussi par ce que les soldats ont vécu pendant ces dix mois. Verdun est devenu la bataille du citoyen français dans la mesure où, « grâce au » système de « roulante » mis en place par Pétain, les deux tiers des divisions françaises y ont participé.
Le conférencier s’est attaché à décrire ce qui attendait le soldat désigné pour « monter » à Verdun, cheminement vers l’horreur dont l’organisation même pouvait lui donner le sentiment d’être conduit à l’abattoir. Certes animé par un « patriotisme terrien et défensiste », selon les termes des auteurs de Verdun 1916, Antoine Prost et Gerd Krumeich, il se retrouve exposé à un déluge de feu et à des conditions de vie totalement déshumanisantes. Pour ceux qui ont eu l’heur de survivre, s’est forgée une forme particulière de camaraderie qui a beaucoup fait pour la sacralisation de Verdun dans la mémoire collective, plaçant Verdun au sommet d’une sorte de hiérarchie militaire, puis faisant de Verdun une métonymie de toute la Grande Guerre.

Dans un dernier temps Pierrick Hervé a donc évoqué cette construction de la mémoire, une mémoire nationale et combattante, manifestée à travers des monuments (les bornes de la Voie Sacrée, le mémorial de la dite « tranchée des baïonnettes »), la médaille de la ville de Verdun, de nombreux gestes symboliques. C’est à la citadelle de Verdun que s’est faite la désignation du « soldat inconnu », en novembre 1920, par exemple. L’ossuaire de Douaumont, édifié à l’initiative de Mgr Ginisty, occupe une place importante dans la série des commémorations, 1936, 1966, 1984 (François Mitterrand et Helmut Kohl se tenant la main). Les politiques se sont emparés de cette mémoire, dont on peut se demander ce qu’elle deviendra, une fois passée l’effervescence du centenaire.
Pour information : Pierrick Hervé collabore à une plateforme numérique qui est une mine de renseignements pour qui s’intéresse à cette période de l’histoire, considérée sous l’angle du vécu des contemporains : il s’agit des documents de la famille Résal, environ 3500 lettres échangées, et une centaine de photographies, extraordinaire corpus à consulter à l’adresse plateforme1418.com.
Selon les habitudes, la conférence était accompagnée d’une exposition, rassemblant quelques objets évocateurs de l’année 1916, mais présentant principalement les unes de journaux de l’époque, classées chronologiquement. Gravures tragiques, caricatures féroces des chefs de la Triple Alliance, et dès la fin d’octobre, annonce de la défaite de Falkenhayn, puis de la reprise de Douaumont. On fera un sort particulier à La Lanterne, se préoccupant déjà de repeupler la France avec un article intitulé « Faisons beaucoup d’enfants » ; ou au « journal périodique de la vie du front », Le rire aux éclats, proclamant : « nos manuscrits sont français, ils ne se rendent pas. »

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Un double diaporama a permis d’admirer des cartes postales envoyées aux familles en 1916 : pour les unes, des productions en série de l’Inter Art Company, de Londres, cartes humoristiques destinées à une petite fille et libellées en français et en anglais ; pour les autres, dessins originaux réalisés par Jean Desailly, prisonnier à Würburg, qui contournait l’interdiction d’écrire un message au dos de la carte en dessinant au recto des images de ses activités, comme les moissons.
C’est ce genre de documents que le CCHA continue de collecter, pour entretenir non pas tant le devoir de mémoire que le devoir d’histoire.
Compte-rendu de Marie-Hélène Martin-Lambert
Photos de Bernard Fy