Compte rendu du Forum du CCHA du samedi 17 novembre 2012 : « Eugène Turquand et sa famille, une figure châtelleraudaise au XIXe siècle »

Samedi 17 novembre 2012, le Centre Châtelleraudais d’Histoire et d’Archives recevait, Laurent Mastorgio, docteur en histoire et professeur au collège George Sand. Il était déjà venu il y a deux ans nous parler de la famille Creuzé. C’est avec plaisir que nous le retrouvons aujourd’hui, devant une soixantaine de personnes, pour nous présenter « Eugène Turquand et sa famille, un châtelleraudais au XIXe siècle ». Les présentations d’usage faites par Claudine Pauly, présidente, Françoise Metzger nous parle un peu plus du conférencier, passionné de recherches historiques et qui a écrit plusieurs textes concernant d’autres personnalités châtelleraudaises.

Mais qui est donc Eugène Turquand, grand inconnu de notre rencontre ? Grâce à l’art de notre conférencier qui mêle à de grandes connaissances un contact indéniable avec le public et un soupçon d’humour, Eugène Turquand nous est conté avec brio. Nous découvrons alors cet homme né en 1789 et mort en 1868 qui a vécu le changement de siècles, les successions de régimes et qui fut entouré, en partie grâce à ses liens familiaux, des noms les plus prestigieux que comptait notre ville et ses environs : les Creuzé, Proa, Treuille, de la Fouchardière, de la Tour Girard…. nous côtoyons un homme effacé qui aurait pu profiter de ses relations pour accéder aussi à la notoriété comme un Creuzé ou un Proa. Il est secrétaire à la sous-préfecture, il y restera quarante ans, plus ou moins dans l’ombre bien qu’il y ait assuré des intérims de plusieurs sous-préfets, mais toujours, avec beaucoup d’inquiétude et avec la peur de ne pas réussir. Eugène Turquand a également des responsabilités publiques dans la commune de Colombiers, autant d’activités qu’il assume avec conscience, dévouement et honnêteté. Les Turquand sont de tradition bourgeoise et le plus souvent négociants comme Victor, le père d’Eugène. Ils sont protestants à l’origine mais abjurent en 1685. En 1812, il épouse Sophie Proa, fille de Jacques-Louis Proa et de Sophie Creuzé, une belle alliance de laquelle naîtront deux filles. Le voilà entré par son mariage dans la bonne société. Un peu plus tard, les problèmes financiers de son père le soucient beaucoup. Victor Turquand est négociant en vins, liqueurs, blé…et si les affaires ont été florissantes, il finit ruiné. Son fils essaie de l’aider, mais en vain et refuse la succession. Plusieurs autres héritages, dont celui de sa mère, constitués surtout de biens immobiliers, pourraient l’aider à changer sa vie…mais il n’en fait rien et revend systématiquement les biens reçus. Que fait-il de l’argent ? Sans traces de ces transactions, on peut supposer que ses filles bénéficient de ses largesses, tout en se constituant pour lui-même quelques rentes bien utiles, son traitement de secrétaire étant plutôt maigre. Mais le conférencier nous réserve pour la fin un curieux document écrit en 1865 par Eugène Turquand : une prière de 32 pages par laquelle il s’adresse au Seigneur pour attirer sa Grâce sur sa femme, ses filles, sur lui-même, sur le monde… On découvre alors qu’il demande à Dieu que sa femme soit douce et aimante… que règne la paix et l’ordre entre sa femme, la domestique et lui-même, n’oubliant pas la communauté des vivants et des morts. Il prie aussi dans les derniers temps pour sa femme malade qui décède un an après lui, en 1869.

Eugène Turquand fut de toute évidence un homme de bien, sans ambitions peut-être, mais bon fils pour son père Victor, bon père pour ses filles, sans doute bon époux… et homme de Foi tourné vers Dieu avec conviction.

La lecture des passages de cette prière, a changé l’atmosphère de la salle, le public réagit, participe, sourit, s’agite… c’est alors qu’une simple conversation s’engage avec le conférencier. Les gens, curieux, demandent des informations supplémentaires à propos de cet homme inconnu, devenu en quelques heures le centre de nos préoccupations, lui qui avait pourtant tout fait pour rester dans l’ombre.

Jacqueline Gagnaire

Compte rendu sur 69e FORUM du C.C.H.A du 13 octobre 2012 : Médecins, sages-femmes et autres professionnels de santé du Châtellleraudais au XIXème siècle

Pour la première conférence de sa saison, le Centre Châtelleraudais d’Histoire et d’Archives a posé ses micros à la Grange de Targé où environ soixante-dix personnes sont venues écouter Maria Desmurs parler « Des médecins, sages-femmes et autres professionnels de santé en Châtelleraudais au XIXe siècle. »

Marie-Claude Albert en charge des conférences, présente Maria Desmurs. Née en Italie, naturalisée française, elle suit des études en France qui lui permettent de devenir documentaliste. A son arrivée à Châtellerault en 2000, elle rejoint le C.C.H.A et son groupe de recherche.

L’histoire des personnels de santé qu’elle nous propose, va permettre de suivre l’évolution de ces professions au sein de notre société. Un peu d’histoire nous mène en 1789. A cette époque trop de charlatans exercent leurs talents, aussi des formations sérieuses sont-elles proposées à ceux qui veulent pratiquer un métier de santé. Dans un premier temps, ces apprentissages se font dans le milieu militaire. En 1794, des écoles de santé ouvrent à Montpellier et à Strasbourg. A son tour, Bonaparte s’intéresse vivement à ces écoles et demande qu’y soient délivrés des certificats donnant le droit d’exercer.

Différentes catégories de praticiens apparaissent : médecins, chirurgiens, pharmaciens, sages-femmes. Selon la durée des études, plus ou moins longues, on peut pratiquer son art dans toute la France, dont Paris ou bien seulement sur le plan local.

Suit une analyse de la répartition des professionnels de santé dans le Châtelleraudais au XIXe.

Des listes de noms de médecins ayant exercé dans les communes de la région sont affichées et peuvent être consultées. Il est évident que les communes bien peuplées et situées près de routes accessibles accueillent un plus grand nombre de médecins. Plus tard, ils seront mieux répartis grâce à la politique des communes et du gouvernement.

Au début du siècle, des cours gratuits sont mis en place pour former médecins, pharmaciens et sages-femmes, ce qui va permettre aux classes moins aisées d’accéder à ces professions. Jusque là, seules les familles de bourgeois, de notables ou de riches marchands y avaient leur place. Aucun tarif n’étant établi, chaque praticien est rémunéré en fonction de la fortune de ses clients… de nombreux médecins et surtout des sages-femmes ont parfois des difficultés à survivre dans les campagnes pauvres.

En 1835 des aides du Conseil Général sont les bienvenues pour ouvrir d’autres cours, surtout pour les sages-femmes auxquelles on demande de savoir lire et écrire…

Vers le milieu du siècle le nombre de praticiens augmente en même temps que la population.

A Châtellerault, l’ouverture de la manufacture d’armes, faubourg de Châteauneuf, favorise l’installation de médecins dont deux habitent Châteauneuf, alors que c’est plutôt en centre ville qu’ils s’installent.

Dans l’ensemble, les praticiens qui exercent dans le département y sont nés et s’ils étaient issus de familles aisées à une époque, ils ont des origines de plus en plus modestes. Il n’est pas rare, dans certaines familles, d’être médecin de père en fils…c’est le cas de familles châtelleraudaises, comme celles du Dr Martineau et du Dr Mascarel dont Maria Desmurs nous conte l’histoire.

Ensuite, le dialogue s’établit entre le public, la conférencière et Marie-Claude Albert pour apporter réponses et précisions à certaines interrogations.

Et c’est sur ces propos animés que se termine cette conférence fort intéressante.

Compte-rendu de Jacqueline Gagnaire