C.C.H.A

Centre Châtelleraudais d'Histoire et d'Archives

Association fondée en 1999, le C. C. H. A. a pour but de découvrir, protéger, exploiter et mettre en valeur l’histoire et le patrimoine du pays châtelleraudais par les recherches en archives et de témoignages.

A propos de la conférence du 15 mars 2014 « Mémoire des Hommes ».

Malgré le soleil printanier incitant à la promenade dans le parc du château, les visiteurs se pressent, ce samedi, dans la  salle du Verger, côté journaux anciens, pour découvrir cette fois-ci les numéros de la presse nationale portant sur les années 1915, 1916 et 1917. Ces  journaux sont toujours présentés par Francis Garnier qui a récemment enrichi sa collection d’un exemplaire rare d’un journal de tranchée.

Centenaire oblige et la Grande Guerre, à l’honneur, devient le thème incontournable du CCHA pour les quatre années à venir. Ce thème, nous le retrouvons aujourd’hui avec Sylvain Lebreton, notre conférencier qui nous propose  une autre façon d’entrer en contact avec l’Histoire en utilisant le site internet « Mémoire des Hommes ».

Sylvain Lebreton est chef du département des Archives de l’Armement à Châtellerault. Il  est le principal concepteur du site et c’est lui qui a porté ce projet de 2000 à 2004… Ce jeune conférencier va nous conter l’histoire de ce site, d’un réel intérêt historique qui  permet, entre autre, de consulter en ligne 1 400 000 fiches  individuelles de soldats morts pour la France entre 1914 et 1918, un défit   technologique  passionnant et parfois difficile. Entrons donc dans les coulisses du site…

Faut-il rappeler que la Grande Guerre c’est plus de 9 millions de morts et autant de dossiers individuels. Ces  archives de guerre, entreposées sur deux niveaux dans le parking sous-terrain  d’un immeuble voué  à la destruction, suscitent de sérieuses inquiétudes quant à leur devenir. Pas question de voir disparaître  les témoignages de cette guerre ainsi que ceux concernant les déportés et les prisonniers de 39-45.

Mais les bulls passent et très peu d’archives sont sauvées (seulement 1%) parmi lesquelles les 1 400 000 fiches des soldats de la guerre 14-18 ! Le reste  disparait  dans la démolition du lieu de stockage ! Sylvain Lebreton est déterminé, il faut aller jusqu’au bout de l’idée… Proposition est faite d’un projet de numérisation.  A l’époque,  en 1990, le projet est jugé irréalisable. Après bien des années et de nombreuses demandes, il est accepté en 1999 et considéré, alors, comme un projet innovant, technologiquement moderne et valorisant pour les archives.

Une équipe se crée, un budget est alloué par le Secrétariat d’Etat aux Anciens Combattants, il faut calculer au plus juste, prendre contact avec les prestataires qui vont numériser les fiches, établir un coût…Voici l’équipe confrontée au « business » ! En 2000, un marché est passé… à La Châtre. Le travail va pouvoir commencer.

Puis d’autres  problèmes surgissent  avec  l’écriture des noms africains, indochinois… et les prénoms.  Lequel est le prénom usuel, lequel doit-t-on garder ?  Il faut également mentionner sur la fiche : mort sur le front ou mort à l’hôpital…  Que faire pour un soldat mort d’une pneumonie et non pas le fusil à la main ?  7 % des décès sont d’origine médicale et les médecins consultés refusent que ces cas-là soient mentionnés. Ensuite des retards de transport avec la Poste après le 11 septembre 2001 vont perturber  considérablement le travail en cours.

En 2003, le site est bien avancé. Il faut lui donner un nom ! « poilu.fr » est refusé d’emblée ! Mais le site « Mémoire des Hommes » plaît, il est retenu. L’inauguration a lieu à Paris le 5 novembre, un peu avant le 11…

Ensuite, c’est aux médias que notre équipe doit faire face : dossier de presse à constituer, rencontres avec les journalistes des radios, de la télévision, conférences de presse devant trois caméras !   Stressant, mais un grand moment professionnel, assure Sylvain Lebreton. En 2004, le site vit enfin après quatre années de travail. Depuis, Mémoire des Hommes ne cesse de se développer. Il a beaucoup de succès auprès des professeurs, des élèves, des généalogistes, des historiens et parallèlement, le courrier afflue accompagné souvent de nouveaux renseignements !

Le site répertorie également les monuments aux morts des différentes communes ainsi que des fichiers comportant les morts de la guerre d’Algérie, du Maroc ou d’Indochine. Y sont adjoints maintenant les marins, les aviateurs et les soldats de la 2e guerre mondiale, tous morts pour la France.

Quel avenir pour le site ? En projet : répertorier les fusillés de 14-18, les réformés, les noms des morts médaillés, les Alsaciens-Lorrains enrôlés sous l’annexion, les résistants de 39-45, les troupes françaises du Levant…

Mémoire des Hommes est un site dédié aux combattants qui relie les familles à leurs morts. C’est aussi un défit technologique ainsi qu’un outil de qualité offert au public. D’autres ont pris maintenant  le site en main, l’essentiel a été fait.

Cette conférence très enrichissante a réuni une soixantaine de personnes parmi lesquelles nous avons été heureux de compter monsieur Nicolas Jacob, directeur des Archives de l’Armement, accompagné de madame Anne-Elyse Lebourgeois, archiviste, madame Sophie Brégeault, conservatrice des Musées, ainsi que monsieur Pascal Borderieux, archiviste et ses collègues Murielle Pergant et Louis Poisay.

 

Jacqueline Gagnaire

 

 

Compte rendu de la conférence La mobilisation de la manufacture 1914-1918

A  propos de… « La mobilisation de la manufacture en 1914-1918 »

 Ce samedi 25 janvier, personne n’est encore arrivé, salle du Verger, pour assister à la conférence de 16 h… mais l’effervescence règne au sein de l’équipe du CCHA  qui prépare, en plus des espaces habituels, dix panneaux destinés à accrocher des journaux d’archives relatant l’Histoire de la Grande Guerre 14-18. Monsieur Garnier, ce collectionneur qui a la gentillesse de nous faire partager sa passion, installe le déroulé historique des événements à travers la presse nationale, depuis l’attentat de Sarajevo, jusqu’en 1916. Les autres journaux de 1917 et 1918 seront exposés lors de la prochaine conférence. Illustrations et photographies ne manquent pas d’attirer les premiers visiteurs. Tout le monde lit, commente et s’agglutine au pied de ces feuilles jaunies par le temps.

Il n’est pas encore 15h… devant l’exposition « Journaux de la Grande Guerre » Copyright C. Pauly

Mais l’heure passe, la salle se remplit, il est 16 h.

Une centaine de personnes attendent les conférenciers : Marie-Claude Albert et Pierre Bugnet, co-auteurs, avec David Hamelin et Patrick Mortal, d’un récent ouvrage sur la manufacture  d’armes de Châtellerault et qui vont nous parler aujourd’hui de « la Manu pendant la Première Guerre mondiale ».

La présidente, Claudine Pauly, les présente,  puis enchaîne avec la souscription du Bordeaux-Paris, notre prochain hors-série. Elle annonce  ensuite le nouveau thème de nos recherches : la guerre 1914-1918… invitant les gens présents à participer en nous communiquant des documents de cette époque. Un album photo nous est déjà parvenu et Françoise Laurent, une adhérente, montre un mouchoir dit d’ « instruction militaire » ayant appartenu à un soldat de la Grande Guerre. Ce souvenir lui a été confié par monsieur Bussereau, 102 ans, neveu du soldat. Claudine Pauly remercie Francis Garnier pour son exposition de journaux qui se poursuivra  lors de la prochaine conférence le 15 mars.

On observe avec beaucoup d’attention « le mouchoir du Poilu ». Copyright C. Pauly

C’est Pierre Bugnet qui prend la parole en premier pour nous parler de la production de la manufacture en cette période de guerre.

En 1914, la manufacture est une usine très importante qui  n’utilise pas à plein son potentiel. Sa production est très diversifiée : armes d’épaule, mitrailleuses, éléments de pièces d’artillerie, voiturettes, boites à poudre, etc. Pendant la guerre, la production est à peu près la même, seules les quantités varient. La Manu se développe alors hors les murs, sur le site de la Brelandière et les effectifs augmentent… des hommes civils, mais aussi des femmes, des militaires et des étrangers. On passe de 1400 employés à 7000. On embauche des jeunes pas encore appelés, des réformés et des hommes plus âgés. Des mobilisés sont également détachés de leur corps et environ 3700 militaires viendront travailler à la Manu. Beaucoup, n’étant pas formés aux professions requises, occuperont des postes non qualifiés. Ils sont souvent mal perçus par la population et passent pour des embusqués… L’Armée récupère après 1915 une partie des affectés spéciaux (lois Dalbiez et Mourier).

Marie-Claude Albert prend le relais en abordant le problème de la main d’œuvre qui va temporairement remplacer les ouvriers  partant au front. Entre 1915 et 1917 les effectifs féminins, inexistants à l’origine, vont passer de 115 à 1578. Ces femmes sont manœuvres, mais en 1916 des formations leur sont proposées pour se spécialiser et devenir limeuses, meuleuses ou affûteuses.  Fin 1918, après l’armistice, on assiste à un licenciement massif de femmes. Peu d’informations sont données sur les causes réelles de cette action, mais il semble que la présence de femmes dans cet environnement d’hommes pose quelques problèmes… On voit la direction rédiger une circulaire définissant nettement le statut des femmes à la Manu. Leur travail reste basique, elles sont souvent usineuses ou visiteuses, ne font pas de travaux de force, sont séparées des hommes et sont moins payées que leurs collègues masculins. On leur reproche des petites choses comme de « flâner» ou d’être absentes de nuit… Elles encourent des sanctions qui peuvent aller de l’avertissement à l’exclusion !

Mais des avancées positives apparaissent à la fin de la guerre, peut-être grâce justement à la présence des femmes dans l’établissement… Des structures sociales nouvelles sont mises en place : une chambre d’allaitement, une garderie, les conseils d’une sage-femme.

Pour pallier le ravitaillement difficile, toujours à la fin de la guerre, on ouvre une cantine coopérative  (située dans les locaux de la Rosée du Matin) ainsi qu’une boucherie coopérative.

On aborde ensuite le sujet de la main d’œuvre étrangère. Quelques Kabyles, au nombre de 70, sont embauchés au début de la guerre, puis sont remplacés par des Chinois. En 1916, recrutés dans le cadre d’une convention avec le gouvernement chinois, ils sont là pour 3 ans. Un roulement s’établit et environ 330 Chinois viennent travailler en temps que manœuvres. Isolés de la population châtelleraudaise, ils vivent dans les baraquements d’un camp à la Brelandière et sont soumis à un contrôle particulier.

Autres étrangers venus travailler à la Manu : les Belges. Ces réfugiés, surtout des femmes, arrivent massivement au début de la guerre.  Mais en 1915, la Manu accueille un nouveau contingent de Belges, cette fois-ci ce sont des spécialistes, des armuriers.

Les conditions de travail sont pénibles. Le travail se fait par équipes de jour et de nuit,  les horaires sont lourds,  les semaines de 70 heures, l’établissement fonctionne la nuit, mais aussi  les dimanches et jours fériés. Quant aux salaires, s’ils ont été augmentés pendant la guerre, on note que le coût de la vie a été multiplié par quatre pendant cette période…

 

En conclusion, on peut dire que des avancées sociales, tardives peut-être, sont intervenues, que de nombreux militaires ont été affectés à l’établissement, que des femmes ont été embauchées et que grâce à la mobilité de la main d’œuvre, la Manu a pu faire face aux demandes que réclamait la gravité de la situation.

Et c’est avec beaucoup de curiosité et d’intérêt que des questions sont  posées à la fin de la conférence par la salle…. Il était question de la Manu, l’établissement le plus cher aux Châtelleraudais, un établissement devenu historique, chargé de souvenirs et de nostalgie.

Jacqueline Gagnaire

 

N° 23 Guerres et réfugiés

Guerres et réfugiés

Dossier : Les migrations

 Les réfugiés de Saint-Domingue en Châtelleraudais (1775-1885),  Gwénaël Murphy, p. 2

Les migrants belges,  Geneviève Millet, p. 14

Chinois et Kabyles à la Manu (1914-1918), Geneviève Millet, p. 27

Migrations à Châtellerault…quelques enseignements,  Jean-Noël Lattwein, p. 36

Conférences

Les réfugiés espagnols de la guerre civile dans la Vienne entre juillet 1936 et juin 1940, Léo Lepinçon, p. 42

Les « gens du voyage », Marie Bidet, p. 64

Les bombardements de Châtellerault, 1940-1944,  Jonathan Largeaud, p. 69

Varia

Des commerçants juifs à Châtellerault  pendant la guerre 1939-1945,  Jacqueline Gagnaire, p. 87 

La Vienne à Chitré, une activité intense jusqu’au XIXe siècle, Claudine Pauly, p. 92

Aux sources des archives

L’actualité de la recherche universitaire, Gwénaël Murphy, p. 102

Des documents inédits : Le kiosque, Geneviève Millet, p. 104

Le CCHA a comparé

Exhibitions et le village noir à Châtellerault, Geneviève Millet, p. 106

 

 

 

Châtellerault et la guerre 1914-1918 vue par Charles et Eugène Arambourou, Pierre Bugnet, Muriel Pergant

Charles ARAMBOUROU (1858-1919) et son fils Eugène (1879-1952) ont photographié les événements de la vie quotidienne à Châtellerault durant plus d’un demi-siècle, des années 1880 à la fin de la deuxième guerre mondiale.
La Ville de Châtellerault possède 17064 plaques de verre, 238 négatifs celluloïd et 9 tirages de Charles et Eugène ARAMBOUROU : 1126 plaques ont été achetées aux enchères et le reste a été donné par Monsieur André CHÊNE, photographe professionnel.
A l’occasion du 90ème anniversaire de l’armistice de 1918 les Archives municipales de Châtellerault et le CCHA ont unis leurs efforts pour présenter une sélection de ces photographies relatant divers aspects de la première guerre mondiale tels que les Châtelleraudais les ont vécus. Cinquante clichés ont été retenus, dont certains inédits. Ils ont été numérisées par André CHÊNE et Geneviève MILLET a réalisé le montage en diaporama.
Il s’agit de photographies prises dans les rues, au sein de la population, et dans des lieux publics ou privés dont la destination a été modifiée par les nécessités du moment. Par contre les institutions militaires en sont absentes, notamment la Manufacture d’armes.
La présentation commentée de ces images était accompagnée de la lecture par Pascal BORDERIEUX de lettres d’un combattant, Raoul BOUCHET. Vingt-et-une de ces photographies sont reproduites dans les pages suivantes.

La suite de l’article : Pierre Bugnet, Muriel Pergant, Châtellerault et la guerre 1914-1918

Les fêtes pendant la première guerre mondiale, Françoise Metzger

En ce début d’été 1914, malgré les tensions internationales et les menaces sur la paix, la population de Châtellerault profite au maximum des distractions offertes : concerts de la fanfare la Châtelleraudaise place de la République, de l’Harmonie au kiosque à musique,  voyages aux châteaux de la Loire ou sur le littoral breton, représentations théâtrales comme Ma tante d’Honfleur qui a fait un million de recettes lors des cent premières représentations. Le 14 Juillet a été fêté comme à l’habitude avec la retraite aux flambeaux du 13 et, le 14, un défilé des troupes et des sapeurs-pompiers suivi de manifestations sportives (gymnastique, course de vélos, envol de montgolfières) le tout rythmé par la musique et couronné par le feu d’artifice du pont Henri IV. Mais ce sont les séances de cinématographe qui attirent le plus de spectateurs, avec deux salles équipées, au Théâtre et rue Bourbon. Les avis sont partagés sur la qualité des programmes comme en atteste cette chronique anonyme du 20 juin 1914 signée  l’Observateur. « Chaque soir les promenades de notre ville sont sillonnées par de nombreux promeneurs amenés par les séances de cinématographe en plein air données par quelques cafés de la ville. Le dimanche en particulier, il y a une affluence extraordinaire de curieux. Rien de surprenant car, avec la vie chère, on aime bien les spectacles qui ne coûtent rien […]. Il faut convenir que ces spectacles de photographies animées sont vraiment intéressantes, mais il y a une chose de bien choquante, c’est de voir cette quantité d’enfants être déjà les spectateurs de tous les vices de l’humanité : mauvais ménages, querelles de famille, scènes d’adultères, liaisons irrégulières etc. etc. en un mot tout ce qui constitue les tares de notre société. […] Il me semble que si j’étais le maire de Châtellerault, je tolèrerais bien tous les cinémas en plein air, mais à condition qu’ils ne donnent que des films qui ne soient pas contraires à la moralité.»

 

La suite de l’article : Françoise Metzger, Les fêtes pendant la première guerre mondiale