Association fondée en 1999, le C. C. H. A. vise à la découverte, la sauvegarde et la promotion du patrimoine documentaire du Pays châtelleraudais.

Association fondée en 1999, le C. C. H. A. vise à la découverte, la sauvegarde et la promotion du patrimoine documentaire du Pays châtelleraudais.

Compte- rendu du forum du 26 mai

Résidant dans un autre département et une autre région, c’est en voisin que monsieur Romain Taillefait, responsable de la Maison du Souvenir de Maillé, est venu le samedi 26 mai nous remémorer une page douloureuse de notre histoire : 25 août 1944, Maillé. Histoire et mémoire d’un massacre oublié.

Il nous a tout d’abord proposé un film d’1/2 heure composé de témoignages de survivants recueillis en 1984 : l’arrivée des allemands dans le village, les exactions et le massacre systématique (124 victimes), la volonté d’écraser le village par une destruction au canon. Le film évoque aussi le procès en 1952 mais largement passé sous silence, la reconstruction rapide du village grâce à l’aide financière d’un couple d’Américains, la mémoire vive ou obturée des survivants durant toutes les années d’après-guerre.

A l’issue de ce film très émouvant car fondé sur l’humain, le conférencier replace l’événement dans le contexte national : débarquées le 6 juin en Normandie, les troupes alliées descendent vers la Loire tandis que d’autres gagnent Paris qu’elles libèrent ce même 25 août. Puis, à l’aide de cartes aériennes du village et de ses environs,  il expose les caractères et le déroulement chronologique de l’événement : la présence, à proximité, du camp de Nouâtre dont les troupes allemandes ont fait une base de ravitaillement – les sabotages en août 1944 sur la ligne de chemin de fer traversant la commune – une fusillade improvisée contre deux voitures allemandes dans la soirée du 24 août – la venue de troupes allemandes en provenance de Châtellerault très tôt le matin du 25 et qui doivent se cacher dans un bois pour échapper au mitraillage de l’aviation alliée sur un convoi ferré – l’entrée de la colonne allemande vers 9 h 30 par le sud du village – le massacre systématique, y compris dans les fermes isolées jusqu’à midi, avant le retour à Châtellerault – le bouclage des lieux par un cordon de troupes – le pilonnage par l’artillerie allemande de la partie nord du village.

Monsieur Taillefait a ensuite choisi de donner la parole aux membres du public. Un témoignage émouvant est apporté par un auditeur de la conférence, âgé de 10 ans en août 1944 et présent à moins de deux kilomètres de Maillé. Les questions principales portent sur les auteurs du massacre, leur provenance, leur motivation, les manifestations et les raisons de l’« oubli » auquel le village a dû faire face durant des décennies, le rôle de la Maison du Souvenir. Le conférencier y répond point par point en s’appuyant sur des documents sélectionnés. Il s’agit d’éléments de la 17e Panzer Grenadier Division SS Götz von Berlichingen, stationnés à Châtellerault, présence tragiquement confirmée par l’exécution le même jour de cinq personnes près du lycée Berthelot par d’autres membres de cette division. La volonté est de frapper pour terroriser, faire pression. D’autres villages frôlent le massacre : Bonnes, Bonneuil-Matours. A partir de juin 1944, la France est considérée comme terre hostile, l’Allemagne pense qu’elle peut encore gagner la guerre mais qu’il faut imposer la terreur comme à Ascq, Tulle et Oradour. Alors que ce dernier a été pris en charge sur le plan mémoriel dès 1946 pour en faire un symbole, un exemple, rien de tel pour Maillé, et la mémoire est enfouie dans les terrassements de la reconstruction pour 50 ans.

Depuis 1994, les archives départementales, des historiens Français, Anglais, Allemands travaillent sur la question ; un comité d’habitants s’est mis en place débouchant sur la création de la Maison du Souvenir. Au-delà de la relation des faits et de l’expression des témoignages, sans rien occulter de la violence, elle s’emploie à œuvrer au rapprochement des jeunesses françaises et allemandes dans une Europe en paix.

 

La dame d’Availles : compte-rendu de conférence

98e forum du CCHA consacré à la vie et l’œuvre de

Cora Robinet – Millet,

présentée par Gloria Godard

Cora Robinet nait à Paris en 1798 dans une famille bourgeoise, d’un père bourguignon et d’une mère nantaise. Rien ne la dispose alors à la carrière éclectique qu’elle allait suivre. La mort prématurée de sa mère alors qu’elle avait douze ans, a probablement contribué à forger son caractère. Attitude singulière pour une femme au XIXe siècle, elle choisit son époux, François Millet, qui est le frère de sa mère. Cette situation familiale particulière nécessite cependant une dispense obtenue du roi Louis XVIII. Son mari étant nommé sous intendant militaire à Châtellerault, le couple s’installe au domaine de la Cataudière, commune d’Availles-en-Châtellerault où, profitant de l’éloignement du mari pour raisons professionnelles, elle dirige le domaine et y installe une ferme. Quatre enfants naissent de cette union et ils profitent de l’esprit visionnaire de leur mère qui les élève de manière égalitaire, nous sommes alors dans les années 1830.

L’agronome

À partir de 1838, la sériciculture, l’art « d’éduquer » les vers à soie, va occuper une partie significative de sa vie en pays Châtelleraudais. Il s’agit d’installer une magnanerie et de développer cette activité originale au domaine. Cet élevage, partant de la couvaison d’œufs de papillons bombyx, passant par le nourrissage des larves et finissant par la récolte du fil enveloppant leurs cocons, le fil de soie, est complexe et peu diffusé en France. La méticulosité d’une femme et d’une mère est adaptée à cette activité permettant d’obtenir des résultats, progressifs et probants. L’alimentation de cet élevage avec des feuilles de murier blanc, nécessite la plantation de ces arbres en quantité adéquate sur les terres du domaine, soit deux hectares. Esprit innovant, elle s’essaie à la génétique des lépidoptères avec des résultats contrastés. La tentative de coloration des œufs pour obtenir du fil de soie coloré n’aboutit pas. Elle obtient par croisement une nouvelle race de papillon baptisée Cora.

Militante féministe avant l’heure, elle profite de la présentation de cette activité pour inciter les femmes à se mêler d’agriculture, premier pas vers l’émancipation.

En 1850 la Cataudière est vendue et la famille Millet se déplace en Touraine.

Chroniqueuse, femme de lettres et encyclopédiste

Son activité d’écriture est éclectique : conseils aux jeunes filles pour choisir un mari, puériculture, publication de manuels scolaires d’agriculture destinés aux filles.

Son œuvre majeure en 1845, La Maison Rustique des Dames est une véritable encyclopédie de la vie rurale au XIXe siècle : organisation des jardins potagers et fruitiers, choix de variétés, recettes et menus de repas pour chaque jour de l’année. Cet ouvrage sera l’objet de 20 éditions successives et sera traduit en trois langues.

En 1868 elle publie La Maison Rustique des Enfants. C’est un manuel d’éducation qui apprend les bonheurs simples de la vie rurale. Elle est adepte avec réserves de Jean-Jacques Rousseau car : « Ce n’est qu’un homme… »

Cora Robinet -Millet est admise en tant que première femme à la très masculine Société d’Agriculture. C’est aussi la première Française titulaire du grade de Chevalier du Mérite Agricole, le célèbre « poireau », en reconnaissance de son influence sur la profession.

Bécassine et la Grande Guerre, 27 janvier 2018, salle Camille-Pagé à Châtellerault

Devant une salle comble, Nicole Pellegrin ouvre l’année 2018 des conférences du CCHA. Chargée de recherche au CNRS, anthropologue du vêtement et historienne des femmes, elle se présente d’emblée comme « féministe et pacifiste ». C’est avec ce double regard qu’elle nous propose sa lecture des albums de Bécassine, la première héroïne féminine de bande dessinée. Inventée par deux hommes – Maurice Languereau, dit Caumery le scénariste (Claudine Pauly nous apprend qu’il séjournait à la Maison des Saints à Monthoiron où il avait des attaches familiales), et Joseph Porphyre Pinchon le dessinateur – elle voit le jour dans La Semaine de Suzette. Cet hebdomadaire qui paraît à partir de 1905, est destiné aux petites filles de bonnes familles. Les aventures de Bécassine proposées sur deux pages, sont rassemblées ensuite dans les albums édités par Gautier-Languereau. La Semaine de Suzette qui a manifesté des sentiments « anti-boches » pendant la première guerre, est interdite par les Allemands en 1940 et ne reparaît qu’en 1946. Bien avant la « ligne claire » popularisée par les dessinateurs belges, Pinchon innove avec un tracé simplifié sur fond blanc ; la mise en page est pleine de mouvement, les vignettes de textes disposée de façon irrégulière.

Anaïk Labornez (lisez « la bornée ») dite Bécassine, née à Clocher – les – Bécasses, représente la femme du peuple chassée de sa Bretagne natale par la misère : elle se place alors comme domestique à Paris. Facile à repérer dans sa robe verte – qui ne correspond à aucun costume breton authentique – armée d’un éternel parapluie rouge, elle semble niaise et servile mais est en réalité pleine de bon sens, et fait à la fois rêver et rire les jeunes lectrices. Bécassine qui est allée à l’école de la République écrit, certes avec des « fotes » ; bien que représentée sans bouche (allusion à l’interdiction de la langue bretonne) elle parle, et beaucoup plus que ses contemporaines issues des classes populaires ! Son image non sexuée, comme plus tard celle de Tintin qui voit le jour en 1929, reste immuable dans les divers albums.

La période 1914-1918 est au cœur de trois albums : Bécassine pendant la guerre (1916) réédité en 1947 sous le titre Bécassine et la Grande Guerre, Bécassine chez les Alliés (1917) et Bécassine chez les Turcs (1919). La guerre, menée par les hommes, y est présentée sans montrer les combats, de façon édulcorée pour ne pas choquer les jeunes lectrices et exorciser l’angoisse présente dans toutes les familles. Bécassine tricote, essaie de devenir infirmière, travaille comme ses contemporaines : elle porte le calot et la musette de la poinçonneuse de tickets dans le métro. Tour à tour garde-barrière, aviatrice, conductrice de voitures, elle témoigne de l’émancipation temporaire et fragile des femmes. Bécassine donnait déjà avant-guerre une vision positive des étrangers, italiens, espagnols, maghrébins, turcs vivant en France ; à contre courant de l’image des troupes coloniales présentées comme des « nettoyeurs de tranchées », voire des cannibales, elle devient marraine de guerre du prince Boudou de Tombouctou qui se révèle être peintre et fin lettré. Invraisemblable, caricaturale mais attachante, Bécassine fait partie des héroïnes qui ont marqué plusieurs générations. La preuve en est donnée par la très riche exposition présentée : livres et poupées apportés par des membres du CCHA, albums du réseau des médiathèques du Grand Châtellerault, collection de la Semaine de Suzette de Danièle Bégeaut- Köhler. M. Hamon, dont la grand-mère a quitté sa Bretagne natale dans les mêmes conditions que Bécassine, nous a fait découvrir de très nombreux livres, objets, disques … dédiés à l’héroïne de la Semaine de Suzette.

Françoise Metzger

Le texte complet de cette conférence paraitra dans un prochain numéro de la revue.

Bilan du thème de recherche GUERRE 1914-1918

Les travaux du groupe de recherches du CCHA sur la guerre 1914-1918 sont terminés. Outre les revues, un DVD , un numéro Hors Série sont disponibles. Le HS est composé de synthèses sur l’agriculture, les mutilés, les monuments aux morts…

 Des conférences ont été organisées :

  • Bécassine et la Grande guerre, Nicole Pellegrin
  • la mobilisation de la Manufacture, M.C. Albert, Pierre Bugnet
  • site internet « Mémoire des hommes », Sylvain Lebreton
  • Un poilu châtelleraudais, Raoul Bouchet (1914-1916) au cœur des Archives, Pascal Borderieux
  • Les châtelleraudais et l’effort de guerre en 14-18, Jacques Bouquet
  • l’arrondissement de Châtellerault avant et pendant la Grande Guerre, GRAHC
  •  La bataille de Verdun, Pierrick Hervé
  • La guerre en chansons, Jean-Marie Augustin

et dans les deux communes de Scorbé-Clairvaux et Monthoiron

bilan grahc 14-18 articles rhpc

Monographies communales de l’arrondissement :

 CHÀTELLERAULT, Colombiers, Naintré 1911-1930, Saint-Sauveur, Senillé, Targé, Thuré

DANGÉ, Buxeuil,  Ingrandes, Les Ormes, Leugny, Oyré, Ports-de-Piles, Saint-Rémy,

LENCLOÎTRE, Cernay, Doussay, Orches, Ouzilly, Saint-Genest-d’Ambière, Savigny-sous-Faye, Scorbé-Clairvaux, Sossay

PLEUMARTINChenevelles, Coussay-les-Bois, La Puye, La Roche-Posay, Leigné-les-Bois, Lésigny, Mairé, Vicq-sur-Gartempe

Antran, Leigné-sur-Usseau, Mondion, Saint-Christophe, Saint-Gervais, Sérigny, Usseau, Vaux-sur-Vienne, Véllèches

VOUNEUIL-sur-VIENNE, Archigny, Availles-en-Châtellerault, Beaumont, Bellefonds, Bonneuil-Matours, Cenon, Monthoiron