C.C.H.A

Centre Châtelleraudais d'Histoire et d'Archives

Association fondée en 1999, le C. C. H. A. a pour but de découvrir, protéger, exploiter et mettre en valeur l’histoire et le patrimoine du pays châtelleraudais par les recherches en archives et de témoignages.

Compte rendu du Forum du CCHA du samedi 16 mars 2013 :  » L’assistance municipale à Châtellerault « 

Quatorze heures… une heure peu habituelle pour une conférence ! Une quarantaine de personnes pourtant étaient présentes pour entendre notre conférencière, Marie-Claude Albert, venue nous parler de « L’assistance municipale à Châtellerault et dans les villes de l’ouest de 1938 à 1950 ».

Marie-Claude Albert, docteur en histoire, professeur agrégé au lycée Berthelot de Châtellerault, nous a présenté un extrait de sa thèse de doctorat soutenue à l’université de Paris I en 2008 et qui n’est pas encore publiée. Cette chercheuse infatigable, auteur de nombreux écrits dont un ouvrage très complet sur « Châtellerault sous l’occupation », est une spécialiste d’histoire contemporaine et particulièrement de la Seconde Guerre mondiale.

La conférence débute avec cette citation du maire de Suresnes en 1938  qui assure que « c’est la commune qui doit constituer le noyau le plus actif d’émancipation et de progrès social. »

Le ton est donné.

Dans les années qui suivent la Première Guerre mondiale et jusqu’en 1938, partagée entre crises et héritages républicains (1789, 1848, la Commune, la Troisième République) l’assistance municipale s’organise. Le maire et ses conseillers président le bureau d’assistance obligatoire avec entre autres, l’aide médicale gratuite. Cependant, la bienfaisance privée, souvent d’origine confessionnelle, a toujours son rôle. Créé au plan national par la loi du 7 frimaire an V (27 novembre 1796), le Bureau de Bienfaisance naît à Châtellerault par arrêté préfectoral du 11 frimaire an XI (2 décembre 1802) dispensent des soins à domicile aux indigents malades qui reçoivent également des dons en nature. Mais dans la majorité des cas, on a recours au placement dans les hospices. D’où proviennent les aides ? Le plus souvent de sources privées : quêtes, spectacles, bals de charité, dons et legs, bien qu’une subvention de l’Etat soit versée aux communes. En 1913, à Châtellerault par exemple, une fête de bienfaisance est organisée au profit des sinistrés de la grande inondation du mois de mars (6, 50 m).

 

Les ateliers Jehanne d’Arc, coll. particulière

A cette époque, l’assistance privée est importante avec le Cercle catholique créé par le chanoine de Villeneuve. Toujours à Châtellerault, les ateliers Jeanne d’Arc proposent une aide par le travail en accueillant des jeunes filles démunies qui font de la couture et de la broderie. Dans le même temps, un courant nouveau apparaît dans les communes : l’hygiénisme social, qui vise à protéger les populations pauvres de la maladie, en particulier de la tuberculose. Des campagnes de vaccination sont alors organisées. Mais cet « hygiénisme » qui pourra parfois confiner à  « l’eugénisme », applique une sélection sociale et mentale allant jusqu’à l’enfermement de certains malades. Après la première guerre mondiale, l’Etat prend en charge les orphelins de guerre, les Pupilles de la Nation. On voit aussi apparaître des cantines municipales et des logements peu chers. En 1938 et en 1939, des contradictions apparaissent dans cette politique de secours qui procède à plus de contrôle et d’exclusion auprès des populations indésirables.

Pendant la guerre, entre 1940 et 1944, la mainmise de Vichy va renforcer ce contrôle et cette exclusion, on le verra également avec la communauté juive. En 1939, c’est le secours national qui gère toutes les œuvres sociales. En 1943, à Châtellerault, les aides, sous forme de propagande vichyste et nazie, vont être réparties entre les prisonniers, l’aide aux mères, les orphelins, les sœurs de la Sagesse pour leur assistance aux malades, la Croix Rouge…

 

Une « maison des prisonniers » qui vient en aide aux prisonniers et à leurs familles, ouvre rue Georges Clémenceau. D’autres personnes dans le besoin, dont certains réfugiés, reçoivent des secours de la mairie après avoir rempli un questionnaire justifiant de leur précarité. A cette époque on assiste à l’instrumentalisation de l’aide par le régime en place et l’occupant.

 

La maison du Prisonnier, © A. A., 2013

 

Après la guerre, en plus des problèmes ordinaires dus aux privations, il faut assurer l’accueil des déportés, des ouvriers du STO et des prisonniers de guerre. Louis Ripault a repris sa place à la mairie assurant que « la misère appelle la hardiesse », qu’il faut faire face et avancer. Il prône le régime de prévoyance et d’assistance. Ses allocutions sont en faveur de la natalité et contre les fléaux sociaux.

Entre 1948 et 1960, on assiste au retour de la politique sociale : la carte pour les « économiquement faibles », la création d’un bureau communal d’action sociale qui mène une politique générale d’aide à la population sans catégoriser. C’est aussi la création des DASS, d’une caisse locale de Sécurité Sociale, des allocations pour le logement…

Marie-Claude Albert conclut en reprenant rapidement les principaux points de sa conférence : la politique d’assistance d’avant la guerre qui s’est acheminée vers un durcissement de l’exclusion, la gestion en urgence des années d’occupation, pour arriver enfin, dans les années « cinquante », à la mise en place d’une véritable politique sociale.

Compte rendu de Jacqueline Gagnaire

Retour sur la conférence dédiée à Clément Krebs du 26 novembre dernier

Le samedi 26 novembre, la salle de la Grange de Targé accueillait soixantaine-dix personnes environ venues faire plus ample connaissance avec Clément Krebs. Les recherches du conférencier, historien, Alain Houisse, membre du CCHA ont permis de mettre en lumière ce personnage châtelleraudais.

Clément Krebs, est connu de tous…une rue, une place, une école portent son nom sur la rive gauche de la Vienne, à Châteauneuf. Mais c’est surtout du personnage politique et du socialisme municipal dont va nous parler Alain Houisse.

Après les présentations du conférencier successivement par Claudine Pauly, Présidente et Marie-Claude Albert en charge des conférences au sein de l’Association, Alain Houisse prend la parole.

Clément Krebs est issu d’une famille de migrants alsaciens. Comme beaucoup d’autres, les Krebs doivent quitter leur pays pour venir à Châtellerault, la manufacture d’armes du Kligenthal où ils travaillent étant sur le point de fermer. Jacques Krebs, le grand-père de Clément, arrive avec femme et enfants dans les années 1830/1835 et sont logés sur le site de la manufacture dans le bâtiment réservé aux ouvriers travaillant dans les ateliers des armes blanches. Puis les garçons grandissent, vont travailler à la « manu » et se marient…

Clément naît en 1850 en notre ville. Plus tard, la famille Krebs s’installe rue Saint Marc, l’actuelle rue Clément Krebs.

En 1864, à 14 ans, Clément devient armurier lui aussi, comme les hommes de la famille. Il est plus précisément « monteur de sabre », très compétent et fait preuve d’une grande technicité.

Mais Clément Krebs est aussi une personnalité politique châtelleraudaise qui consacre une partie de sa vie à l’action publique au sein du conseil municipal, incarnant un socialisme réformiste, non marxiste.

Elu municipal engagé, largement choisi par les électeurs de Châteauneuf où il vit, il reste vingt-deux ans dans la fonction et devient adjoint au maire les quatre dernières années de sa vie. La tâche est rude… car mettre ses idées sociales en pratique dans une cité industrialisée, oui, mais il faut compter avec les milieux ruraux proches, opposés à ses idées et qui créent de sérieuses complications. Krebs ne se fait pas toujours entendre. Les grosses commandes d’armes passées, un malaise apparaît dans le milieu ouvrier, des difficultés économiques surgissent en même temps que des problèmes financiers à la mairie, dues au mode de gestion. Clément Krebs prend vite conscience de la dégradation de la vie ouvrière et se bat, au nom de ses idées, pour améliorer le sort des plus démunis de ses concitoyens. Son action est permanente.

Sa vie syndicale, aussi, est active au sein du parti, il est sur tous les fronts.

L’ouverture de la Bourse du Travail en 1911, rassure un peu Clément Krebs qui voit dans cette initiative le moyen de prendre en compte le sort des ouvriers sans travail et la possibilité pour eux de se faire entendre par la voix syndicale.

Toujours soucieux du bien-être de ses concitoyens, il soulève même des sujets très actuels… il pense, par exemple, que les produits déversés par la « manu » dans la rivière peuvent provoquer des nuisances, surtout à proximité du lavoir et cherche une solution. Dans un tout autre ordre d’idée, il s’oppose vivement à une éventuelle privatisation de la « manu »…Ce ne sont là que deux petits exemples….

Clément Krebs est hospitalisé et décède quelques mois plus tard en 1914. Ses obsèques ont lieu le 6 mai à Châtellerault où une foule considérable, évaluée à plusieurs centaines de personnes, accompagne son cercueil dans la plus grande dignité jusqu’à sa tombe au cimetière de Châteauneuf.

Suite à la conférence, quelques questions sont posées par le public, un dialogue s’instaure avec le conférencier et c’est sur ces échanges que prend fin l’après-midi consacré à Clément Krebs.