Bécassine et la Grande Guerre, 27 janvier 2018, salle Camille-Pagé à Châtellerault

Devant une salle comble, Nicole Pellegrin ouvre l’année 2018 des conférences du CCHA. Chargée de recherche au CNRS, anthropologue du vêtement et historienne des femmes, elle se présente d’emblée comme « féministe et pacifiste ». C’est avec ce double regard qu’elle nous propose sa lecture des albums de Bécassine, la première héroïne féminine de bande dessinée. Inventée par deux hommes – Maurice Languereau, dit Caumery le scénariste (Claudine Pauly nous apprend qu’il séjournait à la Maison des Saints à Monthoiron où il avait des attaches familiales), et Joseph Porphyre Pinchon le dessinateur – elle voit le jour dans La Semaine de Suzette. Cet hebdomadaire qui paraît à partir de 1905, est destiné aux petites filles de bonnes familles. Les aventures de Bécassine proposées sur deux pages, sont rassemblées ensuite dans les albums édités par Gautier-Languereau. La Semaine de Suzette qui a manifesté des sentiments « anti-boches » pendant la première guerre, est interdite par les Allemands en 1940 et ne reparaît qu’en 1946. Bien avant la « ligne claire » popularisée par les dessinateurs belges, Pinchon innove avec un tracé simplifié sur fond blanc ; la mise en page est pleine de mouvement, les vignettes de textes disposée de façon irrégulière.

Anaïk Labornez (lisez « la bornée ») dite Bécassine, née à Clocher – les – Bécasses, représente la femme du peuple chassée de sa Bretagne natale par la misère : elle se place alors comme domestique à Paris. Facile à repérer dans sa robe verte – qui ne correspond à aucun costume breton authentique – armée d’un éternel parapluie rouge, elle semble niaise et servile mais est en réalité pleine de bon sens, et fait à la fois rêver et rire les jeunes lectrices. Bécassine qui est allée à l’école de la République écrit, certes avec des « fotes » ; bien que représentée sans bouche (allusion à l’interdiction de la langue bretonne) elle parle, et beaucoup plus que ses contemporaines issues des classes populaires ! Son image non sexuée, comme plus tard celle de Tintin qui voit le jour en 1929, reste immuable dans les divers albums.

La période 1914-1918 est au cœur de trois albums : Bécassine pendant la guerre (1916) réédité en 1947 sous le titre Bécassine et la Grande Guerre, Bécassine chez les Alliés (1917) et Bécassine chez les Turcs (1919). La guerre, menée par les hommes, y est présentée sans montrer les combats, de façon édulcorée pour ne pas choquer les jeunes lectrices et exorciser l’angoisse présente dans toutes les familles. Bécassine tricote, essaie de devenir infirmière, travaille comme ses contemporaines : elle porte le calot et la musette de la poinçonneuse de tickets dans le métro. Tour à tour garde-barrière, aviatrice, conductrice de voitures, elle témoigne de l’émancipation temporaire et fragile des femmes. Bécassine donnait déjà avant-guerre une vision positive des étrangers, italiens, espagnols, maghrébins, turcs vivant en France ; à contre courant de l’image des troupes coloniales présentées comme des « nettoyeurs de tranchées », voire des cannibales, elle devient marraine de guerre du prince Boudou de Tombouctou qui se révèle être peintre et fin lettré. Invraisemblable, caricaturale mais attachante, Bécassine fait partie des héroïnes qui ont marqué plusieurs générations. La preuve en est donnée par la très riche exposition présentée : livres et poupées apportés par des membres du CCHA, albums du réseau des médiathèques du Grand Châtellerault, collection de la Semaine de Suzette de Danièle Bégeaut- Köhler. M. Hamon, dont la grand-mère a quitté sa Bretagne natale dans les mêmes conditions que Bécassine, nous a fait découvrir de très nombreux livres, objets, disques … dédiés à l’héroïne de la Semaine de Suzette.

Françoise Metzger

Le texte complet de cette conférence paraitra dans un prochain numéro de la revue.

Compte rendu du 96ème forum du CCHA : la Libération en chansons.

Venu en janvier 2016 nous offrir La Grande guerre en chansons, monsieur Jean-Marie Augustin, professeur émérite de droit de l’Université de Poitiers, a accepté l’invitation du CCHA de présenter sa nouvelle conférence : La Libération en chansons. Devant un public nombreux, attentif, puis rapidement entrainé par des chansons rappelant des souvenirs d’enfance ou d’adolescence, il a parcouru en une dizaine de chansons la période des années 1944-1946 marquée par la libération de la France et ses lendemains immédiats.

Il  débute par 3 chansons caractéristiques des forces qui ont permis la libération du territoire : le Chant des partisans, signe de reconnaissance des maquis et des résistants, la Marche de la 2e DB pour l’armée française qui s’est ralliée au général de Gaulle, symbolisée par le serment de Koufra de mars 1941 du général Leclerc, et le Chant des Africains pour la 1e Armée française, commandée par le général De Lattre de Tassigny, appelée aussi armée Rhin et Danube, largement composée de troupes indigènes d’Afrique noire et d’Afrique du nord. Bien évidemment, il n’oublie pas les autres acteurs incontournables de la libération que furent les forces Alliées (Britanniques, troupes du Commonwealth, Américains), mais annonce son choix d’orienter ses propos vers les acteurs nationaux.

La Libération, c’est une action militaire violente, mais c’est aussi la joie, l’enthousiasme, la délivrance. Monsieur Augustin oriente alors son propos vers des chansons plus distrayantes, mais qui placent toujours en avant la notion de liberté. Il nous fait écouter Fleur de Paris de l’automne 1944 avec le retour des couleurs tricolores, puis Oh la la de J. Pils qui relate la rencontre d’un GI américain et d’une jeune parisienne, rencontre qui se termine très moralement par un mariage, symbole du renouveau de la vie… et du rapprochement franco-américain. Le « tube » de la Libération, c’est bien sûr Le Petit Vin Blanc, avec les bals, le désir de s’amuser, la volonté de « mettre Vichy entre parenthèses » et de retrouver une certaine ambiance du Front Populaire.

Les lendemains de la libération militaire ne résolvent pas, comme par enchantement, tous les problèmes du pays, notamment économiques. Il faut passer par une difficile période de reconstruction, vaste chantier du Gouvernement provisoire de la République. Alors monsieur Augustin décide de convoquer l’espérance, l’optimisme, par la chanson Et hop, on s’en sortira qui appelle tous les français à unir leurs forces pour la production permettant le redressement.

 Après la Libération, la chanson française connait un véritable essor à la radio, dans les cabarets, avec des références fréquentes et fortes aux « années noires » telle la chanson Nuit et Brouillard interprétée par J. Ferrat.

La conférence était accompagnée d’une exposition d’une quinzaine de panneaux sur la libération de Châtellerault prêtée par le service des archives de Grand Châtellerault.

Un compte rendu plus complet de la conférence sera proposé dans un prochain numéro de la Revue d’Histoire du Pays Châtelleraudais.

Bref résumé du 95ème forum du CCHA

Le 95e forum du CCHA du samedi 28 octobre 2017 nous a conduit sur les traces d’une séquence de la Seconde Guerre mondiale, le Service du Travail Obligatoire (STO), et dans les pas d’un Châtelleraudais qui en fut la victime, Colbert Lebeau.

Une exposition très riche accompagnait la conférence : des documents originaux de la période 1943-1945 relatifs au STO, des lettres, des journaux, des panneaux d’affiches de propagande, une biographie de C. Lebeau… Un film sur les réquisitions pour le STO à la Manu en 1943 tissait le lien entre l’écrit et l’oral, le document et le témoignage.

IMG_4936

Dans une première partie de la conférence, Marie-Claude Albert s’employa à replacer le STO dans son contexte. Elle évoqua la tentative du régime nazi d’attirer des travailleurs volontaires français en Allemagne avec la promesse d’un bon salaire et l’ opportunité pour les volontaires de réaliser un acte moral fort : permettre la libération des prisonniers détenus dans les camps depuis le printemps 1940. C’est la Relève. Mais celle-ci ne rencontra pas le succès escompté par les nazis. Dès lors, vint le temps de la réquisition par le Service du Travail Obligatoire, particulièrement active en 1943-1944. M.C. Albert expliqua comment, sous la pression du régime nazi, les autorités françaises furent amenées à promulguer les lois qui appelaient au recensement les hommes nés en 1920, 1921, 1922, afin de répondre aux exigences toujours croissantes du ministre Sauckel. Certains partirent, d’autres refusèrent et durent se cacher pour échapper aux recherches des autorités, voire rejoindre un maquis et entrer dans la lutte active : la conférencière donna des chiffres et des pourcentages de départs et de refus, notamment au regard des effectifs de la Manu des années 1943-1944. Pour faire la transition avec la seconde partie de la conférence, elle rappela la position de l’Église catholique et de ses évêques sur le STO, ainsi que celle de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC), organisation à laquelle adhéra très tôt C. Lebeau.

Anne-Marie Collin dressa alors une brève biographie de C. Lebeau : né en 1922, élève à l’école H. Denard, certificat d’étude en 1934, brevet en 1938, puis rapidement employé de banque. Mais aussi membre très actif de la JOC dont il devint responsable fédéral. Requis pour le STO en mars 1943, il choisit de répondre à l’appel de Monseigneur Suhard, archevêque de Paris qui invitait les prêtres catholiques devenus travailleurs civils et les membres actifs de la JOC à partir dans les usines allemandes pour encadrer les jeunes catholiques requis en Allemagne. Les lettres de C. Lebeau décrivent les conditions difficiles de sa vie près de Leipzig : le travail, la nourriture, mais on y lit aussi sa foi et son action soutenue envers ses coreligionnaires. Dès décembre 1943 les autorités allemandes menacent de punir son activité religieuse, accroissent la surveillance, contrôlent et limitent le courrier. Il est arrêté par la Gestapo et emprisonné le 13 septembre 1944 en attendant son jugement qui, en novembre, le condamne à la déportation en camp de concentration. Le témoignage d’un compagnon décrit les conditions de vie et de travail très pénibles et la volonté de C. Lebeau d’aider les autres jusqu’au dernier jour. Il meurt d’épuisement le 3 janvier 1945.

Sous la conduite du père J.P. Jamet, un dossier est constitué dans les années 1995-2000 sur la vie et l’action de C. Lebeau. En 2000 le pape Jean-Paul II publie une liste des Martyrs du XXe siècle ouvrant la voie à l’ouverture d’une procédure de béatification : C. Lebeau y figure. Après un long temps de silence, le dossier vient d’être très récemment relancé.

IMG_4945

 

Le débat qui a suivi l’exposé a revêtu un intérêt et une intensité particuliers  par la présence de Jean Redon, lui-même requis par le STO en 1943, et de plusieurs descendants de requis châtelleraudais. Son témoignage sur les conditions de réquisition, le choix du départ ou du refus, les conditions de vie dans les usines allemandes, les difficultés à faire reconnaitre les requis du STO comme des victimes, furent des moments très forts en émotion et riches en enseignements.

IMG_4941

 

Comme il est de coutume, un compte-rendu plus complet de cette conférence paraitra dans une prochaine édition de notre revue.

94ème forum à Monthoiron

C’est dans la salle des fêtes que Claudine Pauly, accompagnée de ses amis monthoironnais qui ont préparé les lieux, nous accueille pour ce 94e forum du CCHA ayant pour thème : Monthoiron entre 1910 et 1926.

Avec l’accord et l’aide d’élus, Claudine a préparé une riche exposition constituée de documents extraits des archives municipales.

IMG_3771BR

 

IMG_5358

 

 

 

 

 

IMG_5355A partir de leur dépouillement, elle expose les grands traits de l’histoire du village à cette époque.

La place de l’église est un lieu de vie intense : commerçants, artisans, se partagent les locaux de l’ancien prieuré. Le lavoir est un lieu de rencontre. La rue principale accueille l’agence postale et l’office notarial. Â proximité se trouvent l’école et la mairie.

En 1910, Monthoiron est un village de 487 habitants, soit 154 ménages et 182 maisons. Une trentaine d’entre elles sont inhabitées car l’exode rural touche déjà la commune (en 1836, le village comptait 811 habitants).

Sur les 213 actifs (176 hommes, 37 femmes), 142 travaillent dans l’agriculture, une dizaine dans le commerce ; s’ajoutent des couturières et une douzaine d’employées de maison. Les 4 châteaux et belles demeures sont aussi des employeurs : au Bas-Bourg, le propriétaire non résident Raoul Treuille a un fermier ; à Brassioux, le vicomte Henri de Grimoüard a une dizaine d’employés ; à Beauvais, le propriétaire a un fermier ; aux Saints, la propriétaire non résidente, Madame Veuve Dufaulin a un fermier. Sans oublier, comme dans chaque commune, les instituteurs (ici deux), et le curé.

Les principales productions agricoles sont le blé, l’avoine, l’orge, les choux, les betteraves fourragères, les topinambours, les pommes et poires à cidre, les prunes, les noix. Les prairies, prés, herbages et pâturages permettent de récolter de la luzerne et du foin, verts ou secs pour nourrir les animaux, le vin provient du coteau de la « Vigne gelée ».

Sur le plan politique, une grande stabilité : la commune est administrée par M. Henri de Grimoüard, maire de 1908 à 1925, et dix conseillers municipaux. Outre les budgets, les sujets les plus débattus sont le curage de l’Ozon, la construction et l’entretien des chemins vicinaux, l’assistance aux plus démunis. Le travail est préparé par une demi-douzaine de commissions municipales dont celle du bureau d’assistance qui aura un énorme travail pendant et après la guerre. Le téléphone est installé à la mairie en 1907.

Ici comme ailleurs, la guerre débute avec la mobilisation : plus d’une centaine d’hommes mobilisés partent dès août 1914 ; il y a des exemptés. Le maire est sur la brèche durant tout le conflit, occupé à répondre aux nombreuses requêtes de l’administration et parmi elles, celles sur les ressources agricoles de la commune. Il gère les dossiers de demande d’allocation militaire avec son interlocuteur au canton, M. de Campagne, et les aides aux veuves. Il effectue un recensement des logements pouvant accueillir la troupe. Un hôpital temporaire pour les blessés est ouvert dans un château, probablement Brassioux. La commune connaît les réquisitions, le rationnement se met en place. La pénurie se développe au début de la guerre et particulièrement à partir de 1917 ; elle dure jusqu’en 1919.

Et puis vient le temps du retour des soldats du front, du recueillement et de la mémoire. Un monument aux morts est érigé en 1921 : y figurent 26 hommes morts à la guerre, un soldat a été oublié. Les veuves de guerre bénéficient d’une aide.

La vie reprend. Un nouveau maire, Thircis Rahire, est élu en 1925. Il lance Monthoiron dans de nouveaux développements, s’intéresse au patrimoine local, à l’école. Il crée le corps des pompiers.

IMG_3758BR

Claudine Pauly nous a invité à partager une tranche précise et concrète de la vie d’une commune du Châtelleraudais en usant d’une particularité riche de promesses : utiliser exclusivement les archives communales, après les avoir classées, ce dont tient à la remercier le premier adjoint au maire, présent dans la salle. Alors, demain, un autre épisode de l’histoire monthoironnaise, ou l’histoire d’une autre commune à travers ses propres ressources documentaires ?

 

 

 

Cartes et plans du Châtelleraudais

Cartes sur table ! Cartes aux murs, ou plus exactement sur des grilles Beaubourg, pour le 93e forum du CCHA, le samedi 18 mars 2017.

Plusieurs dizaines de cartes du Châtelleraudais et de plans de Châtellerault, connus ou inédits, étaient exposés, salle Camille Pagé, provenant des fonds d’archives de la manufacture d’armes, des archives municipales de la ville,  du CCHA et de la collection personnelle de Nicolas Jacob, directeur du Centre des Archives de l’Armement et du Personnel Civil de Châtellerault, conférencier à ce forum consacré aux « cartes et plans du Châtelleraudais du XVIIIe au XXe siècle ».

Nicolas Jacob choisit  l’ordre chronologique pour son exposé. Il l’introduit avec la première « carte géographique des postes qui traversent la France », établie en 1632, par Melchior Tavernier et présente ensuite les trois grandes phases de la cartographie française.

 

Quand, au XVIIIe siècle, les rois décident de faire réaliser la première carte générale du territoire, ils en chargent la famille d’astronomes Cassini. Cette carte est dressée à l’échelle d’une ligne pour cent toises, c’est-à-dire une échelle de 1/86 400. Un centimètre correspond à environ 864 mètres sur le terrain. C’est le début de la  triangulation géodésique : les points de repère correspondent aux sommets des quelque mille triangles qui forment le géodésique de la carte de Cassini. Les travaux des Cassini prendront plus de 50 ans.

Napoléon Ier décide l’établissement d’une carte destinée à la remplacer mais c’est la Restauration qui lance les travaux. Plusieurs échelles sont essayées. Il en résulte des cartes à usage militaire,  les cartes d’état-major à l’échelle du 1/80 000. Elles sont établies par le Dépôt de la Guerre, ancêtre du Service géographique de l’armée, remplacé plus tard par l’Institut Géographique National (IGN).

Ces cartes au 1/80 000 se présentaient le plus souvent sous forme d’une mosaïque de carrés de papier collés sur une toile, protégées par une couverture cartonnée et entoilée, pour répondre aux contraintes de terrain des militaires et gendarmes.

Lors de la Première Guerre mondiale (1914-1918), pour pallier aux difficultés de lecture de ces cartes, l’état-major choisit l’échelle au 1/50 000, avec un quadrillage kilométrique plus pratique sur le terrain.

C’est sur leur base que sont créées, après la Seconde Guerre mondiale, les cartes IGN (aujourd’hui Institut National de l’Information Géographique et Forestière)  au 1/25 000, appelées aujourd’hui cartes de randonnée où notamment, les hachures sont remplacées par des courbes de niveau.

Compte-rendu de Jean-Noël Lattwein

 

 

compte rendu du 90ème forum organisé le 22 octobre 2016

     Conférence  donnée par Marjorie Alaphilippe

«  Marie-Félix Faulcon, un député polygraphe de la Vienne en Révolution »

 

Marjorie Alaphilippe, professeure agrégée d’Histoire-Géographie au lycée Marcelin Berthelot de Châtellerault est venue présenter des extraits de la thèse qu’elle prépare sous la direction de Frédéric Chauvaud (Université de Poitiers) et de Pierre Serna ( Université de Paris I). Elle a permis au public châtelleraudais de découvrir un personnage méconnu et original.

 

Alaphilippe_Faulcon_300-191x300C’est en effet au moins connu des députés de la Vienne de 1789 que la conférencière s’est intéressée. Marie-Félix Faulcon n’a pas publié ses mémoires contrairement à Jacques-Antoine Creuzé Latouche de Châtellerault et à Antoine-Claire Thibaudeau. Pourtant, il a exercé une longue carrière politique et a traversé toute la seconde moitié du XVIIIe et la première moitié du XIXe siècles, de 1758 à 1843.

La conférencière a montré l’intérêt de la pensée politique de ce défenseur de la constitution, attaché au droit et à la conciliation entre l’ordre et la liberté. Elle le présente comme un homme libre, avec un ancrage local fort de Civray où il est né, à Poitiers où il a fait ses études de droit. Mais c’est surtout à son écriture qu’elle s’intéresse, une écriture-fleuve puisqu’il a produit 25 000 pages de manuscrits très divers, un journal intime, des récits de voyage, des poésies, des essais… Il est vrai que ce fils d’imprimeur du roi et d’une mère protestante attachée au texte était peut-être promis à une carrière d’écrivain.

Il écrit un journal des évènements du 13 au 15 juillet 1789, puis continue en 1790-1791. Il a une manière d’écrire très humaine, personnelle et indépendante. Après cette période, n’étant plus député et de retour à Poitiers, il s’efface, troublé par la Terreur, mais cherchant à ne pas se compromettre devant le Comité de surveillance de 1793. Il revient en politique en 1795 où il est choisi pour siéger au Conseil des 500. Il se rapproche de Bonaparte et devient vice-président du Corps législatif en 1803. Lors de cette période faste, il fait publier ses œuvres et acquiert une certaine reconnaissance littéraire.

Sa carrière politique prend fin avec la déchéance de Napoléon Ier et la restauration de la monarchie en 1814. De 1815 à 1843, de retour à Poitiers, il ne lui reste que la plume pour s’exprimer. Il tente en vain d’écrire ses mémoires et écrit de plus en plus de poésies, une tous les trois jours ! Ses poèmes parlent d’histoire mais assez peu de la Révolution. Jusqu’en 1830, il s’inspire de ses voyages, mais après, il est plus aigri par la disparition de sa génération et se tourne vers la lecture. La médiathèque de Poitiers a conservé ses notes de lectures : plus de 5 000 références !

Il meurt le 31 janvier 1843 dans l’indifférence générale. Ce fut pourtant un acteur de la Révolution, un écrivain polyvalent, qui a cherché par l’écriture à se donner une cohérence.

Le public a été conquis par cette présentation touchante et méticuleuse, et il a pu, à l’occasion de ce forum, profiter de l’exposition de journaux originaux des années révolutionnaires, de l’Empire et de la première Restauration prêtés par le collectionneur Francis Garnier.

Marie-Claude Albert