Les migrations : bilan des recherches

Le Groupe de Recherche d’Histoire en Archives pour l’Histoire du Châtelleraudais a travaillé pendant 3 ans sur les migrations, en particulier celles liées à la Manufacture d’armes. Les articles sur ces « étrangers » ont été publiés dans 6 numéros de la RHPC dont le n° 22 sur « ces armuriers venus d’ailleurs ».

Compte rendu du Forum du CCHA du samedi 16 mars 2013 :  » L’assistance municipale à Châtellerault « 

Quatorze heures… une heure peu habituelle pour une conférence ! Une quarantaine de personnes pourtant étaient présentes pour entendre notre conférencière, Marie-Claude Albert, venue nous parler de « L’assistance municipale à Châtellerault et dans les villes de l’ouest de 1938 à 1950 ».

Marie-Claude Albert, docteur en histoire, professeur agrégé au lycée Berthelot de Châtellerault, nous a présenté un extrait de sa thèse de doctorat soutenue à l’université de Paris I en 2008 et qui n’est pas encore publiée. Cette chercheuse infatigable, auteur de nombreux écrits dont un ouvrage très complet sur « Châtellerault sous l’occupation », est une spécialiste d’histoire contemporaine et particulièrement de la Seconde Guerre mondiale.

La conférence débute avec cette citation du maire de Suresnes en 1938  qui assure que « c’est la commune qui doit constituer le noyau le plus actif d’émancipation et de progrès social. »

Le ton est donné.

Dans les années qui suivent la Première Guerre mondiale et jusqu’en 1938, partagée entre crises et héritages républicains (1789, 1848, la Commune, la Troisième République) l’assistance municipale s’organise. Le maire et ses conseillers président le bureau d’assistance obligatoire avec entre autres, l’aide médicale gratuite. Cependant, la bienfaisance privée, souvent d’origine confessionnelle, a toujours son rôle. Créé au plan national par la loi du 7 frimaire an V (27 novembre 1796), le Bureau de Bienfaisance naît à Châtellerault par arrêté préfectoral du 11 frimaire an XI (2 décembre 1802) dispensent des soins à domicile aux indigents malades qui reçoivent également des dons en nature. Mais dans la majorité des cas, on a recours au placement dans les hospices. D’où proviennent les aides ? Le plus souvent de sources privées : quêtes, spectacles, bals de charité, dons et legs, bien qu’une subvention de l’Etat soit versée aux communes. En 1913, à Châtellerault par exemple, une fête de bienfaisance est organisée au profit des sinistrés de la grande inondation du mois de mars (6, 50 m).

 

Les ateliers Jehanne d’Arc, coll. particulière

A cette époque, l’assistance privée est importante avec le Cercle catholique créé par le chanoine de Villeneuve. Toujours à Châtellerault, les ateliers Jeanne d’Arc proposent une aide par le travail en accueillant des jeunes filles démunies qui font de la couture et de la broderie. Dans le même temps, un courant nouveau apparaît dans les communes : l’hygiénisme social, qui vise à protéger les populations pauvres de la maladie, en particulier de la tuberculose. Des campagnes de vaccination sont alors organisées. Mais cet « hygiénisme » qui pourra parfois confiner à  « l’eugénisme », applique une sélection sociale et mentale allant jusqu’à l’enfermement de certains malades. Après la première guerre mondiale, l’Etat prend en charge les orphelins de guerre, les Pupilles de la Nation. On voit aussi apparaître des cantines municipales et des logements peu chers. En 1938 et en 1939, des contradictions apparaissent dans cette politique de secours qui procède à plus de contrôle et d’exclusion auprès des populations indésirables.

Pendant la guerre, entre 1940 et 1944, la mainmise de Vichy va renforcer ce contrôle et cette exclusion, on le verra également avec la communauté juive. En 1939, c’est le secours national qui gère toutes les œuvres sociales. En 1943, à Châtellerault, les aides, sous forme de propagande vichyste et nazie, vont être réparties entre les prisonniers, l’aide aux mères, les orphelins, les sœurs de la Sagesse pour leur assistance aux malades, la Croix Rouge…

 

Une « maison des prisonniers » qui vient en aide aux prisonniers et à leurs familles, ouvre rue Georges Clémenceau. D’autres personnes dans le besoin, dont certains réfugiés, reçoivent des secours de la mairie après avoir rempli un questionnaire justifiant de leur précarité. A cette époque on assiste à l’instrumentalisation de l’aide par le régime en place et l’occupant.

 

La maison du Prisonnier, © A. A., 2013

 

Après la guerre, en plus des problèmes ordinaires dus aux privations, il faut assurer l’accueil des déportés, des ouvriers du STO et des prisonniers de guerre. Louis Ripault a repris sa place à la mairie assurant que « la misère appelle la hardiesse », qu’il faut faire face et avancer. Il prône le régime de prévoyance et d’assistance. Ses allocutions sont en faveur de la natalité et contre les fléaux sociaux.

Entre 1948 et 1960, on assiste au retour de la politique sociale : la carte pour les « économiquement faibles », la création d’un bureau communal d’action sociale qui mène une politique générale d’aide à la population sans catégoriser. C’est aussi la création des DASS, d’une caisse locale de Sécurité Sociale, des allocations pour le logement…

Marie-Claude Albert conclut en reprenant rapidement les principaux points de sa conférence : la politique d’assistance d’avant la guerre qui s’est acheminée vers un durcissement de l’exclusion, la gestion en urgence des années d’occupation, pour arriver enfin, dans les années « cinquante », à la mise en place d’une véritable politique sociale.

Compte rendu de Jacqueline Gagnaire

Compte rendu du Forum du CCHA du samedi 15 décembre 2012 : « Auberges et cabarets du Châtelleraudais au XVIIIe siècle »

Fabrice Vigier, maître de conférences en histoire moderne à l’Université de Poitiers, invité du CCHA, a fait un retour remarqué samedi dernier, 15 décembre, salle Camille Pagé. En effet, en 2000 déjà, ce spécialiste de la France de l’Ancien Régime avait fort intéressé son public en présentant « Les curés du Châtelleraudais au XVIIIe siècle ». Cette fois-ci, Fabrice Vigier nous entraîne dans « Les auberges de Châtellerault et des environs aux XVIIe et XVIIIe siècles », une conférence spécialement préparée pour l’occasion et présentée à 70 Châtelleraudais qui ont pu apprécier ce moment privilégié.

A cette époque, Châtellerault est une ville relativement grande qui compte entre 8 000 et 10 000 habitants. Siège d’une administration royale, elle possède un hôpital, une maréchaussée, une justice pour les marchands, un service des Eaux et Forêts…

La ville se trouve sur le trajet d’une grande voie de circulation, sur la route royale qui relie Paris-Tours à Poitiers et plus loin encore. La Vienne, autre grande voie de communication, est un atout de choix pour la ville. De plus, le Châtelleraudais est un pays industrieux grâce à ses activités manufacturières dont la coutellerie de renommée nationale et les activités commerciales du port. Beaucoup de marchandises passent par les quais, en particulier les eaux de vie en provenance de la région de Cognac. Des voitures acheminent la marchandise de Saintonge jusqu’à Châtellerault puis, par la Vienne, elle descend vers Tours et Paris. La circulation des vendeurs, acheteurs et voyageurs est intense, il faut pouvoir les accueillir pour manger et dormir, c’est le rôle des auberges.

En venant de Paris ou de Tours, en approchant de Châtellerault, on trouve une auberge aux Ormes, également relai de poste qui existe encore, dont une grange est transformée en salle de concert à la belle saison. Quelques lieues plus loin, on peut s’arrêter à Ingrandes-sur-Vienne à l’auberge du « Grand cerf » située au bord de la route tout près de l’église.

A Châtellerault, porte Sainte-Catherine, on ne peut manquer la grande auberge de « La tête noire » qui a laissé son nom au quartier.

La suite : CompterenduVIGIER

Compte rendu du Forum du CCHA du samedi 17 novembre 2012 : « Eugène Turquand et sa famille, une figure châtelleraudaise au XIXe siècle »

Samedi 17 novembre 2012, le Centre Châtelleraudais d’Histoire et d’Archives recevait, Laurent Mastorgio, docteur en histoire et professeur au collège George Sand. Il était déjà venu il y a deux ans nous parler de la famille Creuzé. C’est avec plaisir que nous le retrouvons aujourd’hui, devant une soixantaine de personnes, pour nous présenter « Eugène Turquand et sa famille, un châtelleraudais au XIXe siècle ». Les présentations d’usage faites par Claudine Pauly, présidente, Françoise Metzger nous parle un peu plus du conférencier, passionné de recherches historiques et qui a écrit plusieurs textes concernant d’autres personnalités châtelleraudaises.

Mais qui est donc Eugène Turquand, grand inconnu de notre rencontre ? Grâce à l’art de notre conférencier qui mêle à de grandes connaissances un contact indéniable avec le public et un soupçon d’humour, Eugène Turquand nous est conté avec brio. Nous découvrons alors cet homme né en 1789 et mort en 1868 qui a vécu le changement de siècles, les successions de régimes et qui fut entouré, en partie grâce à ses liens familiaux, des noms les plus prestigieux que comptait notre ville et ses environs : les Creuzé, Proa, Treuille, de la Fouchardière, de la Tour Girard…. nous côtoyons un homme effacé qui aurait pu profiter de ses relations pour accéder aussi à la notoriété comme un Creuzé ou un Proa. Il est secrétaire à la sous-préfecture, il y restera quarante ans, plus ou moins dans l’ombre bien qu’il y ait assuré des intérims de plusieurs sous-préfets, mais toujours, avec beaucoup d’inquiétude et avec la peur de ne pas réussir. Eugène Turquand a également des responsabilités publiques dans la commune de Colombiers, autant d’activités qu’il assume avec conscience, dévouement et honnêteté. Les Turquand sont de tradition bourgeoise et le plus souvent négociants comme Victor, le père d’Eugène. Ils sont protestants à l’origine mais abjurent en 1685. En 1812, il épouse Sophie Proa, fille de Jacques-Louis Proa et de Sophie Creuzé, une belle alliance de laquelle naîtront deux filles. Le voilà entré par son mariage dans la bonne société. Un peu plus tard, les problèmes financiers de son père le soucient beaucoup. Victor Turquand est négociant en vins, liqueurs, blé…et si les affaires ont été florissantes, il finit ruiné. Son fils essaie de l’aider, mais en vain et refuse la succession. Plusieurs autres héritages, dont celui de sa mère, constitués surtout de biens immobiliers, pourraient l’aider à changer sa vie…mais il n’en fait rien et revend systématiquement les biens reçus. Que fait-il de l’argent ? Sans traces de ces transactions, on peut supposer que ses filles bénéficient de ses largesses, tout en se constituant pour lui-même quelques rentes bien utiles, son traitement de secrétaire étant plutôt maigre. Mais le conférencier nous réserve pour la fin un curieux document écrit en 1865 par Eugène Turquand : une prière de 32 pages par laquelle il s’adresse au Seigneur pour attirer sa Grâce sur sa femme, ses filles, sur lui-même, sur le monde… On découvre alors qu’il demande à Dieu que sa femme soit douce et aimante… que règne la paix et l’ordre entre sa femme, la domestique et lui-même, n’oubliant pas la communauté des vivants et des morts. Il prie aussi dans les derniers temps pour sa femme malade qui décède un an après lui, en 1869.

Eugène Turquand fut de toute évidence un homme de bien, sans ambitions peut-être, mais bon fils pour son père Victor, bon père pour ses filles, sans doute bon époux… et homme de Foi tourné vers Dieu avec conviction.

La lecture des passages de cette prière, a changé l’atmosphère de la salle, le public réagit, participe, sourit, s’agite… c’est alors qu’une simple conversation s’engage avec le conférencier. Les gens, curieux, demandent des informations supplémentaires à propos de cet homme inconnu, devenu en quelques heures le centre de nos préoccupations, lui qui avait pourtant tout fait pour rester dans l’ombre.

Jacqueline Gagnaire