C.C.H.A

Centre Châtelleraudais d'Histoire et d'Archives

Association fondée en 1999, le C. C. H. A. a pour but de découvrir, protéger, exploiter et mettre en valeur l’histoire et le patrimoine du pays châtelleraudais par les recherches en archives et de témoignages.

Trente documents qui font Châtellerault

Le 101e forum du CCHA a réuni soixante-dix personnes ayant bravé les barrages des « gilets jaunes », une performance, pour répondre aux devinettes proposées par les archivistes : identifier une trentaine de documents sélectionnés par eux. Ces documents utiles aux administrés ou prisés par les historiens seront exposés en fin de semaine aux Archives de la ville.

Pascal Borderieux, responsable de ce service,  a souligné l’importance de certains documents qui permettent de justifier une démarche ou d’éclaircir une situation familiale : les registres de l’état civil, les registres de l’hospice pour les pupilles de la nation, le cadastre ou la liste des juifs recensés à Châtellerault 1942….

Ce voyage dans le temps a permis de présenter :

les demandes d’alignement de 1807 ; les 4000 licenciés de la Manu en 1895, les factures de commerçants (exemple, la quincaillerie Quillet, 1926) ; les documents de l’Harmonie municipale, le registre des délibérations du Conseil municipal, véritable « boite noire » locale ; les registres d’état civil, illustrés par l’acte de baptême d’une esclave en 1756 ;

les collections particulières des maires : les 258 livres dédicacés à Edith Cresson ; la revue « Poitou-Charentes Expansion» dirigée par Pierre Abelin de 1972 à 1977 ; les lettres de cabinet du maire ;

une collection particulière : les programmes de théâtre conservés par Henri Labbé de La Mauvinière ;

des documents précieux : le plus vieux document conservé, de 1404 ; le journal du Révolutionnaire Jacques César Ingrand ; la carte postale envoyée de Nieuport en 1919 par Admira Derouau, ancien maire ; le plan d’urbanisme de 1945 ;

des inédits : des lettres de l’armée belge non ouvertes envoyées en 1940, le recensement de la population de Targé en 1836 ;

de s’arrêter sur :

des dates : le sauvetage du pont Henri IV (lettre du Sous-Préfet du 19 septembre 1946) ; le résultat du référendum local du 28 mai 1951 sur la reconstruction de la flèche de l’église Saint-Jean-Baptiste ; l’ouverture du supermarché Mammouth relatée par  la Nouvelle république en 1969 ; le dessin de l’horloge de la Résidence Rasseteau,  avenue Pierre Abelin en 1988 ;

des projets non aboutis : la rénovation de Châteauneuf en  1962,  un projet de tramway en juillet 1898 ;

des documents iconographiques : des planches éducatives des Editions Rossignol ; l’affiche du comité républicain 25 février 1848 ; l’affiche du comice agricole de Chaslin ; une aquarelle du projet de jardin public d’Henri Martinet en 1892 ; le lavis de la porte Sainte-Catherine en 1805.

des photos : la place Dupleix, en 1948, avant la reconstruction des halles ; l’enterrement de Louis Ripault en 1953 ; le lycée Berthelot en 1953, avant sa reconstruction sur l’emplacement du couvent des Cordeliers ; la sortie des ouvriers de la Manu en août 1948 ; une voiture de la course automobile Paris-Madrid de 1903.

 

 

N°36 De l’avant-guerre à l’après-guerre 14-18

Henri Doucet (1883-1915) : un destin foudroyé, Marie-Hélène Martin, p.2-16

Henri Denard, inspecteur primaire à Châtellerault, sergent d’infanterie lors de la Grande Guerre, Claudine  Pauly, p.17-21

Regards de femmes sur la guerre à travers leur correspondance (1914-1918), Marie-Claude Albert, p.22-35

Des échanges de colis pendant la Grande Guerre Le vécu de deux soldats du Châtelleraudais, Bernadette Asselin, p.36-50

Les tombes de la Première Guerre mondiale au cimetière Saint-Jacques de Châtellerault, Françoise Metzger, p.51-57

Varia

Mai 68 à Châtellerault. Trois approches : syndicale, historique, politique,

Joseph Chotard, David Hamelin, Paul Fromonteil p.58-67

Conférences

La libération en chansons, Jean-Marie Augustin, p.80-85

Colette Lebeau, victime du travail obligatoire en Allemagne (1943-1945),

présentée par Marie-Claude Albert et Anne-Marie Collin, p.86-91

Une saga en Châtelleraudais : les Dufaulin-Hérault

La conférence-rencontre coorganisée et présentée par le service Pays d’Art et d’Histoire de la CAGC et le CCHA, le samedi 29 septembre 2018, au théâtre Blossac, est l’aboutissement d’un travail de recherches documentaires et généalogiques de près de deux ans.

Le point de départ est un fonds photographique exposé à Monthoiron à l’occasion de la manifestation Un village, des patrimoines. Comment identifier les lieux et les personnages ?

Grâce à un travail patient et persévérant de Claudine Pauly, des réponses apparaissent : il s’agit de la propriété des Sains, à Monthoiron, appartenant à la famille Dufaulin, dont elle a retrouvé des descendantes. Celles-ci, Dominique Hurel et Marie-France Vandier, retracent d’abord les origines protestantes de cette famille depuis le XVIIe siècle et déroulent le fil généalogique. Les personnages centraux de cette saga s’avèrent être Amédée et Amélie Dufaulin, mariés en 1848, et leurs deux filles Amélie et Lucy, respectivement arrière-grands-mères de M.-F. Vandier et D. Hurel. L’accent est mis sur Amédée, gérant de l’un des premiers grands magasins parisiens, Les Trois Quartiers, sur Lucy, au caractère bien affirmé qui chasse, peint, sculpte et épouse le peintre Charles Gautier, sur Maurice Languereau, un autre membre de la famille, créateur de La Semaine de Suzette, magazine qui voit naitre, d’abord modestement, un personnage promis à un grand succès : Bécassine. La fille ainée du couple, Amélie, épouse en 1872 un personnage qui n’en est encore qu’au début d’un parcours politique riche et long puisque s’étendant sur plus de 40 ans : Alfred Hérault, député, conseiller général, président du Conseil général de la Vienne, Premier président de la Cour des Comptes.

En conclusion de la conférence, le public a été convié, salle de la Redoute, à retrouver, sur plus de 40 photographies, les personnages évoqués ainsi que des scènes de la vie quotidienne aux Sains.

  1. Hurel a dédicacé deux de ses ouvrages : Le défi d’Augustine et La Baronne, tandis que M.-F. Vandier a présenté les Souvenirs d’Alfred Hérault.

N°35 De l’avant-guerre à l’après-guerre 14-18

Ainsi allait Monthoiron entre 1910 et 1926, Claudine Pauly p.2

Le fabuleux destin d’Angel Pichon un jeune paysan de Dangé pendant la grande guerreFrançoise Allignet p. 17

Un poilu d’Archigny : Ernest, Daniel Martin Françoise Glain, p.32

A la recherche des croix de bois du Châtelleraudais ou les sépultures des soldats locaux dans les nécropoles nationales, Bernard Fy

varia

La presse de Châtellerault sous la Monarchie de Juillet Alain Houisse, p.57

1942, souvenir d’enfant Arlette Banos, Marie-Claude Albert, p.68

conférences

Cartes et plans du Châtelleraudais du XVIII au XX siècle présentée par Nicolas Jacob, p.83

Des archives filmées de la Défense nationale dans les manufactures d’armes françaises 195-1919 présentée par Véronique Goloubinoff, p.89


Compte- rendu du forum du 26 mai

Résidant dans un autre département et une autre région, c’est en voisin que monsieur Romain Taillefait, responsable de la Maison du Souvenir de Maillé, est venu le samedi 26 mai nous remémorer une page douloureuse de notre histoire : 25 août 1944, Maillé. Histoire et mémoire d’un massacre oublié.

Il nous a tout d’abord proposé un film d’1/2 heure composé de témoignages de survivants recueillis en 1984 : l’arrivée des allemands dans le village, les exactions et le massacre systématique (124 victimes), la volonté d’écraser le village par une destruction au canon. Le film évoque aussi le procès en 1952 mais largement passé sous silence, la reconstruction rapide du village grâce à l’aide financière d’un couple d’Américains, la mémoire vive ou obturée des survivants durant toutes les années d’après-guerre.

A l’issue de ce film très émouvant car fondé sur l’humain, le conférencier replace l’événement dans le contexte national : débarquées le 6 juin en Normandie, les troupes alliées descendent vers la Loire tandis que d’autres gagnent Paris qu’elles libèrent ce même 25 août. Puis, à l’aide de cartes aériennes du village et de ses environs,  il expose les caractères et le déroulement chronologique de l’événement : la présence, à proximité, du camp de Nouâtre dont les troupes allemandes ont fait une base de ravitaillement – les sabotages en août 1944 sur la ligne de chemin de fer traversant la commune – une fusillade improvisée contre deux voitures allemandes dans la soirée du 24 août – la venue de troupes allemandes en provenance de Châtellerault très tôt le matin du 25 et qui doivent se cacher dans un bois pour échapper au mitraillage de l’aviation alliée sur un convoi ferré – l’entrée de la colonne allemande vers 9 h 30 par le sud du village – le massacre systématique, y compris dans les fermes isolées jusqu’à midi, avant le retour à Châtellerault – le bouclage des lieux par un cordon de troupes – le pilonnage par l’artillerie allemande de la partie nord du village.

Monsieur Taillefait a ensuite choisi de donner la parole aux membres du public. Un témoignage émouvant est apporté par un auditeur de la conférence, âgé de 10 ans en août 1944 et présent à moins de deux kilomètres de Maillé. Les questions principales portent sur les auteurs du massacre, leur provenance, leur motivation, les manifestations et les raisons de l’« oubli » auquel le village a dû faire face durant des décennies, le rôle de la Maison du Souvenir. Le conférencier y répond point par point en s’appuyant sur des documents sélectionnés. Il s’agit d’éléments de la 17e Panzer Grenadier Division SS Götz von Berlichingen, stationnés à Châtellerault, présence tragiquement confirmée par l’exécution le même jour de cinq personnes près du lycée Berthelot par d’autres membres de cette division. La volonté est de frapper pour terroriser, faire pression. D’autres villages frôlent le massacre : Bonnes, Bonneuil-Matours. A partir de juin 1944, la France est considérée comme terre hostile, l’Allemagne pense qu’elle peut encore gagner la guerre mais qu’il faut imposer la terreur comme à Ascq, Tulle et Oradour. Alors que ce dernier a été pris en charge sur le plan mémoriel dès 1946 pour en faire un symbole, un exemple, rien de tel pour Maillé, et la mémoire est enfouie dans les terrassements de la reconstruction pour 50 ans.

Depuis 1994, les archives départementales, des historiens Français, Anglais, Allemands travaillent sur la question ; un comité d’habitants s’est mis en place débouchant sur la création de la Maison du Souvenir. Au-delà de la relation des faits et de l’expression des témoignages, sans rien occulter de la violence, elle s’emploie à œuvrer au rapprochement des jeunesses françaises et allemandes dans une Europe en paix.

 

La dame d’Availles : compte-rendu de conférence

98e forum du CCHA consacré à la vie et l’œuvre de

Cora Robinet – Millet,

présentée par Gloria Godard

Cora Robinet nait à Paris en 1798 dans une famille bourgeoise, d’un père bourguignon et d’une mère nantaise. Rien ne la dispose alors à la carrière éclectique qu’elle allait suivre. La mort prématurée de sa mère alors qu’elle avait douze ans, a probablement contribué à forger son caractère. Attitude singulière pour une femme au XIXe siècle, elle choisit son époux, François Millet, qui est le frère de sa mère. Cette situation familiale particulière nécessite cependant une dispense obtenue du roi Louis XVIII. Son mari étant nommé sous intendant militaire à Châtellerault, le couple s’installe au domaine de la Cataudière, commune d’Availles-en-Châtellerault où, profitant de l’éloignement du mari pour raisons professionnelles, elle dirige le domaine et y installe une ferme. Quatre enfants naissent de cette union et ils profitent de l’esprit visionnaire de leur mère qui les élève de manière égalitaire, nous sommes alors dans les années 1830.

L’agronome

À partir de 1838, la sériciculture, l’art « d’éduquer » les vers à soie, va occuper une partie significative de sa vie en pays Châtelleraudais. Il s’agit d’installer une magnanerie et de développer cette activité originale au domaine. Cet élevage, partant de la couvaison d’œufs de papillons bombyx, passant par le nourrissage des larves et finissant par la récolte du fil enveloppant leurs cocons, le fil de soie, est complexe et peu diffusé en France. La méticulosité d’une femme et d’une mère est adaptée à cette activité permettant d’obtenir des résultats, progressifs et probants. L’alimentation de cet élevage avec des feuilles de murier blanc, nécessite la plantation de ces arbres en quantité adéquate sur les terres du domaine, soit deux hectares. Esprit innovant, elle s’essaie à la génétique des lépidoptères avec des résultats contrastés. La tentative de coloration des œufs pour obtenir du fil de soie coloré n’aboutit pas. Elle obtient par croisement une nouvelle race de papillon baptisée Cora.

Militante féministe avant l’heure, elle profite de la présentation de cette activité pour inciter les femmes à se mêler d’agriculture, premier pas vers l’émancipation.

En 1850 la Cataudière est vendue et la famille Millet se déplace en Touraine.

Chroniqueuse, femme de lettres et encyclopédiste

Son activité d’écriture est éclectique : conseils aux jeunes filles pour choisir un mari, puériculture, publication de manuels scolaires d’agriculture destinés aux filles.

Son œuvre majeure en 1845, La Maison Rustique des Dames est une véritable encyclopédie de la vie rurale au XIXe siècle : organisation des jardins potagers et fruitiers, choix de variétés, recettes et menus de repas pour chaque jour de l’année. Cet ouvrage sera l’objet de 20 éditions successives et sera traduit en trois langues.

En 1868 elle publie La Maison Rustique des Enfants. C’est un manuel d’éducation qui apprend les bonheurs simples de la vie rurale. Elle est adepte avec réserves de Jean-Jacques Rousseau car : « Ce n’est qu’un homme… »

Cora Robinet -Millet est admise en tant que première femme à la très masculine Société d’Agriculture. C’est aussi la première Française titulaire du grade de Chevalier du Mérite Agricole, le célèbre « poireau », en reconnaissance de son influence sur la profession.