C.C.H.A

Centre Châtelleraudais d'Histoire et d'Archives

Association fondée en 1999, le C. C. H. A. a pour but de découvrir, protéger, exploiter et mettre en valeur l’histoire et le patrimoine du pays châtelleraudais par les recherches en archives et de témoignages.

Compte rendu du forum du CCHA du samedi 19 octobre 2013 : « Migrants et immigrés en Poitou-Charentes d’hier à aujourd’hui »

C’était un samedi, salle du Verger à Châtellerault… Le CCHA ouvrait sa nouvelle saison de conférences sur le thème des  « Migrants et immigrés en Poitou-Charentes d’hier à aujourd’hui ». Ce titre est aussi celui d’un ouvrage collectif paru récemment, comportant 654 pages et qui a vu le jour grâce au travail de 34 auteurs, d’ethnologues et également, grâce à des récits de vies de migrants ou encore à des témoignages de responsables d’aide aux migrants. Après les mots de bienvenue de la Présidente, Claudine Pauly, Marie-Claude Albert, administrateur du CCHA, présente le conférencier. François Julien-Labruyère, co-auteur, directeur des éditions « Le Croix Vif » est venu spécialement de Paris nous conter, c’est le terme qui convient, des histoires de migrants. Il commence par un exemple de migration intérieure en Charente au XIXe et XXe siècles. Au cours de son récit, le conférencier démontrera que les phénomènes inhérents aux migrations avaient déjà, à cette époque, à peu près les mêmes causes générant des problèmes d’intégration.
Au XIXe, des ruraux Vendéens qui n’ont ni terre, ni travail constituent des brigades de vendanges et migrent temporairement vers les vignes de Charente… des vignerons charentais iront même aider à la moisson en Vendée ! En 1879, ruinés par le phylloxera, les Charentais acceptent l’aide des Vendéens qui viennent cultiver en grand nombre amenant aussi leurs troupeaux. La Charente retrouvant peu à peu ses vignes, y ajoute à l’élevage, la fabrication du beurre et du fromage… Et lorsque les Vendéens, installés définitivement en Charente, cultivent la vigne et font du cognac, on peut parler d’intégration réussie ! Trois générations de ces migrants ruraux ont dû faire face aux difficultés d’intégration dues à la langue (deux patois différents) aux coutumes, à la religion ( la Charente étant plus « rouge » que la Vendée) mais à force de volonté, ils ont réussi.
Venant à l’immigration récente, François Julien-Labruyère nous présente, selon son propre choix, un chapitre du livre écrit par un jeune universitaire qui traite des ZUS (Zones Urbaines Sensibles). Trois villes en Poitou-Charentes sont concernées : Châtellerault, La Rochelle et Angoulême. C’est d’Angoulême dont il sera question avec la ZUS de Basseau, quartier de la ville où vivent environ 5 000 migrants de toutes origines. Ces familles sont logées dans des HLM sur l’autre rive de la Charente, coincés entre la RN 10, l’autoroute et la ligne de chemin de fer, avec pour seul accès à la ville le pont sur la rivière et une ligne de bus. Pas d’échanges possibles, pas d’intégration envisageable, d’où violences, bagarres, incendie, meurtres… conséquences d’un parfait exemple de ghettoïsation. Des jeunes essaient pourtant de sortir du système avec l’aide de structures animées par des éducateurs et beaucoup y parviennent.
Pour terminer, le conférencier reparle du livre en général et de la valeur de cet ouvrage qui s’appuie sur la réalité des choses, puis il insiste particulièrement sur les enrichissements que peuvent apporter les migrations. Des questions du public prolongent cette intéressante présentation d’un sujet toujours d’actualité et souvent brûlant.
Jacqueline Gagnaire
Catégorie : CONFÉRENCES