C.C.H.A

Centre Châtelleraudais d'Histoire et d'Archives

Association fondée en 1999, le C. C. H. A. a pour but de découvrir, protéger, exploiter et mettre en valeur l’histoire et le patrimoine du pays châtelleraudais par les recherches en archives et de témoignages.

Tableau des conférences depuis 1999

Les conférences proposées par le CCHA depuis 1999
1999 Où en est l’histoire de Châtellerault M-C Albert, P. Borderieux, P. Hervé, G. Murphy Châtellerault octobre
  La municipalité de Châtellerault sous l’Occupation Marie-Claude Albert Châtellerault novembre
2000 Un camp d’internement à Châtellerault Cyril Olvier Châtellerault janvier
  Les lieux de mémoire de la Résistance châtelleraudaise Collégiens et lycéens de Descartes et Berthelot Châtellerault mars
  Familles châtelleraudaises au XVIIIe siècle Alain Gabet Châtellerault avril
  Les curés du Châtelleraudais au XVIIIe siècle Fabrice Vigier Châtellerault mai
  Les lieux de l’histoire châtelleraudaise Membres du GRAHC Châtellerault septembre
  Les communistes châtelleraudais Loïc Rondeau Châtellerault novembre
2001 La mémoire de la Grande Guerre dans le Châtelleraudais Pierrick Hervé Châtellerault janvier
  Coutelières châtelleraudaises et autres femmes Nicole Pellegrin Châtellerault mars
  L’école privée à Châtellerault, 1900-1939 Jacques Bouquet Châtellerault mai
  Hygiène et pratiques de santé en Châtelleraudais (XVIII-XXe) Membres du GRAHC Châtellerault septembre
  Le chapitre de Notre-Dame de Châtellerault Valérie Hervouër Châtellerault novembre
2002 Les Allemands du marquis de Pérusse des Cars Sébastien Jahan Monthoiron janvier
  Aimée de James, religieuse de Lencloître Gwénaël Murphy Lencloître mars
  Les criminels du Châtelleraudais au XIXe siècle Frédéric Chauvaud Châtellerault mai
  Syndicats du Châtelleraudais, 1944-1968 David Hamelin Châtellerault octobre
  Les violences contre les enfants dans le Châtelleraudais Naïck Feillet Châtellerault décembre
2003 L’anticléricalisme dans le Châtelleraudais (1900-1939) Jacques Bouquet Châtellerault janvier
  Un siècle de bains douches et de bateaux lavoirs Geneviève  Millet Châtellerault mars
  Prisons et prisonniers hier et aujourd’hui C. Carlier, P. Combessie, A. Montjardet Châtellerault octobre
  Les habitants de La Chapelle-Moulière au XVIIIe siècle Jean Élie La Chapelle novembre
2004 La fabrique de St- Jean-Baptiste Thomas Mesmin Châtellerault janvier
  La vie maritime à Louisbourg sous Louis XV Antony Belin Monthoiron février
  Les femmes du Poitou sous l’Occupation Isabelle Soulard Châtellerault mars
  Prisons et prisonniers du Châtelleraudais du XVIIe à 1926 Membres du GRAHC Châtellerault avril
  Le marquis de Pérusse des Cars Jacqueline Gagnaire et Claudine Pauly Châtellerault octobre
  La désobéissance civile dans le Châtelleraudais Gwénaël Murphy Châtellerault novembre
2005 Mourir au XVIIe siècle Manon Schmitt Châtellerault janvier
  Émergence du syndicalisme Laurent Cantamessa Châtellerault février
  Grèves et manifestations dans le Châtelleraudais au XIXe David Hamelin Châtellerault mars
  De la photographie à l’histoire châtelleraudaise André Chêne, Pascal Borderieux, M. Pergant Châtellerault mai
  La démographie historique de Targé Jack Pichon Targé novembre
  Les Châtelleraudais et la guerre 1939-1945 Marie-Claude Albert Châtellerault décembre
2006 La ligne de démarcation Éric Alary Châtellerault janvier
  Artistes châtelleraudais d’autrefois Geneviève  Millet Châtellerault mars
  La séparation des Églises et de l’État Jacques Bouquet Châtellerault avril
  Charles Arambourou, cinéaste Daniel Taillé Châtellerault mai
  Fêtes d’autrefois à Naintré et Luna Park Lucile Degorce et Jeanne Géminet Naintré septembre
  Les fêtes de Châteauneuf Olivier Guignard et Geneviève Millet Châtellerault novembre
2007 Séparation des Églises et de l’État Jacques Bouquet Lencloitre janvier
  Commémoration de la Commune de Paris Charles-Alexandre Krauskoff Châtellerault mars
  Bordeaux-Paris à Châtellerault Jacques Soulard et Pierrick Hervé Châtellerault mai
  Lire des documents anciens du Châtelleraudais Nicole Pellegrin Châtellerault octobre
  Les bacs et passages d’eau (XVIIIe et XXe siècles) Vincent Olivier Châtellerault décembre
2008 L’entreprise Rocher de Cenon David Hamelin Châtellerault janvier
  L’immigration dans le Châtelleraudais au XIXe siècle Nermine Sivasli Châtellerault mars
  La guerre 14-18 vue par Ch.  Arambourou André Chêne, Pascal Borderieux et Muriel Pergant Châtellerault juin
  Thuré, histoire d’une mémoire Marianne Mabille et Jean-Louis Lamouraux Châtellerault septembre
  La poste de Châtellerault Céline Martel Châtellerault octobre
  L’arrivée des rapatriés d’Algérie dans la Vienne Marie-Claude Albert et Jean-Luc Gillard Châtellerault mai
2009 L’innovation dans l’industie châtelleraudaise Marie Ferru Châtellerault janvier
  La naissance de l’industrie dans le Châtelleraudais Groupe de recherche du CCHA Châtellerault mars
  Le pont Henri-IV Geneviève  Millet Châtellerault septembre
  La place Guitton à Châtellerault Ginette Marrant Châtellerault octobre
  Les migrations des Acadiens Gérard Ardon Archigny novembre
2010 La famille Creuzé Laurent Mastorgio Châtellerault janvier
  Le journal de Maurice Bedel Chantal Verdon Châtellerault mars
  Le commerce des vins et eaux de vie au XIXe siècle Jacques Marcadé Châtellerault mai
  Les grands hommes de la Ligne acadienne Jacqueline Gagnaire et Claudine Pauly Archigny septembre
  Un ancien réfugié mosellan Étienne Haas Monthoiron octobre
  Conférence- concert Harmonie municipale Châtellerault octobre
  La guerre aérienne dans le Châtelleraudais (1940-1944) Jonathan Largeau Châtellerault novembre
2011 Camille Guérin Sylvain Thénault Châtellerault janvier
  Les gens du voyage Marie Bidet Châtellerault mars
  Migrants et migrations du XVIIIe au XXe siècle Groupe de recherche du CCHA Châtellerault mai
  Les réfugiés espagnols dans la Vienne (1936-1940) Léo Lepinçon Châtellerault octobre
  Clément Krebs et le socialisme municipal Alain Houisse Targé novembre
2012 Les missionnaires de l’arrondissement de Châtellerault Jacques Bouquet Châtellerault janvier
  Les Américains dans le Châtelleraudais MC Albert, I. Fahim, JL Gillard, JN Lattwein Châtellerault mars
  La restauration des monuments historiques Guy Quintrie-Lamothe Châtellerault mai
  Les médecins du Châtelleraudais Maria Desmurs Targé octobre
  Eugène Turquand Laurent Mastorgio Châtellerault novembre
  Auberges et cabarets du Châtelleraudais au XVIIIe Fabrice Vigier Châtellerault décembre
2013 Les « experts » châtelleraudais, médecins légistes Sandra Menanteau Châtellerault février
  L’assistance municipale (1930-1940) Marie-Claude Albert Châtellerault mars
  La rive gauche de Châteauneuf à Naintré Groupe de recherche du CCHA Châtellerault mai
  Migrants et immigrés en Poitou-Charentes François Julien-Labruyère Châtellerault octobre
  Les étrangers en Châtelleraudais (XVIIe et XVIIIe siècles) Sébastien Jahan Châtellerault novembre
2014 La mobilisation de la Manu en 1914-1918 Marie-Claude Albert et Pierre Bugnet Châtellerault janvier
  Site internet « Mémoire des hommes » Sylvain Lebreton Châtellerault mars
  Présentation des travaux sur Châteauneuf Groupe de recherche du CCHA Châtellerault mai
  La participation des Châtelleraudais à l’effort de guerre Jacques Bouquet Châtellerault octobre
  Deux grands bourgeois poitevins du XVe siècle Claudette Rousselle Châtellerault novembre
2015 L’Art nouveau dans le Châtelleraudais Alexandre Paléologue Châtellerault janvier
  L’affaire Jeanne Poupard, Châtellerault, 1832 Gwénaël Murphy Châtellerault mars
  Le Pinail, l’autre bataille Yves Texier Vouneuil mai
  Un poilu châtelleraudais de 1914 à 1916 Pascal Borderieux Châtellerault octobre
  Un militant politique du XXe au XXIe siècle Paul Fromonteil Châtellerault novembre
2016 La Grande Guerre en chansons Jean-Marie Augustin Châtellerault janvier
  Les batailles de l’année 1916 Pierrick Hervé Châtellerault mars
  L’arrondissement de Châtellerault avant et pendant la GG Groupe de recherche du CCHA Scorbé-Clairvaux mai
  Marie-Félix Faulcon (1758-1843) Marjorie Alaphilippe Châtellerault octobre
  Charles de Gaulle de 1910 à 1925 Lucien Jugé Châtellerault novembre
2017 Film des Armées sur les manufactures Véronique Goloubinoff Châtellerault février
  Cartes et plans du Châtelleraudais (XVIII au XXe) Nicolas Jacob Châtellerault mars
  Monthoiron de 1910 à 1926 Claudine Pauly Monthoiron mai

 

A propos de la conférence du 15 mars 2014 « Mémoire des Hommes ».

Malgré le soleil printanier incitant à la promenade dans le parc du château, les visiteurs se pressent, ce samedi, dans la  salle du Verger, côté journaux anciens, pour découvrir cette fois-ci les numéros de la presse nationale portant sur les années 1915, 1916 et 1917. Ces  journaux sont toujours présentés par Francis Garnier qui a récemment enrichi sa collection d’un exemplaire rare d’un journal de tranchée.

Centenaire oblige et la Grande Guerre, à l’honneur, devient le thème incontournable du CCHA pour les quatre années à venir. Ce thème, nous le retrouvons aujourd’hui avec Sylvain Lebreton, notre conférencier qui nous propose  une autre façon d’entrer en contact avec l’Histoire en utilisant le site internet « Mémoire des Hommes ».

Sylvain Lebreton est chef du département des Archives de l’Armement à Châtellerault. Il  est le principal concepteur du site et c’est lui qui a porté ce projet de 2000 à 2004… Ce jeune conférencier va nous conter l’histoire de ce site, d’un réel intérêt historique qui  permet, entre autre, de consulter en ligne 1 400 000 fiches  individuelles de soldats morts pour la France entre 1914 et 1918, un défit   technologique  passionnant et parfois difficile. Entrons donc dans les coulisses du site…

Faut-il rappeler que la Grande Guerre c’est plus de 9 millions de morts et autant de dossiers individuels. Ces  archives de guerre, entreposées sur deux niveaux dans le parking sous-terrain  d’un immeuble voué  à la destruction, suscitent de sérieuses inquiétudes quant à leur devenir. Pas question de voir disparaître  les témoignages de cette guerre ainsi que ceux concernant les déportés et les prisonniers de 39-45.

Mais les bulls passent et très peu d’archives sont sauvées (seulement 1%) parmi lesquelles les 1 400 000 fiches des soldats de la guerre 14-18 ! Le reste  disparait  dans la démolition du lieu de stockage ! Sylvain Lebreton est déterminé, il faut aller jusqu’au bout de l’idée… Proposition est faite d’un projet de numérisation.  A l’époque,  en 1990, le projet est jugé irréalisable. Après bien des années et de nombreuses demandes, il est accepté en 1999 et considéré, alors, comme un projet innovant, technologiquement moderne et valorisant pour les archives.

Une équipe se crée, un budget est alloué par le Secrétariat d’Etat aux Anciens Combattants, il faut calculer au plus juste, prendre contact avec les prestataires qui vont numériser les fiches, établir un coût…Voici l’équipe confrontée au « business » ! En 2000, un marché est passé… à La Châtre. Le travail va pouvoir commencer.

Puis d’autres  problèmes surgissent  avec  l’écriture des noms africains, indochinois… et les prénoms.  Lequel est le prénom usuel, lequel doit-t-on garder ?  Il faut également mentionner sur la fiche : mort sur le front ou mort à l’hôpital…  Que faire pour un soldat mort d’une pneumonie et non pas le fusil à la main ?  7 % des décès sont d’origine médicale et les médecins consultés refusent que ces cas-là soient mentionnés. Ensuite des retards de transport avec la Poste après le 11 septembre 2001 vont perturber  considérablement le travail en cours.

En 2003, le site est bien avancé. Il faut lui donner un nom ! « poilu.fr » est refusé d’emblée ! Mais le site « Mémoire des Hommes » plaît, il est retenu. L’inauguration a lieu à Paris le 5 novembre, un peu avant le 11…

Ensuite, c’est aux médias que notre équipe doit faire face : dossier de presse à constituer, rencontres avec les journalistes des radios, de la télévision, conférences de presse devant trois caméras !   Stressant, mais un grand moment professionnel, assure Sylvain Lebreton. En 2004, le site vit enfin après quatre années de travail. Depuis, Mémoire des Hommes ne cesse de se développer. Il a beaucoup de succès auprès des professeurs, des élèves, des généalogistes, des historiens et parallèlement, le courrier afflue accompagné souvent de nouveaux renseignements !

Le site répertorie également les monuments aux morts des différentes communes ainsi que des fichiers comportant les morts de la guerre d’Algérie, du Maroc ou d’Indochine. Y sont adjoints maintenant les marins, les aviateurs et les soldats de la 2e guerre mondiale, tous morts pour la France.

Quel avenir pour le site ? En projet : répertorier les fusillés de 14-18, les réformés, les noms des morts médaillés, les Alsaciens-Lorrains enrôlés sous l’annexion, les résistants de 39-45, les troupes françaises du Levant…

Mémoire des Hommes est un site dédié aux combattants qui relie les familles à leurs morts. C’est aussi un défit technologique ainsi qu’un outil de qualité offert au public. D’autres ont pris maintenant  le site en main, l’essentiel a été fait.

Cette conférence très enrichissante a réuni une soixantaine de personnes parmi lesquelles nous avons été heureux de compter monsieur Nicolas Jacob, directeur des Archives de l’Armement, accompagné de madame Anne-Elyse Lebourgeois, archiviste, madame Sophie Brégeault, conservatrice des Musées, ainsi que monsieur Pascal Borderieux, archiviste et ses collègues Murielle Pergant et Louis Poisay.

 

Jacqueline Gagnaire

 

 

Compte rendu du forum du CCHA du 16 novembre : « Les étrangers en Châtelleraudais aux XVIIe et XVIIIe siècles »

Il y avait peut-être un peu moins d’auditeurs que d’habitude, et c’est bien dommage, en ce 16 novembre 2013, au Verger pour apprécier cette conférence « interactive » conviant la salle à répondre aux questions du conférencier. Sébastien Jahan nous a fait partager son travail de recherches sur les étrangers dans le Châtelleraudais au XVIIIe siècle avec l’enthousiasme du passionné qui passionne, un travail très approfondi mêlant réflexions sociologiques et recherches archivistiques.
Mais qui est Sébastien Jahan ? Geneviève Millet, administrateur du CCHA, le connaît bien pour travailler avec lui depuis de nombreuses années. Elle nous le présente : maître de conférences en Histoire Moderne à l’UFR des Sciences Humaines à l’Université de Poitiers, membre du GERHICO (Groupe d’Etude et de Recherche en HIstoire du Centre Ouest). Il est aussi l’auteur de nombreuses publications et recherches dans des domaines très variés. Le conférencier peut prendre la parole.
Des étrangers, assure-t-il, il y en avait déjà en France au XVIIIe siècle et dans le Châtelleraudais mais on n’observe pas d’arrivées massives, si l’on excepte les Acadiens et la petite colonie allemande qui ont séjourné sur les terres du marquis de Pérusse des Cars, seigneur de Monthoiron. De ces étrangers il ne parlera pas, car ils ont déjà fait l’objet de multiples conférences. Puis s’adressant à la salle, il pose la question : qu’est-ce qu’un étranger ? Les définitions fusent qui reviennent toutes à la même conclusion : c’est celui qui n’est pas né sur le sol français… et les Acadiens, étaient-ils Français ? Des discussions s’engagent qui tendent à prouver que la notion d’étranger est bien difficile à cerner. D’autant qu’à une époque, en France, l’étranger était aussi celui qui venait d’une région voisine avec son patois différent… Mais on peut aussi poser la question suivante : qu’est-ce qu’un Français au XVIIIe siècle ? Le conférencier y répond : c’est quelqu’un qui est né sur un territoire appartenant au roi de France même si ses parents ne sont pas Français. Inversement, celui qui naît sur un territoire non administré par le roi de France a la nationalité du pays où il est né, même si ses parents sont Français,.
Où peut-on trouver trace d’étrangers dans la région au XVIIIe siècle ? Notre conférencier a fait ses recherches dans les registres paroissiaux, aux archives départementales et municipales, il a consulté des archives judiciaires, celles des hôpitaux ainsi que des mémoires de maîtrise.
Sébastien Jahan classe les étrangers en deux catégories : les étrangers qui passent et ceux qui s’installent. Les étrangers de passage sont pour beaucoup des soldats qui combattaient pour le roi de France. On trouve environ 20% d’étrangers dans ces régiments avec une majorité de Suisses, d’Allemands et d’Irlandais catholiques. Ces soldats pouvaient appartenir à des régiments dissous, cherchant un emploi à travers la France. Beaucoup sont accompagnés de femme et d’enfants, ce qui évitait les désertions. On compte aussi des prisonniers de guerre parmi ces soldats répertoriés ainsi que des pèlerins se croisant sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle.
En ce qui concerne les étrangers installés, Sébastien Jahan fait référence au mémoire de maîtrise de Virginie Pichon qui a courageusement dépouillé 9 500 actes de mariages dans les registres des cinq paroisses de Châtellerault. Seulement onze mariages d’étrangers y ont été trouvés. Châtellerault n’était pas une terre de migration. A Poitiers, les nombreux couvents attirent les Irlandais catholiques qui y séjournent. A propos d’Irlandais, on nous conte l’histoire d’un certain Edward Dancy né en Irlande en 1692 qui fait ses études en France à Douai et devient principal du collège de Châtellerault de 1737 à 1763… surprenant !
Le conférencier présente ensuite deux personnages intéressants. Balthazar Klein est né en 1697 dans un village de Haute-Silésie. Il est maître sellier et réside au château des Ormes où il s’occupe des écuries et plus particulièrement de l’élevage des chevaux de course du Marquis. Il se marie avec une Française et a quatre enfants. Dans ce même château, résident également plusieurs personnes germanophones affectées au service du Marquis.
Une autre figure d’étranger est ensuite évoquée, celle du « nègre de Pleumartin ». Sur les registres paroissiaux il est noté : « Pierre, nègre américain ». Il se marie en 1733 avec une Française. Il n’est pas esclave mais dépendant, certainement domestique au château du Marquis de Pleumartin. Il disparaît en 1757. Un mariage avec une blanche est un début d’émancipation.
Pour conclure, Sébastien Jahan constate que d’un point de vue sociologique tous les étrangers qui se marient épousent des conjoints de même situation sociale et sont de milieux identiques. Pour ceux qui ont un métier, souvent spécialisé, ils apportent quelque chose de neuf. Dans l’ensemble il n’y a pas de déclassement social et le plus souvent ces étrangers sont sous la protection des « puissants ». Pour terminer, le conférencier considère que d’une manière générale, l’étranger n’échappe pas à ses origines.
Deux heures d’écoute et d’échanges qui ont vraiment passionné l’auditoire.
Jacqueline Gagnaire

Compte rendu du forum du CCHA du samedi 19 octobre 2013 : « Migrants et immigrés en Poitou-Charentes d’hier à aujourd’hui »

C’était un samedi, salle du Verger à Châtellerault… Le CCHA ouvrait sa nouvelle saison de conférences sur le thème des  « Migrants et immigrés en Poitou-Charentes d’hier à aujourd’hui ». Ce titre est aussi celui d’un ouvrage collectif paru récemment, comportant 654 pages et qui a vu le jour grâce au travail de 34 auteurs, d’ethnologues et également, grâce à des récits de vies de migrants ou encore à des témoignages de responsables d’aide aux migrants. Après les mots de bienvenue de la Présidente, Claudine Pauly, Marie-Claude Albert, administrateur du CCHA, présente le conférencier. François Julien-Labruyère, co-auteur, directeur des éditions « Le Croix Vif » est venu spécialement de Paris nous conter, c’est le terme qui convient, des histoires de migrants. Il commence par un exemple de migration intérieure en Charente au XIXe et XXe siècles. Au cours de son récit, le conférencier démontrera que les phénomènes inhérents aux migrations avaient déjà, à cette époque, à peu près les mêmes causes générant des problèmes d’intégration.
Au XIXe, des ruraux Vendéens qui n’ont ni terre, ni travail constituent des brigades de vendanges et migrent temporairement vers les vignes de Charente… des vignerons charentais iront même aider à la moisson en Vendée ! En 1879, ruinés par le phylloxera, les Charentais acceptent l’aide des Vendéens qui viennent cultiver en grand nombre amenant aussi leurs troupeaux. La Charente retrouvant peu à peu ses vignes, y ajoute à l’élevage, la fabrication du beurre et du fromage… Et lorsque les Vendéens, installés définitivement en Charente, cultivent la vigne et font du cognac, on peut parler d’intégration réussie ! Trois générations de ces migrants ruraux ont dû faire face aux difficultés d’intégration dues à la langue (deux patois différents) aux coutumes, à la religion ( la Charente étant plus « rouge » que la Vendée) mais à force de volonté, ils ont réussi.
Venant à l’immigration récente, François Julien-Labruyère nous présente, selon son propre choix, un chapitre du livre écrit par un jeune universitaire qui traite des ZUS (Zones Urbaines Sensibles). Trois villes en Poitou-Charentes sont concernées : Châtellerault, La Rochelle et Angoulême. C’est d’Angoulême dont il sera question avec la ZUS de Basseau, quartier de la ville où vivent environ 5 000 migrants de toutes origines. Ces familles sont logées dans des HLM sur l’autre rive de la Charente, coincés entre la RN 10, l’autoroute et la ligne de chemin de fer, avec pour seul accès à la ville le pont sur la rivière et une ligne de bus. Pas d’échanges possibles, pas d’intégration envisageable, d’où violences, bagarres, incendie, meurtres… conséquences d’un parfait exemple de ghettoïsation. Des jeunes essaient pourtant de sortir du système avec l’aide de structures animées par des éducateurs et beaucoup y parviennent.
Pour terminer, le conférencier reparle du livre en général et de la valeur de cet ouvrage qui s’appuie sur la réalité des choses, puis il insiste particulièrement sur les enrichissements que peuvent apporter les migrations. Des questions du public prolongent cette intéressante présentation d’un sujet toujours d’actualité et souvent brûlant.
Jacqueline Gagnaire

Compte rendu du forum du CCHA du samedi 4 mai 2013 : PRESENTATION DES RECHERCHES SUR CHATEAUNEUF (Les enfants du faubourg ; Le pont de la Manu ; Les couteliers sous l’Ancien Régime)

C’est par un temps enfin printanier que s’est tenu, en la salle du Verger, ce dernier forum avant les vacances d’été. Le soleil rayonnant n’a pas empêché plus de quatre vingt personnes de se réunir pour écouter les exposés des conférencières du jour. Il s’agissait de la première table ronde sur le sujet d’étude arrêté par le Conseil d’administration du CCHA en automne 2011:  » Châtellerault rive gauche, de Châteauneuf à Naintré ». Un sujet d’une très grande richesse articulé autour de trois axes: les lieux, les habitants, la vie quotidienne . Les conférencières Marie-Jeanne Ferragut, Lucienne Guais, Françoise Metzger et Claudine Pauly, toutes adhérentes du CCHA, sont des membres actifs de l’organe moteur de l’association: le Groupe de Recherches d’Archives et d’Histoire du Châtelleraudais. Les exposés du jour sont l’expression synthétisée de leurs travaux dont on trouvera un développement plus ample dans les Revues d’Histoire du Pays Châtelleraudais.

La suite : compte rendu forum 4 mai 2013

Compte rendu du Forum du CCHA du samedi 16 mars 2013 :  » L’assistance municipale à Châtellerault « 

Quatorze heures… une heure peu habituelle pour une conférence ! Une quarantaine de personnes pourtant étaient présentes pour entendre notre conférencière, Marie-Claude Albert, venue nous parler de « L’assistance municipale à Châtellerault et dans les villes de l’ouest de 1938 à 1950 ».

Marie-Claude Albert, docteur en histoire, professeur agrégé au lycée Berthelot de Châtellerault, nous a présenté un extrait de sa thèse de doctorat soutenue à l’université de Paris I en 2008 et qui n’est pas encore publiée. Cette chercheuse infatigable, auteur de nombreux écrits dont un ouvrage très complet sur « Châtellerault sous l’occupation », est une spécialiste d’histoire contemporaine et particulièrement de la Seconde Guerre mondiale.

La conférence débute avec cette citation du maire de Suresnes en 1938  qui assure que « c’est la commune qui doit constituer le noyau le plus actif d’émancipation et de progrès social. »

Le ton est donné.

Dans les années qui suivent la Première Guerre mondiale et jusqu’en 1938, partagée entre crises et héritages républicains (1789, 1848, la Commune, la Troisième République) l’assistance municipale s’organise. Le maire et ses conseillers président le bureau d’assistance obligatoire avec entre autres, l’aide médicale gratuite. Cependant, la bienfaisance privée, souvent d’origine confessionnelle, a toujours son rôle. Créé au plan national par la loi du 7 frimaire an V (27 novembre 1796), le Bureau de Bienfaisance naît à Châtellerault par arrêté préfectoral du 11 frimaire an XI (2 décembre 1802) dispensent des soins à domicile aux indigents malades qui reçoivent également des dons en nature. Mais dans la majorité des cas, on a recours au placement dans les hospices. D’où proviennent les aides ? Le plus souvent de sources privées : quêtes, spectacles, bals de charité, dons et legs, bien qu’une subvention de l’Etat soit versée aux communes. En 1913, à Châtellerault par exemple, une fête de bienfaisance est organisée au profit des sinistrés de la grande inondation du mois de mars (6, 50 m).

 

Les ateliers Jehanne d’Arc, coll. particulière

A cette époque, l’assistance privée est importante avec le Cercle catholique créé par le chanoine de Villeneuve. Toujours à Châtellerault, les ateliers Jeanne d’Arc proposent une aide par le travail en accueillant des jeunes filles démunies qui font de la couture et de la broderie. Dans le même temps, un courant nouveau apparaît dans les communes : l’hygiénisme social, qui vise à protéger les populations pauvres de la maladie, en particulier de la tuberculose. Des campagnes de vaccination sont alors organisées. Mais cet « hygiénisme » qui pourra parfois confiner à  « l’eugénisme », applique une sélection sociale et mentale allant jusqu’à l’enfermement de certains malades. Après la première guerre mondiale, l’Etat prend en charge les orphelins de guerre, les Pupilles de la Nation. On voit aussi apparaître des cantines municipales et des logements peu chers. En 1938 et en 1939, des contradictions apparaissent dans cette politique de secours qui procède à plus de contrôle et d’exclusion auprès des populations indésirables.

Pendant la guerre, entre 1940 et 1944, la mainmise de Vichy va renforcer ce contrôle et cette exclusion, on le verra également avec la communauté juive. En 1939, c’est le secours national qui gère toutes les œuvres sociales. En 1943, à Châtellerault, les aides, sous forme de propagande vichyste et nazie, vont être réparties entre les prisonniers, l’aide aux mères, les orphelins, les sœurs de la Sagesse pour leur assistance aux malades, la Croix Rouge…

 

Une « maison des prisonniers » qui vient en aide aux prisonniers et à leurs familles, ouvre rue Georges Clémenceau. D’autres personnes dans le besoin, dont certains réfugiés, reçoivent des secours de la mairie après avoir rempli un questionnaire justifiant de leur précarité. A cette époque on assiste à l’instrumentalisation de l’aide par le régime en place et l’occupant.

 

La maison du Prisonnier, © A. A., 2013

 

Après la guerre, en plus des problèmes ordinaires dus aux privations, il faut assurer l’accueil des déportés, des ouvriers du STO et des prisonniers de guerre. Louis Ripault a repris sa place à la mairie assurant que « la misère appelle la hardiesse », qu’il faut faire face et avancer. Il prône le régime de prévoyance et d’assistance. Ses allocutions sont en faveur de la natalité et contre les fléaux sociaux.

Entre 1948 et 1960, on assiste au retour de la politique sociale : la carte pour les « économiquement faibles », la création d’un bureau communal d’action sociale qui mène une politique générale d’aide à la population sans catégoriser. C’est aussi la création des DASS, d’une caisse locale de Sécurité Sociale, des allocations pour le logement…

Marie-Claude Albert conclut en reprenant rapidement les principaux points de sa conférence : la politique d’assistance d’avant la guerre qui s’est acheminée vers un durcissement de l’exclusion, la gestion en urgence des années d’occupation, pour arriver enfin, dans les années « cinquante », à la mise en place d’une véritable politique sociale.

Compte rendu de Jacqueline Gagnaire